À 85 ans, Claude Copin, soudeur français à la retraite, a peut-être découvert le secret d'une vie longue et en bonne santé. Elle reste active en jouant à la pétanque avec des amis dans un parc parisien. Et elle s'est liée d'amitié avec les enfants de ses coéquipiers, dont beaucoup sont des adolescents. Ils l'emmènent à des soirées et au cinéma, oubliant parfois qu'elle pourrait avoir besoin de repos plus tôt qu’eux. « Je rends ma vie belle, » dit Mme Copin. « Je suis en bonne santé parce que j'ai des activités et que je rencontre des gens. »

Elle a raison. Un reportage inédit de l’organisation mondiale de journalisme Orb Media montre un lien fort entre notre conception du vieillissement et la façon dont nous vieillissons. Les personnes ayant une attitude positive à l'égard de la vieillesse sont susceptibles de vivre plus longtemps et en meilleure santé que celles qui adoptent une attitude négative. Dans les pays ayant un faible respect des personnes âgées, les séniors courent le risque d’avoir une moins bonne santé mentale et physique et des niveaux de pauvreté plus élevés que les autres habitants de leur pays. Un changement d'attitude, comme le montre la recherche, pourrait apporter beaucoup d’améliorations.

Vieillir en bonne santé est de plus en plus important : à part en Afrique, la population vieillit rapidement. Si les tendances démographiques restent les mêmes, d'ici 2050, près d'une personne sur cinq dans le monde aura plus de 65 ans. Près d'un demi-milliard de personnes auront plus de 80 ans. Des populations jeunes réduites s'occuperont de populations âgées importantes dont les besoins en soins de santé sont de plus en plus coûteux.

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Il est surprenant de constater, dans un monde rempli de personnes âgées, que les opinions négatives sur la vieillesse sont monnaie courante. Une analyse de l'Organisation mondiale de la santé a révélé que 60 % des personnes interrogées dans 57 pays avaient une opinion négative du troisième âge. Les personnes âgées sont souvent considérées comme moins compétentes et moins capables que les jeunes. Elles sont considérées comme un fardeau pour la société et leurs familles, plutôt que reconnues pour la valeur de leurs connaissances, de leur sagesse et de leur expérience.

Orb Media a compilé les données de plus de 150 000 personnes dans 101 pays pour en savoir plus sur leur niveau de respect pour les personnes âgées. Le Pakistan est l'un des pays ayant obtenu les meilleurs résultats.

Le respect des personnes âgées est une tradition de longue date au Pakistan, selon Faiza Mushtaq, professeur adjoint de sociologie à l'Institut d'administration des affaires de Karachi. Mais avec le nombre croissant de personnes s'installant en ville, les structures familiales traditionnelles sont chamboulées, ce qui rend plus difficile la prise en charge des personnes âgées. Sans filet de sécurité du gouvernement, de nombreuses personnes âgées sont plongées dans une pauvreté extrême, déclare-t-elle. Néanmoins, la façon dont les aînés sont perçus présente des avantages tangibles, affirme Faiza Mushtaq.

« Cette attitude à l'égard du passage au troisième âge est une adoption beaucoup plus saine du processus de vieillissement, comparée à toutes les notions de bien-être, d'attractivité et d'estime de soi si étroitement liées à la jeunesse », ajoute-t-elle.

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Le Japon, avec la plus longue durée de vie au monde et les taux de natalité les plus bas, est au premier plan de ce changement démographique mondial. Là-bas, Orb a constaté des niveaux faibles de respect pour les personnes âgées. Selon le Dr Kozo Ishitobi, un médecin de 82 ans, les séniors sont traditionnellement considérés comme un fardeau. « Les Japonais commencent à se rendre compte que les personnes âgées ont besoin de soutien », déclare-t-il. « Nous passons tous par là, nous devrions donc nous soutenir les uns les autres. »

Il s'avère que l'attitude à l'égard du vieillissement entraîne de vastes implications. Becca Levy, professeur d'épidémiologie à l'école de santé publique de Yale aux États-Unis, est fascinée par le pouvoir des stéréotypes liés à l'âge depuis des décennies. Elle a commencé son travail dans les années 1990, en se basant sur une intuition. Si les personnes âgées sont respectées dans la société, cela améliore peut-être leur image de soi. « Cela peut à son tour influencer leur physiologie et par conséquent leur santé », déclare Becca Levy, leader dans ce domaine de recherche.

Au cours des deux dernières décennies et demie, le professeur Levy et d'autres chercheurs qui ont suivi le mouvement l'ont constaté : ceux qui ont une opinion positive sur la vieillesse vivent plus longtemps et vieillissent mieux. Ils sont moins susceptibles d'être déprimés ou anxieux, leur bien-être s'améliore et ils se remettent plus rapidement d'une invalidité. Ils ont également moins de chances de développer une forme de démence et les marqueurs de la maladie d'Alzheimer.

Dans une étude, le professeur Levy a constaté que des Américains ayant une opinion plus positive sur le vieillissement, et suivis pendant des décennies, ont vécu 7,5 ans de plus que ceux portant un jugement négatif. Des études menées en Allemagne et en Australie ont donné des résultats similaires. « L’ampleur de certains résultats était surprenante », déclare Becca Levy.

Les recherches et analyses d'Orb ont révélé que ces effets peuvent également être observés dans toutes les cultures. Selon les données de l'OCDE, de l'ONU et d'autres organisations, les personnes âgées dans les pays ayant un niveau élevé de respect pour le troisième âge font état d'un meilleur bien-être mental et physique que les autres groupes dans leur pays. Ces pays font également le constat de taux de pauvreté moins élevés chez les plus de 50 ans que chez les plus jeunes.

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Cela semble trop facile. Comment une meilleure attitude à l'égard du vieillissement peut-elle aider quelqu'un à vivre plus longtemps ? Becca Levy a constaté que les personnes ayant des stéréotypes négatifs sur l'âge avaient des niveaux de stress plus élevés. Et le stress est associé à toute une série de problèmes de santé. Selon le professeur, ceux qui s'attendent à une vie meilleure dans la vieillesse sont également plus susceptibles de faire de l'exercice, de bien manger et de consulter un médecin.

C'est le cas de Marta Nazaré Balbine Prate, 57 ans, qui a emménagé avec sa famille dans la maison de ses parents à Sao Paulo, au Brésil, il y a dix ans. Elle a dû quitter son emploi de nutritionniste dans un hôpital pour s'occuper d'eux. Son père est décédé au début de l'année. Cela fut difficile financièrement et émotionnellement. Mais, dit-elle, cette expérience lui a fait réfléchir au genre de vie qu'elle souhaite quand elle sera plus âgée. « J'essaie de faire attention à ce que je mange. Je m'entraîne autant que possible, » dit-elle, « afin de pouvoir atteindre un âge mûr en bonne condition physique ".

Nous inquiéter de notre vieillesse est un privilège dont nous devrions être reconnaissants, déclare Marília Viana Berzins. Elle a travaillé avec des personnes âgées au Brésil pendant 20 ans et a fondé l’Observatoire de la longévité humaine et du vieillissement. « La vieillesse est en fait une réussite », selon elle. « C'est la plus grande réussite de l'humanité du siècle dernier. »

Mais au Brésil, d’après Mme Berzins, la vieillesse est devenue associée à l'incapacité. « Si nous changeons cet état d'esprit et que la vieillesse est perçue comme une simple étape de la vie, nous irons de l'avant », dit-elle. « Les personnes âgées seront traitées avec plus de respect. »

Changer les stéréotypes n'est pas une mince affaire. Les gens développent leur conception du vieillissement vers l’âge de deux ans, selon Corinna Loeckenhoff, professeur agrégé de gérontologie en médecine au Weill Cornell Medical College, qui a étudié les stéréotypes liés à l'âge dans toutes les cultures. Mais elle change aussi en fonction de l’expérience. Malheureusement, les croyances négatives sont souvent fondées sur des impressions inexactes.

À mesure que les gens vieillissent, leur santé demeure généralement stable jusqu'à environ cinq ans avant leur mort, déclare le professeur Loeckenhoff. Ce n'est qu'à ce moment-là que la plupart des gens connaissent le déclin mental et physique le plus souvent associé à la vieillesse. « Les gens continuent à mélanger le vieillissement et la mort », dit-elle.

Certaines recherches montrent qu'augmenter les contacts ayant du sens entre les jeunes et les personnes âgées peut briser les stéréotypes négatifs. Depuis cinq ans, la Résidence des Orchidées, un EHPAD à Tourcoing, en France, s'efforce d’aller dans ce sens. Chaque semaine, la maison amène des enfants d'une garderie voisine pour rendre visite aux résidents.

Pierre Vieren, 91 ans, entrepreneur à la retraite, adore voir les enfants. « Quand je suis allé sur mon balcon, les enfants ont dit « Pierre est là », raconte-t-il. « Ils me font tous signe de la main pour me dire bonjour. C'est mon petit rayon de soleil du matin. »

La directrice de l’EHPAD, Dorothée Poignant, explique que cette expérience normalise la vieillesse auprès des enfants. « Elle recrée un esprit de famille joyeux, les enfants rient, les personnes âgées rient », dit-elle. « Nous n'avons pas seulement des personnes âgées, nous avons des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées. C'est très ouvert. »

Tout le monde peut gagner à améliorer sa conception de la vieillesse, affirme le professeur Loeckenhoff. « La chose la plus importante à comprendre au sujet des stéréotypes sur le vieillissement, c'est qu'ils sont les seuls à être équitables », dit-elle. « Les années aidant, vous pâtirez, ou bénéficierez, de vos propres stéréotypes. »

Le rapport complet d'Orb Media ici : https://agewell.orbmedia.org/