Des médecins ont diagnostiqué un cancer à un de mes amis il y a quelques années.

Il avait deux options. Il pouvait être traité, ce qui lui aurait coûté la quasi-totalité de l'argent mis de côté pour l'avenir de sa famille.

Ou il pouvait renoncer à son traitement, laisser la maladie suivre son cours et mourir en sachant que sa famille aurait une vie plus confortable, même s'il ne pouvait pas la partager.

Il a opté pour cette dernière solution.

Il a choisi la mort parce qu'il ne pouvait pas payer le traitement qui aurait pu le garder en vie.

C'est un scandale. Personne ne devrait devoir choisir entre la mort et les difficultés financières.

Mais c'est une réalité qui concerne des millions de personnes chaque année. De nouvelles données de l'Organisation mondiale de la santé et de la Banque mondiale révèlent qu'au moins la moitié des 7,3 milliards de personnes dans le monde n'ont toujours pas accès à des services de santé essentiels, comme du personnel néonatal qualifié, des vaccins pour les enfants ou les traitements contre le VIH.

En conséquence, plus d'un milliard de personnes vivent avec une hypertension incontrôlée, qui peut tuer si elle n'est pas traitée. Chaque jour, plus de 800 femmes meurent de causes liées à leur grossesse et à leur accouchement. Et parce que près de 20 millions de nourrissons ne reçoivent pas les vaccins dont ils ont besoin, ils courent le risque de mourir de maladies comme la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la rougeole.

Même lorsque les services de santé sont disponibles, leur utilisation peut entraîner des difficultés financières. Chaque année, 100 millions de personnes tombent dans la pauvreté à cause des dépenses de santé, et 179 millions consacrent plus d'un quart de leur budget à la santé, un niveau que nous considérons comme des « dépenses de santé catastrophiques ».

Il y a près de 70 ans, l'OMS a été fondée sur la conviction que la santé est un droit de l'homme et non un privilège. C'est une conviction que je partage. Personne ne devrait tomber malade et mourir simplement parce qu'il est pauvre ou parce qu'il ne peut accéder aux services de santé dont il a besoin.

Pourquoi un enfant devrait-il mourir en buvant de l'eau non potable?

Pourquoi une femme devrait-elle mourir des complications de son accouchement, qui sont traitées facilement dans la plupart des pays à revenu intermédiaire ?

Pourquoi une famille devrait-elle choisir entre acheter de la nourriture et des médicaments ?

La couverture sanitaire universelle (CSU) est l'expression pratique du droit à la santé. Cela signifie que toutes les personnes, y compris les plus défavorisées, peuvent accéder aux services de santé de qualité dont elles ont besoin, quand et où elles en ont besoin, sans devoir faire face à des difficultés financières.

Mais la CSU ne se limite pas à l'assurance-maladie ou au traitement des malades. Il s'agit de protéger la santé en promouvant des modes de vie sains et en prévenant les maladies.

Le pouvoir de la CSU ne se résume pas seulement à une meilleure santé. Elle réduit également la pauvreté en éliminant l'une de ses causes ; elle crée des emplois pour les travailleurs de la santé et des soins ; elle favorise une croissance économique inclusive en veillant à ce que les gens soient en bonne santé et capables de travailler ; elle promeut l'égalité des sexes, car ce sont souvent les femmes qui ne bénéficient pas des services de santé ; et elle protège les personnes contre les épidémies en veillant à ce que les épidémies soient prévenues, détectées tôt et contenues.

 Organisation mondiale de la santé/Banque mondiale

La CSU n'est pas une idée nouvelle. Mais son inclusion dans les Objectifs de développement durable (ODD) a donné une nouvelle impulsion politique au mouvement mondial qui s'accélère depuis quelques années. C'est aussi le seul objectif qui, s'il est atteint, catalysera les progrès vers tous les autres objectifs, de santé et autres.

Loin d'être un luxe que seuls les pays riches peuvent se permettre, la CSU est réalisable et abordable pour tous les pays, à tous les niveaux de revenu.

Le Sénégal, par exemple, progresse vers un système d'assurance maladie financé par l'État.

Au Vietnam, plus de 60 % de la population et 90 % des pauvres sont désormais couverts par une assurance maladie publique subventionnée par l'État. C'est six fois plus qu'il y a 20 ans.

Au Pérou, l'assurance maladie financée par le budget pour les pauvres et ceux qui ne travaillent pas dans le secteur formel a permis d'améliorer considérablement la santé des femmes et des enfants et de réduire dans les mêmes proportions le nombre de décès de nouveau-nés et de nourrissons.

Des histoires similaires sont observées dans des pays aussi divers que la République tchèque, l'Indonésie et le Rwanda.

Une étude récente de l'OMS a prédit que parmi 67 pays à revenu faible et intermédiaire, qui représentent 75 % de la population mondiale, 85 % des coûts pour atteindre les ODD en matière de santé d'ici 2030 pourraient être couverts par des ressources nationales.

Oui, certains des pays les plus fragiles continueront à avoir besoin d'une aide extérieure. Mais pour la plupart des pays, la couverture sanitaire universelle est abordable et réalisable.

En fin de compte, c'est une question de volonté politique.

Les gouvernements qui ont la détermination, le courage et la prévoyance nécessaires pour investir dans le renforcement de leur système de santé en vue de la couverture sanitaire universelle en tireront les bénéfices sur le long terme.

C'est notre vision. Nous la consolidons par des preuves tangibles, le savoir-faire technique, et les leçons tirées des expériences menées dans le monde entier montrant ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Au forum UHC de la couverture sanitaire universelle à Tokyo cette semaine, de plus en plus de pays vont s'engager à investir dans un avenir plus sain, plus sûr et plus équitable pour leurs citoyens.

Le rapport de l'Organisation mondiale de la santé/Banque mondiale, Tracking Universal Health Coverage: 2017 Global Monitoring Report, est disponible ici .