Cet article fait partie de la réunion Industry Strategy Meeting

Au Royaume-Uni, près de 650 000 personnes ne s'identifient ni comme hommes ni comme femmes. Depuis 20 ans, Christie Elan-Cane, militant non sexué, tente de convaincre le Bureau des passeports du Royaume-Uni que ces personnes devraient être autorisées à choisir 'X’ à la place de H ou F sur leur passeport. Christie Elan-Cane soutient en outre que devoir se déclarer sur un document légal de type H ou F constitue une fausse déclaration pour une personne non sexuée.

C’est pourquoi la Haute Cour du Royaume-Uni examine une plainte concernant l’illégalité du refus de délivrer des passeports de genre « X ». Cette plainte suggère que l'obligation pour les individus d'indiquer s'ils sont des femmes ou des hommes est intrinsèquement discriminatoire à l'égard de ceux qui s'identifient comme étant non sexués, transgenres ou intersexuels.

Image : Jokestress sur Wikimedia Commons

Le genre est l'un des marqueurs biographiques qui doivent obligatoirement figurer sur tous les passeports délivrés dans le monde entier, avec le nom, la date de naissance et la nationalité. Ces attributs aident les agents à déterminer si la personne qui se trouve devant eux est le véritable titulaire du passeport. Depuis que le climat géopolitique international a connu une augmentation des attaques terroristes, les polices des frontières du monde entier se sont efforcées de renforcer leur capacité à identifier et intercepter les personnes dangereuses. Lorsqu’ils évaluent des individus, les fonctionnaires doivent être en mesure de vérifier qu’ils sont ce qu’ils prétendent être, et aussi qu’ils ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale et publique. Les marqueurs de genre sont-ils essentiels à ces efforts ?

Pourquoi le Genre X ?

Le X est l'un des trois seuls marqueurs de genre autorisés sur les passeports par l'Organisation de l'aviation civile internationale, et désigne un sexe « non spécifié ». Cette option semble être apparue au cours de l'importante migration de réfugiés qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Les passeports d'urgence devaient être délivrés assez rapidement pour répondre à la nécessité de réinstaller les personnes, mais les agents qui les délivraient ne pouvaient pas toujours déterminer le sexe attaché aux noms qui leur étaient étrangers.

Aujourd'hui, X représente le seul marqueur de genre disponible pour ceux qui ne s'identifient pas comme hommes ou femmes. En août 2017, le Canada a autorisé ses citoyens à choisir le X sur leur passeport, devenant ainsi le dixième pays à proposer une option de « troisième genre ». Parmi les autres pays figurent l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Pakistan, Malte et le Danemark : tous autorisent maintenant les mentions H, F ou X sur les passeports, souvent afin de promouvoir les droits des LGBTQIA. D’autres pays, comme Taïwan et l’Allemagne semblent proches de suivre le mouvement.

Biométrie et identité

La prolifération des techniques de reconnaissance biométrique d’identification des personnes perturbe plusieurs secteurs d’activité, et notamment les services financiers. Sécuriser l’accès à notre téléphone portable ou aux services bancaires en ligne avec les empreintes digitales, ou contrôler notre maison par la voix à l’aide d'assistants numériques, a changé la façon dont les consommateurs perçoivent la reconnaissance des empreintes digitales, du visage et de la voix.

Lors des contrôles aux frontières, les voyageurs habitués à présenter une demande de visa commencent à s’habituer à fournir des photographies et des empreintes digitales avant d’être autorisés à entrer sur le territoire. Nombreux sont les gouvernements et les entreprises des secteurs de l'aviation, du voyage et du tourisme qui mettent à l'essai des moyens de s'appuyer davantage sur la reconnaissance biométrique pour identifier les personnes tout au long de leur voyage.

Des travaux de recherche menés par l'Institut national des normes et de la technologie (NIST) suggèrent que les algorithmes de reconnaissance faciale deviennent de plus en plus précis et surpassent fréquemment les performances humaines en matière d'appariement des identités. Plus récemment, le NIST a rapporté que les experts en reconnaissance faciale obtiennent de meilleurs résultats avec pour partenaire une intelligence artificielle qu’avec une autre personne. L'utilisation de ces technologies biométriques avancées permettra peut-être d'améliorer radicalement la façon d’identifier les voyageurs aux frontières - au point qu’il ne sera bientôt plus nécessaire de recourir à des marqueurs comme F ou H pour contribuer au processus d'identification.

Dans un monde où nous reconnaissons que le genre n'est pas binaire et où les individus revendiquent des droits sur leur identité, ces progrès technologiques nous donnent-ils l'occasion de faire progresser l'égalité de l'identité de genre - que ce soit en autorisant le genre X, ou en supprimant complètement la mention du genre des passeports ?

Peut-être pas tout de suite.

Évaluation des risques

Jusqu’à présent, chaque État détermine son propre mécanisme d'évaluation des risques aux frontières en exploitant des données primaires qui se limitent aux informations biographiques, comme le pays d'origine, le sexe et l’âge.

Toutefois, la dernière décennie a mis à mal l'hypothèse selon laquelle une donnée comme la nationalité constituerait un prédicteur fiable du risque. Certaines des attaques les plus tragiques dont nous avons été témoins ont été des menaces locales ou ont été commises par des personnes dont la citoyenneté était considérée à faible risque. Cinq des personnes suspectées d’être impliquées dans les attentats de Paris en 2015 étaient des citoyens français. Richard Reid, qui dissimulait des explosifs dans ses chaussures, et qui a heureusement été appréhendé, est citoyen britannique.

Les progrès de l'analyse prédictive des données et de l'apprentissage machine permettent d'améliorer les processus d'évaluation des risques. Les informations fournies à l'avance par les passagers sur leurs antécédents de voyage ou de visa peuvent être beaucoup plus pertinentes pour évaluer le risque que les indicateurs 50/50 du sexe biologique ou d'identité de genre. Frontex, l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, estime qu'une facilitation des voyages fondée sur le risque, qui se baserait sur des informations fiables et précoces sur les personnes se présentant à la frontière, aiderait les agents frontaliers à intercepter les personnes interdites de territoire avant leur arrivée, à savoir quelles questions poser à ceux qui peuvent présenter un risque, et à clarifier plus facilement celles qui sont connues comme étant à faible risque, indépendamment de la nationalité, de l'âge ou du sexe. Le concept de voyageur connu défendu par le Forum économique mondial vise à relever ce défi en repensant le passage d’une frontière pour transformer ce processus en une expérience plus sûre, plus transparente et plus juste pour tous les voyageurs.

En faisant appel à la technologie biométrique pour vérifier que chacun est qui il prétend être et à des évaluations de risque individualisées et significatives, nous pouvons peut-être dépasser l’étiquetage des individus comme hommes ou femmes et faire de grandes avancées vers la réduction du profilage et des préjugés injustes au sein du système mondial de sécurité des voyages.