Les ouragans qui ont frappé les Caraïbes, le Texas et la Floride cette année ont submergé les routes, inondé les maisons, détruit des entreprises et fait de nombreux morts. Les eaux se sont depuis retirées, mais les images de leur dévastation sont inscrites dans notre mémoire collective. Le retour à la normale prendra des années, voire des décennies, et coûtera des milliards de dollars.

Les expert du climat nous disent que le réchauffement des océans renforce la violence des ouragans, et d’autres conséquences du changement climatique anthropique – de la sécheresse persistante dans la Corne de l’Afrique aux inondations meurtrières en Asie – ont privé des millions de personnes de tout abri et moyens de subsistance. Alors que le lien entre les combustibles fossiles et des conditions climatiques extrêmes devient de plus en évident, les législateurs n’ont pas toujours tenu compte des mises en garde.

Mais la prise de conscience s’accélère. Aujourd’hui, des gouvernements, des groupes de la société civile et un nombre croissant d’entreprises se sont enfin décidés à agir. Ce mois-ci, la conférence annuelle de l’Onu sur le climat, la COP23, qui s’est tenue à Bonn, en Allemagne, a réuni plusieurs milliers de participants décidés à relever le degré d’ambition de la lutte contre le changement climatique. A la suite de l’Accord de Paris sur le climat, conclu il y a deux ans, les attentes concernant de nouveaux progrès et la poursuite de la collaboration étaient au plus haut.

L’une des initiatives récentes la plus prometteuse est la Coalition pour le leadership en matière de tarification du carbone (CPLC) qui rassemble une trentaine de gouvernements et plus de 180 entreprises et partenaires stratégiques déterminés à donner un prix aux émissions de dioxyde de carbone. L’idée est simple : si nous voulons contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels – idéalement en dessous de 1,5°C – nous devons radicalement réduire les émissions de gaz à effet de serre. En tant que co-présidents de la CPLC, nous pensons que l’une des meilleures manières de procéder est de transférer les coûts économiques et sociaux des gaz à effet de serre, des collectivités aux pollueurs.

A mesure que s’intensifie l’urgence climatique, l’idée que l’on puisse polluer gratuitement et laisser les générations futures régler la note est devenue inacceptable. Des systèmes de tarification du carbone sont la manière la plus efficace de réduire les émissions mondiales tout en encourageant une croissance économique solide et durable. Donner un prix à la pollution permet en outre aux gouvernements de générer un revenu qui peut être investi dans les énergies propres, l’éducation et la santé – soit une stratégie gagnant-gagnant.

L’objectif ultime est d’inciter les entreprises à modifier leurs pratiques et aujourd’hui, une proportion croissante de chefs d’entreprise reconnaissent que donner un prix au carbone est l’une des meilleures manières de lutter contre les changements climatiques et qu’en outre, chercher à réduire les émissions n’entrave pas la marche des affaires.

En fait, de nombreux dirigeants d’entreprise sont parmi les partisans les fervents de systèmes probants de tarification du carbone. Le mois dernier, le Carbon Disclosure Project (Projet de divulgation des émissions carbone – CDP) a indiqué que le nombre d’entreprises se basant sur un prix interne du carbone lorsqu’elles examinent leurs décisions d’investissement est passé à près de 1400 dans le monde, contre 150 seulement en 2014. Ces entreprises comprennent plus de 100 multinationales, avec des revenus annuels combinés de 7 mille milliards de dollars environ. Royal DSM (dont le PDG est l’un des auteurs de cet article) a fixé le prix du carbone à 50 euros par tonne, rejoignant d’autres sociétés mondiales comme Michelin, Danone et General Motors qui ont appliqué des prix significatifs aux émissions de carbone afin de pérenniser leurs entreprises.

Une quarantaine de pays – dont le Canada – ont également fixé un prix à la pollution par le carbone, et d’autres gouvernements envisagent d’en faire autant sous peu. En 2015, la Chine a fait part de son projet de mettre en place le principal système d’échange de quotas carbone dans le monde. Et plus tôt cette année, l’Ontario, le Québec et la Californie ont signé un accord qui entérine le second marché mondial du carbone.

Cette tendance doit se poursuivre – pour des raisons environnementales etéconomiques. Une étude publiée en mai 2017, menée par la Commission de haut niveau sur les prix du carbone coprésidée par les économistes de réputation mondiale Joseph E. Stiglitz et Nicholas Stern, a démontré que fixer un prix carbone élevé est indispensable, non seulement pour limiter les émissions mondiales, mais également pour soutenir l’innovation et la croissance.

Appliquer une tarification à la pollution par le carbone doit bien entendu être intégré à un ensemble plus global d’actions visant à pérenniser nos économies et sociétés. Pour réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre et encourager le dynamisme de l’économie, nous devons améliorer les transports publics, construire des bâtiments efficaces au plan énergétique et soutenir les efforts déployés par les entreprises, les innovateurs et les investisseurs pour trouver des solutions énergétiques propres. C’est ce que fait déjà le Canada, en sachant que de telles politiques peuvent réduire les émissions et contribuer à créer de nouveaux emplois, bien rémunérés.

On entend souvent dire que le changement climatique présente à la fois des défis et des occasions. En tarifiant le carbone et en faisant appel à nos capacités collectives, nous pouvons relever les premiers et saisir les secondes. Mettre en commun les ressources entrepreneuriales et d’innovation des pays et des entreprises nous permettra de lutter contre le changement climatique, de renforcer nos économies et nos sociétés et de laisser une planète en meilleure santé aux générations futures.