Cinquante pour cent de la population mondiale a moins de 30 ans. C'est la plus grande population de jeunes de l'histoire, et la dernière enquête Global Shapers du Forum économique mondial (ayant interrogé plus de 30 000 personnes de moins de 30 ans issues de 186 pays) nous révèle ce que les jeunes dirigeants pensent de notre monde et de la place qu'ils y occupent.

Alors, quelles sont les idées essentielles que nous devrions mettre en œuvre en 2018 ?

Premièrement, les nouvelles générations considèrent les changements climatiques et les conflits comme les problèmes les plus importants auxquels nous sommes confrontés.

Image : Enquête annuelle Global Shapers 2017

Deuxièmement, ils considèrent les « écosystèmes des start-ups et l'entrepreneuriat » comme les facteurs les plus importants pouvant contribuer à l'autonomisation des jeunes au sein d’un pays.

Image : Enquête annuelle Global Shapers 2017

En plus de ces priorités, les jeunes pensent que leur voix n'est pas entendue, 55,9 % des répondants à l'enquête étant en désaccord avec l'énoncé : « Dans mon pays, les opinions des jeunes sont prises en compte avant que des décisions importantes ne soient prises ».

Comment pouvons-nous répondre à certaines de ces préoccupations pressantes tout en veillant à ce que nos jeunes aient leur mot à dire dans les décisions qui façonneront l’avenir?

En ce qui concerne le changement climatique, il est clair que la mise en œuvre rapide de l'objectif de développement durable n°13, à savoir « prendre d'urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions », est une condition préalable fondamentale de la planification des politiques nationales. Cependant, décider quelles mesures précises prendre à tous les niveaux de la société pour lutter contre le changement climatique est une question plus ouverte.

Certains diront que les réponses technologiques au changement climatique sont déjà entre nos mains, mais, selon les mots du Dr Leon Clark, auteur principal du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat : « Nous n'avons vraiment aucune idée de ce qu'il faudrait pour les déployer à grande échelle. »

Des initiatives telles que le Project Drawdown fournissent une analyse utile des solutions existantes les plus efficaces, classées en fonction des réductions estimées de CO2 et de gaz à effet de serre. Mais pour le bien de cet article, nous mettrons l'accent sur l'autonomisation des jeunes et leur relation avec les conflits, le deuxième « problème mondial le plus grave » identifié dans l'enquête.

Commençons par la question de l'entrepreneuriat.

La majorité des jeunes est optimiste quant à l'impact de la technologie et de l'innovation : 78,6 % pensent que la technologie crée des emplois plutôt que d'en détruire (21,4 %).

Cependant, la technologie seule peut-elle répondre à la réalité alarmante de 71 millions de chômeurs âgés de 15 à 24 ans à travers le monde ? Nous sommes proches du pic historique de 13 %, selon l'Organisation internationale du travail (OIT).

Le défi actuel du chômage des jeunes affecte les pays à tous les stades du développement économique. L'Amérique latine est confrontée à des taux de chômage élevés et en croissance chez les jeunes (supérieurs à 17 % en 2017) et à l'échelle européenne, les taux sont tout aussi élevés, avec 35 %, 38,7 % et 43,3 % en Italie, Espagne et Grèce.

Comme je l'ai noté lors du Forum économique mondial de l'an dernier sur l'Amérique latine, libérer le potentiel de l'entrepreneuriat n'est pas simple. Lorsque nous prenons des mesures pour réduire les formalités administratives, éliminer les obstacles structurels ou alléger les obstacles sociaux, nous ne devons pas tomber dans le piège d'une approche unique de l'innovation. En fait, la poursuite de l'innovation en soi n'est pas la solution au problème du chômage des jeunes.

De nombreux projets visant à stimuler l'esprit d'entreprise ont échoué parce qu'ils ont tenté de reproduire le haut-lieu inimitable de l'innovation, la Silicon Valley. Selon les mots du conférencier de la Stanford Business School, Federico Antoni, « aucun programme gouvernemental, aucun marché intérieur ne va créer une nouvelle Silicon Valley ». Même ceux qui soutiennent systématiquement les jeunes entreprises prospères dans la Silicon Valley, qui attire plus d'un tiers de tous les investissements de capital-risque américains, ont du mal à cerner les raisons de leur prospérité inégalée.

Peter Thiel, l'entrepreneur qui a cofondé ou investi dans certaines des plus grandes entreprises mondiales, telles que PayPal et Facebook, est sceptique quant aux tentatives de réplication du plus grand centre d'innovation au monde : « On ne sait même pas pourquoi la Silicon Valley fonctionne. C'est une chose singulière, ça a été fait au bon endroit au bon moment... et je pense toujours qu'une fois que vous avez entrepris de copier quelque chose, vous vous êtes déjà placé dans une position inférieure ».

Même avec des subventions gouvernementales généreuses et des avantages fiscaux, des tentatives ambitieuses pour créer de nouveaux hubs technologiques, tels que la Tech City de Londres, n'ont pas réussi à répondre aux attentes. Pour mettre cela en perspective, selon The Spectator : « Facebook, qui a été fondée en 2004, vaut à peu près deux fois plus que les 40 licornes européennes (start-ups valorisées un milliard de dollars ou plus) réunies ».

Si notre mission est de réduire le chômage des jeunes et les conflits sociaux, alors une meilleure stratégie serait de tirer parti des forces de certaines régions avec des solutions adaptées aux besoins locaux.

Par exemple, un des projets Global Shaper du Forum économique mondial à Kaboul, en Afghanistan, tente de mettre en œuvre des initiatives durables en faveur des jeunes chômeurs menacés de radicalisation par des groupes qui cherchent à tirer profit des problèmes de sécurité en cours.

L'accent est moins mis sur l'innovation pure, et mise plus sur le soutien à ceux qui ont les compétences, mais pas les ressources financières, pour lancer leur propre entreprise. Le mécanisme de financement est divisé en deux composantes, conçues pour répondre aux demandes croissantes de chaque start-up. Les subventions en nature serviront à financer les dépenses initiales, tandis que les prêts sans intérêt couvriront les dépenses récurrentes jusqu'à ce que chaque entreprise devienne autosuffisante.

En identifiant dans des zones reculées les jeunes compétents en affaires qui ont besoin d'un coup de pouce, l'initiative s’attache à réduire l’attrait des groupes militants, bien souvent dû à des raisons économiques bien plus qu'idéologiques.

Des projets comme celui-ci abordent non seulement la question du chômage des jeunes dans un contexte local mais aussi un autre problème critique identifié par les Global Shapers : la crise des réfugiés.

En 2018, le monde continuera de lutter avec la dure réalité de 65 millions de personnes déplacées à cause des conflits et qui ont besoin d'abris, de sécurité et d'emploi. Environ la moitié des réfugiés dans le monde ont moins de 18 ans : l’aide que nous leur apportons affectera directement l'autonomisation des jeunes et la prévention des conflits.

L'opportunisme des organisations extrémistes, qui « comblent le vide des services publics pour les réfugiés désespérés dans leur pays d'origine et dans leur pays d’accueil », est particulièrement préoccupant, selon le premier rapport détaillé sur les solutions de la jeunesse fuyant l'extrémisme, rédigé par l'organisation anti-extrémiste Quilliam.

Une réponse à ce phénomène que je cite fréquemment se trouve dans le travail d'Anne Kjaer Riechert, boursière danoise du Rotary vivant à Berlin. Son école d'intégration numérique ReDi, fondée en février 2016, est intervenue pour répondre aux besoins de deux groupes : les migrants entrant en Allemagne qui recherchaient un emploi rémunéré et les entreprises qui devaient pourvoir 43 000 emplois dans l'informatique en Allemagne. L'école de programmation qu'elle a co-fondée, en plus de la formation offerte en compétences entrepreneuriales, a déjà permis d'aider à l'émergence de trois start-ups.

Des initiatives d'intégration économique mutuellement bénéfiques comme ReDi offrent un modèle pour l'avenir, car l'Europe prévoit l'ouverture de 756 000 emplois informatiques d'ici 2020. Ces projets reflètent également les attitudes des jeunes ; les jeunes générations pensent à 55,4 % que les pays hôtes devraient « essayer d'inclure [les réfugiés] dans la main-d'œuvre nationale ».

Image : Global Shapers Annual Survey 2017

Nos efforts pour donner à ces générations ce qu'elles veulent en 2018 devraient être mesurés à l’aune des deux questions formulées par les dirigeants de demain. Premièrement, apporte-t-on un impact social et environnemental positif, avec des solutions inclusives adaptées aux besoins locaux, et suffisamment d'opportunités pour renforcer la résilience des jeunes contre la radicalisation ?

Deuxièmement, existe-t-il les mêmes pièges de l'entrepreneuriat et de l'innovation qui ont fait échouer les tentatives précédentes dans l'extension des impacts positifs de la Quatrième révolution industrielle ?

Nous avons déjà de nombreuses solutions durables à portée de main. Les organisations doivent relever le défi d’autonomiser les jeunes qui veulent faire bouger les choses, et vite.