En 2018, il est presque impossible de savoir si vous lisez ces lignes sur un écran d'ordinateur, un téléphone portable ou une tablette. Cependant, il y a de fortes chances que vous le fassiez dans l'une des 150 régions métropolitaines où vit une personne sur sept aujourd'hui.

Plus de la moitié d'entre nous ont choisi de vivre dans les villes, un chiffre qui devrait atteindre 70 % d'ici 2050. En termes économiques, les résultats de l'urbanisation ont été plus qu'impressionnants. Les villes sont responsables de 80 % du PIB mondial. Par exemple, le corridor Boston-New York-Washington et la région de Los Angeles génèrent plus de 30 % de la production annuelle des États-Unis.

Le succès a toujours un coût, et celui des villes ne fait pas exception. Les modes de consommation non viables, la dégradation de l'environnement et les inégalités persistantes ne sont que quelques-uns des problèmes qui affligent les villes modernes. Pour certains, cet assortiment d'horreurs combiné à la mobilité sans précédent du travail à l'ère numérique annonce la fin de l'urbanisation.

Cependant, compte tenu de ce que nous savons des villes et de la numérisation aujourd'hui, la conclusion inverse semble plus d'actualité. Au lieu de la désurbanisation, les prochaines décennies verront les villes forger de puissants partenariats internationaux et prendre la tête de la résolution des problèmes mondiaux. Voici l'explication.

Le secret est dans l'échelle

Quiconque a déjà visité Shanghai, New York ou toute autre mégalopole moderne bordée de gratte-ciels défiant la gravité peut attester de sa capacité unique de mise à l'échelle. Cependant, quelque chose de beaucoup plus étonnant se passe dans les coulisses. Selon les recherches récentes menées par Geoffrey West et Luis Bettencourt, les villes prennent le capital humain et physique et les mettent à l'échelle de façon super-linéaire. Au mépris apparent de l'arithmétique traditionnelle, les villes produisent plus d'unités sortantes pour chaque unité entrante qu'elles utilisent lorsqu'il s'agit de statistiques majeures telles que le PIB, les salaires, les brevets et les dépenses de R&D.

Mieux encore, les villes gaspillent moins de ressources par habitant en infrastructures et en services. Cela les rend idéalement adaptées pour fournir des réponses réalistes aux plus grands défis mondiaux. Cela fait également des villes la seule solution réaliste pour abriter une population qui devrait atteindre 9,7 milliards d'ici 2050. Avec la numérisation, ces capacités de résolution de problèmes vont probablement augmenter.

Réinventer comment et où nous travaillons

En 2020, les premières cohortes de la Génération C (« C » pour connectée) qui auront vécu toute leur jeune vie dans le monde numérique atteindront l'âge de la majorité. D'ici là, les quatre cavaliers de la quatrième révolution industrielle (l'automatisation, la réalité augmentée, le cloud computing et l'intelligence ambiante) auront inauguré l'Industrie 4.0 dans toute sa splendeur numérique. Avec le recul constant des baby-boomers, l'avènement de l'ère numérique sera une raison suffisante pour que la Génération C et la Génération Y puissent réinventer à la fois comment et où ils travaillent.

Alors que les plus imaginatifs vont plancher un moment sur la manière la plus futuriste de travailler, la réponse à la question du lieu de travail est déjà évidente. Avec chaque amélioration progressive de la connectivité apportée par la numérisation, la main-d'œuvre (tout comme le travail lui-même) deviendra de plus en plus mobile. La numérisation poussera également la signification même de la mobilité à changer. En effet, la génération C sera la première cohorte de travailleurs à vivre une mobilité choisie : elle se déplacera librement là où ses prédécesseurs déménageaient par nécessité.

Dans le même temps, la numérisation continuera à remodeler les contours de la productivité dans son ensemble. Plus important encore, cela continuera à accroître les avantages du regroupement dans les principaux secteurs, tels que la fabrication, les services financiers et l'hôtellerie. Les « micro-multinationales » qui utiliseront des plateformes numériques telles qu'eBay, Alibaba et Amazon pour s’affranchir des clivages géographiques seront parmi les principaux entrepreneurs qui vivront et prospéreront dans ces groupements.

En conséquence, l'attraction gravitationnelle des villes ne fera que se renforcer.

Pourquoi les villes mèneront la danse et les nations suivront

Selon toute vraisemblance, la plupart d'entre nous apprécierons ce ralliement. Des études récentes ont montré que les villes excellent pour favoriser l'attachement communautaire, que l'on trouve dans les espaces ouverts aux offres sociales, aux systèmes éducatifs accessibles et aux opportunités civiques. Heureusement pour nous, citadins, l'attachement communautaire lui-même est un mécanisme de rétroaction positive qui est corrélé avec le bonheur global, la croissance du PIB et de nombreuses autres caractéristiques positives de notre vie moderne.

La capacité des villes à créer des niveaux d'activité économique et d'innovation sans précédent ne fera que garantir qu'elles prendront le leadership lors de ce siècle. On compte déjà aujourd’hui plus de villes fonctionnelles que d'États-nations. Cependant, malgré leurs prouesses économiques et leur ouverture, les villes ne disposent toujours pas des ingrédients nécessaires à une domination durable : le poids politique et la souveraineté. Cela devrait s'arranger dans pas bien longtemps.

Ce que vous êtes > Où vous êtes

De la ligue nationale des villes des États-Unis au Parlement international des villes, les maires du monde entier nouent des partenariats qui tirent leur puissance de leurs intérêts communs plutôt que de leur proximité géographique ou de leur appartenance politique. Dans le même temps, les dirigeants provinciaux allant de la Bavière au Pendjab s'emploient activement à créer des bureaux indépendants de promotion du commerce et de l'investissement dans le cadre d'une offre concurrentielle pour les flux financiers et le tourisme.

Le contexte national n'est pas nécessairement le plus pertinent pour les villes modernes. Par exemple, alors qu'il y a peu de parallèles significatifs entre le Royaume-Uni et la Turquie, le vote de Londres, Liverpool et Manchester qui souhaitaient rester dans l'UE au référendum du Brexit a été piloté par des forces similaires du vote d'Istanbul, d'Ankara et d'Izmir qui ont rejeté le référendum constitutionnel en Turquie.

Même les États-Unis, qui sont politiquement autosuffisants, se sont réveillés dans un nouveau monde de citadins mondiaux. New York et San Francisco se sont engagés dans l'Accord de Paris, aux côtés de plus de 380 autres villes, alors même que le pays lui-même l'a rejeté. Et même si nous ne verrons pas les Ithaca HOURS (monnaie locale de New York) venir concurrencer le billet vert de sitôt, il est déjà évident que les villes n'ont besoin de la permission de personne pour tirer le meilleur parti de leur souveraineté urbaine.

Les villes intelligentes rendent la vie plus facile

De plus, la numérisation promet de faire encore mieux. Dans les villes intelligentes comme Tallinn, les citoyens interagissent sans effort avec leur gouvernement municipal via des plateformes numériques qui leur permettent de signer des contrats, de payer leurs impôts et de voter aux élections nationales estoniennes. Des programmes similaires à Singapour, à Amsterdam et ailleurs sont en passe de faire naître des gouvernements 4.0, qui correspondent davantage à nos nouvelles capacités économiques.

La promesse de numérisation la plus sous-estimée est peut-être celle liée à la gouvernance électronique localisée. Les plateformes numériques permettront des niveaux de responsabilité, d'accès et d'ouverture jamais atteints, changeant à jamais la façon dont les gouvernements locaux interagissent avec les personnes qu'ils gouvernent. En effet, l'époque où les gouvernements nous verront comme des clients plutôt que comme des citoyens n'est peut-être pas si éloignée que ça. Et quand cela arrivera, il ne faudra pas oublier de dire « merci » à la numérisation.