Battlefield V n'est pas encore sorti, mais la bande-annonce du très attendu jeu de tir à la première personne sur fond de Seconde Guerre mondiale a récemment suscité la colère parmi une minorité de fans. Ces derniers se sont défoulés en ligne à l'aide du hashtag #NotMyBattlefield.

La cause de cette réaction ? La bande-annonce du jeu mettait en avant une femme se battant en première ligne, et certains fans se sont plaints de l'authenticité sacrifiée au profit du politiquement correct (bien que les femmes aient tenu des rôles de soldats pendant la Seconde Guerre mondiale).

Image : Image : DICE/EA

Malgré ce tollé, l'éditeur du jeu Electronic Arts (EA) et le développeur DICE s’en sont tenus à leur décision d'inclure des personnages féminins.

« Aujourd'hui, le jeu est diversifié en genre, comme jamais auparavant », a déclaré Patrick Soderlund, directeur créatif d'EA , ajoutant que les fans qui ne sont pas satisfaits ont « deux choix : soit l'accepter, soit ne pas acheter le jeu ».

En réponse aux fans de Battlefield mécontents, Oskar Gabrielson, vice-président et directeur général de DICE, a tweeté : « Tout d'abord, laissez-moi être clair à propos d’une chose. Le choix du personnage et les personnages jouables féminins ne seront pas retirés. »

This is not a man’s world... En tout cas plus maintenant

Il ne s’agit que du dernier élément en date à défier la perception que les jeux vidéo, en particulier ceux de tir à la première personne (FPS) comme Call of Duty, Halo et Battlefield, sont réservés à la gente masculine.

En fait, loin d'être une exception dans un royaume dominé par les hommes, les joueuses représentent près de la moitié de la population des joueurs.

Selon le sondage 2018 de l'Entertainment Software Association (ESA), 45 % des joueurs aux États-Unis sont des femmes. Et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, les recherches de l'ESA montrent que les femmes adultes représentent une part beaucoup plus importante (31 %) des joueurs américains que les garçons adolescents (17 %).

Image : Entertainment Software Association

L'année dernière, les recherches de Barclays ont prédit que les femmes représenteraient près d'un tiers des dépenses annuelles en jeux vidéo au Royaume-Uni, estimées à 3,5 milliards de livres sterling (4,6 milliards de dollars).

Un problème de diversité

Cependant, malgré leur nombre, les joueuses restent sous-représentées, non seulement en termes de personnages féminins jouables, mais aussi en coulisses dans le développement de jeux - une tendance également omniprésente dans l'industrie technologique en général.

Une poignée d'entreprises et d'organisations ont créé des forums et des réseaux pour s'attaquer au problème, notamment Facebook et Global Gaming Women.

En février, Facebook a lancé la Women in Gaming Initiative, qui vise à stimuler la diversité et à encourager davantage de femmes à occuper des postes de direction dans ce domaine.

Dans une vidéo promouvant cette initiative, Sheryl Sandberg, Directrice des opérations de Facebook, a déclaré : « Le jeu ne reflète pas entièrement le public qu'il sert dans les histoires qu'il raconte. Les femmes ne représentent que 23 % de l’industrie du jeu et les femmes de couleur sont encore moins représentées. »

Le harcèlement en ligne persiste

Les femmes font de plus en plus partie de communautés de jeu en ligne où les membres se regardent jouer en temps réel, attirant parfois un large public.

Le harcèlement sexuel est monnaie courante dans ces communautés en ligne, et même si les femmes arrivent à ne pas prêter attention à la plupart des insultes et injures qui leur sont adressées, elles trouvent le harcèlement sexuel plus difficile à ignorer, selon une étude de l’Université d’État de l’Ohio.

Une enquête menée auprès de 293 femmes ayant joué à des jeux vidéo en ligne a révélé que même après la fin du jeu, les femmes déclaraient qu'elles continuaient à penser aux commentaires sexistes, aux blagues sur le viol et aux menaces.

« La plupart des joueuses comprennent les commentaires déplacés et les insultes sur leur façon de jouer, même si cela ne leur plaît pas », déclare Jesse Fox, auteur principal de l'étude et professeur de communication à l'Université d’État de l’Ohio.

« Mais ce qui les dérange, c’est d’être attaquées uniquement parce qu’elles sont des femmes. Elles n'oublient pas facilement ces commentaires et continuent d’y penser même après la fin de la partie. »

Aujourd’hui, une équipe de « joueuses d'élite », se faisant appeler les Bully Hunters, offre d'aider les victimes de harcèlement sexuel dans le jeu vidéo multijoueur CS:GO en battant les délinquants « par la seule force de leur talent inégalé ».

Mais même si les femmes deviennent de plus en plus visibles - et couronnées de succès - dans le jeu vidéo, niveler le terrain dans un domaine aussi masculin exigera probablement plus que de simples compétences de jeu impressionnantes.