Les robots vont ils nous remplacer ? La question est désormais sur toutes les lèvres et tous les claviers. Les premières réponses laissent croire que la domination exercée pendant près de deux siècles par l’hémisphère gauche de notre cerveau, au cours de l’ère des ingénieurs, va devoir peu à peu laisser place à la partie droite.

Nous revoici avec, dans cet épisode, un bras de fer entre nouvelles technologies et emploi.

Des entrepreneurs du secteur de la robotique comme Terry Guo (Foxcomm), Rob Brooks (Rethink Robotics) ou Carl Bass (Autodesk) ont d’ores et déjà mis au point des robots susceptibles de se substituer aux humains dans certains environnements industriels ou logistiques, notamment.

Une interrogation vieille comme l’économie

Mais la question n’est pas nouvelle. Elle est même vielle comme l’économie, si l’on peut dire. Le premier économiste à être médaillé avant l’âge de quarante ans, John Bates Clarck, abordait déjà cette problématique en 1907, dans son ouvrage intitulé Essentials of Economics. John Maynard Keynes s’attaquait également au sujet dans son essai publié en 1930 : Economic Possibilities for our Grandchildren, tandis que le prix Nobel d’économie, Wassily Leontief, lui emboîtait le pas. Sans oublier que, de 1811 à 1817, un groupe de travailleurs de l’industrie textile, fédérés autour d’une sorte de Robin des bois moderne dénommé Ned Ludd, attaquaient déjà les machines, alors symboles de la mécanisation de l’industrialisation de l’époque.

La réponse sans appel des chercheurs américains

Plus concrètement, David Autor, un économiste du MIT, décrit la corrélation entre emploi et technologie au moyen d’un tableau divisé en quatre cases :

Verticalement, la ligne oppose « Cognitif, intellectuel » en haut, à « Manuel » en bas.

Horizontalement, la ligne va de « routinier » au sens de répétitif, à gauche, à « Non routinier » et donc non répétitif, à droite.

Un travail répétitif et manuel, comme celui effectué derrière une chaîne de montage, est donc placé dans la case inférieure gauche. Un travail non répétitif et intellectuel, comme celui d’architecte est placé dans la case supérieure droite, et ainsi de suite.

Les dernières décennies ont vu les cases de gauche être très remplies, par des emplois répétitifs, donc. Mais, une pénurie de travail routinier a vu le jour dans les pays développés, les machines-outils se sont sophistiquées au point de les remplacer et des logiciels ont littéralement effacé des métiers du tertiaire comme celui de dactylo. Les demandeurs de travail peu qualifié et répétitif se sont donc retrouvés en surnombre.

Avec l’arrivée en fanfare de l’AI (ou intelligence artificielle en français), ce sont les autres cases du tableau de David Autor qui pourraient bien se remplir cette fois ci, avec 47% des emplois menacés, selon certaines prévisions. Selon les deux économistes d’Oxford, Carl Frey et Michael Osborne, les emplois non répétitifs, même intellectuels seront à leur tour touchés. Parmi ces métiers on trouvera : analyste crédit, technicien géologue, grutier, chauffeur, cartographe, agent immobilier, bagagiste et, incroyable mais vrai, opérateur de fabrication de semi-conducteurs.

Votre métier sera-t-il concerné ?

Cela dépend* ! Les métiers, même manuels, demandant discernement, adresse et perspicacité, comme celui de plombier, ne sont pas encore menacés par Baxter, bien incapable de remplacer ce type d’artisan. Mais en revanche, les salariés de la distribution pourraient être menacés. Une société comme Amazon a littéralement conçu ses entrepôts pour que des robots puissent y réaliser le travail historiquement dévolu à des hommes.

En fait, les activités comportant une dimension créative, relationnelle ou sociale pourraient être les moins menacés. Psychologues, commissaires d’exposition, coaches personnels, archéologues, scientifiques, enseignants, commerciaux, experts en communication, ingénieurs, chirurgiens, stylistes… ont donc peu de souci à se faire. Au contraire, certaines professions libérales sont en partie exposées.

En définitive, la solution se trouvera sans doute du côté de la complémentarité entre les machines et les hommes pour qui, comme nous l’avions expliqué dans un article précédent ; à l’instar des joueurs d’échecs, la combinaison gagnante repose sur une collaboration et une progression communes entre des hommes et des machines.

Et puis, rappelons que si la révolution industrielle a fait disparaître le travail des chevaux en les remplaçant par des tracteurs, nous ne sommes pas des bêtes et que nous avons le devoir de ne pas subir le même sort.