Au cours des deux dernières années, les médias internationaux ont été pleins d'histoires sur les migrants et leurs difficultés, accompagnées de photographies sinistres qui ont fait la une des journaux. Le contenu est presque identique : des récits sombres de migrants provenant de pays déchirés par la guerre qui entrent en Europe à la recherche d'une vie meilleure, et les défis qui les attendent, eux et leur pays d'accueil.

Le cas le plus récent est celui des réfugiés rohingyas du Myanmar fuyant les meurtres, viols, incendies criminels et tortures perpétrés par l'armée et se réfugiant au Bangladesh voisin. En Autriche, les récentes élections continuent de refléter l'influence croissante des partis de droite anti-immigrés en Europe. Tandis que le Bangladesh, pays de premier asile, peine à fournir un soutien de première nécessité aux personnes qui fuient le nettoyage ethnique dans l'État de Rakhine, au Myanmar.

Mais les choses ne sont pas toujours aussi sombres pour les migrants qui fuient leurs foyers à la recherche d'une nouvelle vie dans un pays inconnu.

Image : BBC/ Eurostat

Berlin a une histoire inspirante : les réfugiés y sont formés comme guides de musée, tandis que d'autres proposent des visites guidées dans leur langue maternelle. En premier lieu, ces migrants gagnent de l'argent et acquièrent de nouveau la capacité à mener des projets lorsqu'ils sont en mesure de retourner sur le marché du travail. Ensuite, c'est leur premier pas vers l'assimilation.

Beaucoup d’entre eux sont très instruits – ils étaient médecins, avocats, comptables ou enseignants dans leur pays d'origine. Les réfugiés qui ont l'intention de rentrer chez eux trouvent leur inspiration en comparant leur pays à l'Allemagne. La reconstruction de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale leur procure un sentiment d'espoir. Les expositions d'antiquités issues de leur pays d’origine les aident à renouer avec leur culture et leur patrimoine, bien qu'ils soient loin de chez eux.

La ville de Schwabisch Gmund a une autre histoire à partager : 800 migrants y ont été logés par le gouvernement. Au lieu d’être accueillis dans une seule zone, les migrants sont dispersés. Beaucoup sont installés dans les villages environnants, ce qui les aide à mieux connaître les gens et la culture. Schwabisch Gmund propose des cours d'allemand pour les migrants et les encourage à faire du bénévolat. Ces activités témoignent du désir des migrants de jouer leur rôle dans la société, ce qui contribue à les faire accepter par la communauté locale.

D'un point de vue économique, l'afflux de migrants en Europe constitue une opportunité, car la région est confrontée au défi démographique majeur du vieillissement de la population. Le taux de fécondité de l'UE est de 1,5 enfant par femme et, sans migration, la population en âge de travailler diminue.

L'économie allemande en est un bon exemple, car elle crée des emplois plus rapidement que les autochtones ne peuvent les occuper. Au Royaume-Uni, la période de forte immigration, qui a débuté en 1997 et culminé en 2004, a eu un impact positif sur le PIB et l'emploi. Les immigrés apportent avec eux des compétences et des aptitudes diverses, et entraînent finalement les gens du pays à améliorer les leurs. Si au Royaume-Uni la différence de performance est faible entre les immigrants et les natifs, elle est significativement plus élevée en Espagne, en Grèce, en Belgique et en Suède.

Charles Agyemang, du Ghana, a une histoire intéressante. Il a travaillé dans le domaine de la santé publique pendant plus de 10 ans et a émigré en Europe occidentale. Il se rend chaque année au Ghana avec l'aide de l'Organisation internationale pour les migrations. Dans le cadre de son projet de santé MIDA (Migration for Development in Africa) Ghana, Charles Agyemang enseigne et collabore avec des agents de santé et des experts.

Continent en transition, l’Afrique voit son modèle alimentaire changer. Les Africains souffrent désormais aussi d'hypertension, de diabète et de maladies cardiovasculaires. Charles Agyemang et ses collègues se rendent dans les communautés locales et éduquent les gens sur leurs droits et leur santé. Autrement dit, le migrant Charles Agyemang apporte une contribution positive à son pays natal, et il est apprécié pour son action en faveur de l’amélioration de la vie quotidienne de ses anciens concitoyens.

La ville fantôme de Riace en Italie revit grâce aux migrants. Au cours des 18 dernières années, plus de 6 000 migrants ont afflué, car le maire, Dominico Lucano, offre aux réfugiés des appartements inhabités et une formation professionnelle. Zara Husseini, 34 ans, par exemple, tisse du tissu sur un métier à tisser et le brode à l'aiguille. Elle et sa fille ont fui les griffes des talibans en Afghanistan pour trouver une nouvelle vie en Europe.

Selma Giana est une jeune Somalienne qui travaille dans un magasin à Riace, où elle vit depuis deux mois. Interrogée sur son passé, elle raconte les horreurs qu'elle a vécues lorsque des passeurs la gardaient captive pendant son horrible voyage en Éthiopie, au Soudan et en Libye. Ils ont refusé de lui donner à manger, l'ont violée et l'ont torturée pendant des mois.

Les natifs de Riace pensent que l'expérience des migrants a été bonne pour leur ville, et Dominico Lucano, leur maire, a un message pour les politiciens européens qui empêchent les migrants d'entrer. « Les migrants apportent leur culture, leur monde, leurs couleurs et leurs connaissances aux Européens qui redoutaient de leur part la maladie, le chômage et l’insécurité. »

De nombreux sportifs ont migré d'Afrique vers la France ou d’autres pays d'Europe, et sont représentés au niveau international. Zlatan Ibrahimovic a un passé intéressant. Son père était musulman bosniaque et sa mère catholique croate. Ils ont émigré en Suède. Ses parents ont divorcé lorsqu’il avait 2 ans, et il est devenu un tristement célèbre voleur de bicyclettes. Il a travaillé ses talents de footballeur, mais il a voulu abandonner à l'âge de 15 ans. Son entraîneur du Malmo FF l' a convaincu de rester, et il est maintenant connu comme l'un des plus grands joueurs de football suédois.

Les récits abondent au sujet de réfugiés qui ont fait du monde un endroit où il fait bon vivre. Einstein émigra aux Etats-Unis après avoir quitté l'Allemagne nazie, de peur que sa famille ne soit envoyée dans un camp de concentration. Après avoir travaillé pour l'Institute for Advanced Study, il a demandé la citoyenneté américaine. L'actrice Mila Kunis a quitté l'Union soviétique à l'âge de sept ans, craignant l'oppression religieuse du gouvernement antisémite. Steve Jobs a une histoire familiale passionnante, car son père était un immigré syrien, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés officiellement.

Toutes ces histoires démontrent l’impact positif de la migration. Elle permet de combler les emplois vacants et le déficit de compétences des pays d'accueil, et de soutenir la croissance économique. Le retour temporaire des nationaux qualifiés (TRQN, Temporary Return of Qualified Nationals) permet aux pays d'origine d’en récolter les bénéfices car les migrants qui rentrent chez eux rapportent avec eux des économies, des compétences et des contacts internationaux.

Le défi lancé par la crise des réfugiés peut sembler insurmontable, mais ces quelques histoires montrent qu'il y a une lueur d'espoir. Ces personnes pleines d'entrain montrent aux Européens et au reste du monde l'énergie positive et l'optimisme qu'ils dégagent et, dans de nombreux cas, comblent les lacunes qui resteraient béantes sinon.