Les Canadiens ont compris l'hiver, les voyages intercontinentaux et la robotique spatiale. La compétitivité, pas tellement. Le dernier classement en matière de compétitivité établi par le Forum économique mondial montre que le Canada n'a réalisé que les gains les plus minces l’année dernière, gagnant une place pour arriver à la 14e – toujours derrière la 13e, obtenue en 2015-2016. Il semblerait que de nombreux cycles d'efforts gouvernementaux en matière d'innovation et de productivité n'aient pas encore fait leurs preuves.

L'un des principaux obstacles à une plus grande compétitivité est la création du gouvernement. L'environnement macroéconomique du Canada – grâce à un déficit fédéral en expansion – s'est classé au 47e rang. Notre niveau de dette publique, pire encore, arrive 118e.

Le secteur privé porte également sa part de responsabilité. Notre score concernant l'état de notre préparation technologique, la sophistication des affaires et l'innovation nous classe au 23e rang. Points positifs, l’utilisation que nous faisons du talent arrive en troisième position, et notre score en matière d'enseignement supérieur et de formation nous classe 13ème.

Rien de tout cela ne devrait surprendre les décideurs canadiens.

La situation budgétaire du pays a été bouleversée en 2015 par la forte baisse des prix du pétrole qui a dégradé les conditions des échanges commerciaux et entraîné une baisse des revenus réels. Le nouveau gouvernement libéral dirigé par Justin Trudeau, de même qu'un nouveau gouvernement de centre-gauche en Alberta, a cherché à stimuler l'économie dans son ensemble, et en particulier les régions à forte concentration de ressources, par des dépenses publiques créatrices de déficit.

Avec la reprise de l'économie dont bénéficient en 2017 les pays du G7, Ottawa a l'occasion de réduire ses plans budgétaires ou de veiller à ce que les dépenses participent à l’élimination des obstacles structurels à la compétitivité.

L’amélioration du classement de l'enseignement supérieur, passé du 19e au 13e rang, par exemple, sera saluée comme une bonne nouvelle, mais insuffisante. Il en va de même pour notre saut de la 17e à la 9e place en matière de qualité des organismes de recherche scientifique, une tendance à la hausse qui devrait se poursuivre compte tenu des augmentations de dépenses annoncées récemment par les gouvernements fédéral et provincial.

Le Canada compte plusieurs des 500 meilleures universités au monde et devrait être l'un des 10 meilleurs joueurs de l'enseignement supérieur. Cela aiderait si les dépenses de formation étaient axées sur les résultats et réparties, plus efficacement, par niveaux plutôt que par étudiants : chaque province mène sa politique propre en matière d’enseignement, mais elles ont tendance à étaler leurs dépenses comme du beurre.

L'information la plus encourageante pour le Canada est peut-être le classement de nos institutions, qui s'améliore, quoique lentement. La confiance des citoyens envers le gouvernement et les entreprises – en déclin dans tant d'endroits – semble être solide au Canada.

L'un des problèmes auxquels le Canada est confronté est que l’importance des capitaux financiers alloués au logement détourne l'investissement de domaines plus innovants.

Le Rapport sur la compétitivité mondiale 2017-2018 souligne plusieurs défis importants auxquels le Canada doit faire face :

- La R&D des entreprises reste en retrait, malgré des décennies d'incitations et de programmes gouvernementaux. Ottawa tente de résoudre ce problème en explorant des idées politiques nouvelles audacieuses, comme un nouveau programme de co-investissement avec des entreprises dans des super-clusters, mais sans doute le défi le plus important se situe-t-il du côté des universités et des grandes entreprises, en particulier étrangères. Les universités canadiennes ne génèrent pas assez de propriété intellectuelle commercialisable, tandis que les multinationales ont considérablement réduit leur R&D pendant des années.

- Le fardeau fiscal global reste un frein à la croissance. Selon l’Executive Opinion Survey du Forum économique mondial, les milieux d'affaires canadiens considèrent les taux d'imposition comme l'un des principaux obstacles à la conduite des affaires. Les gouvernements, en particulier au niveau fédéral, continuent de minimiser l’obstacle à l'investissement domestique que leurs régimes fiscaux sont en train d’élever.

- L’enquête suggère que les milieux d'affaires canadiens considèrent la bureaucratie inefficace comme le facteur le plus problématique dans les affaires. Aucun gouvernement ne s’est jamais confronté sérieusement à cette question.

- Les marchés publics en matière de technologie manquent à l’appel, puisqu’ils sont classés en 68e position. Alors que les gouvernements poussent les entreprises et les investisseurs à en faire plus, il serait peut-être sage de donner l'exemple.

En dix ans, il est plus facile de voir où le Canada progresse.

Le domaine de la préparation technologique vit une des progressions les plus fortes, grâce au déploiement rapide des accès haut-débit et de l'utilisation d'Internet, ainsi que des transferts de technologie. En revanche, bien que le Canada figure parmi les pionniers de la technologie téléphonique, nos accès à la téléphonie mobile ne progressent pas. Sans doute le coût élevé de la mise en place d’un réseau de téléphonie mobile et de son utilisation dans un pays aussi vaste sont-ils en cause.

L’amélioration continue des soins de santé et de l'éducation primaire – souvent citées comme les principales raisons d’une imposition élevée – est elle aussi remarquable.

Les Canadiens ne se sentiront sans doute pas très fiers de l’image que ce rapport renvoie de leur pays. Nous disons souvent à notre sujet que nous constituons un pays médaille de bronze, qui ne vise pas assez haut. Peut-être ne sommes-nous même pas sur le podium.