Premier dirigeant nord-coréen à franchir la frontière de la Corée du Sud depuis la fin de la guerre en 1953, Kim Jong-Un a évoqué une « nouvelle histoire de paix, de prospérité et de relations inter-coréennes ».

Il rencontrait le président sud-coréen Moon Jae-In après un dégel soudain des relations entre les deux nations de la péninsule.

Les deux dirigeants se sont réunis dans la zone démilitarisée hautement fortifiée pour discuter des perspectives de paix et de réconciliation, et plus particulièrement de la dénucléarisation de la péninsule.

La poignée de main entre les deux hommes ne scelle en aucune façon un accord de paix. Mais elle peut lancer un processus de rapprochement entre les deux Corées. D'énormes défis attendent les deux nations si elles souhaitent se diriger vers la création des conditions nécessaires à une intégration plus étroite du Nord et du Sud, voire à leur réunification.

On peut légitimement se demander dans quelle mesure le Sud serait prêt à contribuer au coût immense de la transformation de l'économie délabrée de la Corée du Nord en un système digne du XXIe siècle mondialisé.

L'image ci-dessus montre les deux nations coréennes pendant la nuit : on y constate à quel point le Nord a pris du retard sur le Sud en termes d'infrastructure d'approvisionnement et de capacité de production énergétique.

Il est difficile d'évaluer les préoccupations du peuple du Nord, mais il pourrait s’avérer crucial pour celui du Sud de s'inquiéter de la façon dont des liens plus étroits affecteront leur économie.

Selon un rapport annuel de l'Université nationale de Séoul, le soutien de la population de la Corée du Sud à la réunification a diminué. L'an dernier, 53,8% ont déclaré considérer l'unification « nécessaire », contre plus de 63% en 2007, selon Reuters.

« La Corée du Sud est maintenant aux côtés des pays avancés, grâce au sang et à la sueur de la génération de nos parents qui ont transformé ce qui était l'un des pays les plus pauvres du monde », a déclaré à Reuters un employé de bureau de 35 ans à Séoul. « Après l'unification, tout redeviendra comme à l'époque où nous étions un pays en voie de développement. »

Le Nord, relié à la Chine par voie terrestre, continue d’être dirigé par une lignée familiale de dirigeants autocratiques qui ont un accès limité au monde extérieur. Combinées, les sanctions internationales et la politique gouvernementale intérieure ont maintenu dans la pauvreté la plus grande partie de la population de la république.

Pendant ce temps, le Sud, bordé par la mer du Japon, a développé une démocratie dynamique fondée sur un système industriel et financier moderne qui lui a permis de devenir la quatrième économie de la région, d’après son PIB en 2016.

Après la guerre, les États-Unis, le Japon et leurs alliés ont contribué à la reconstruction de la Corée du Sud dans les années 1950. Le Nord s'est tourné vers la Russie, la Chine et les autres nations communistes qui, à elles seules, ont fourni près de 880 millions de roubles ainsi que de la main-d'œuvre et des moyens technologiques.

D’après l’historien Charles K Armstrong, le résultat était le suivant : « À la fin des années 1950, le taux de croissance de la production industrielle totale de la Corée du Nord (39 % en moyenne entre 1953 et 1960) était probablement le plus élevé du monde.

Cependant, au cours des décennies suivantes, le Sud est devenu le moteur de nombreuses industries innovantes, comme l’automobile et les technologies relatives aux microprocesseurs, générant un PIB supérieur à 1,4 billion de dollars en 2014.

Pendant ce temps, l’économie du Nord reste dépendante de ses ventes de charbon à la Chine, tandis que les sanctions ont limité sa capacité à commercer et à accéder au système financier mondial. Après la Chine, ses plus grands partenaires commerciaux sont l'Inde et la Russie, et son PIB pour 2014, le plus élevé jusqu’à présent, s'élevait à 17,4 milliards de dollars.

Degrés de séparation

Le Sud est un endroit moderne où les styles de vie high-tech abondent, et qui abrite une scène musicale forte et populaire à l’étranger. Il dispose d'un système de soins de santé universel respecté et d'une espérance de vie moyenne d'environ 80 ans.

La Corée du Nord, par comparaison, connait une faible pénétration des appareils mobiles, souffre de fréquentes défaillances de récoltes, a fréquemment besoin d’aide internationale pour parvenir à alimenter sa population, dont l’espérance de vie moyenne est à peine supérieure à 70 ans.

Marier la reconstruction du Nord et la croissance économique du Sud risque de se révéler une voie délicate à négocier pour tout gouvernement désireux de les réunifier.

Une autre préoccupation pour les Sud-Coréens est le rôle que pourrait jouer Kim Jong-Un dans un futur État unifié.

S'il est peu probable que la réunion historique des deux dirigeants ait abordé cette dernière question, le simple fait que cette rencontre ait eu lieu témoigne d’un rapprochement entre les parties qui aurait semblé inimaginable il y a encore quelques mois.