La Chine semble déterminée à atteindre les étoiles en construisant des gratte-ciels toujours plus hauts. En 2017, 144 tours de plus de 200 mètres (660 pieds) de haut, ont été construites, dont 15 décrites comme des structures « supertall » surpassant 300m (980 pieds), selon le Council on Tall Buildings and Urban Habitat (Conseil sur les grands immeubles et l'habitat urbain).

La ville de Shenzhen est une zone à forte concentration de gratte-ciels. Christopher DeWolf, journaliste de CNN spécialisé en architecture, écrivait en juillet 2017 que sur les 128 hautes tours construites l'année dernière, 11 l’avaient été aux environs de la ville. C’est plus que ce qui a été construit aux États-Unis, et deux fois plus que dans n’importe quelle autre ville chinoise.

La ville doit son attractivité à son titre, attribué dans les années 1980, de zone économique spéciale, dans laquelle les entreprises sont soumises à moins de réglementation. Le besoin de bureaux et d'emplacements pour les entreprises et les employés essayant de tirer le meilleur parti de ses avantages concurrentiels a alimenté la croissance verticale de la ville.

Toutefois, dans l'ensemble, le secteur chinois de la construction a eu un réel pouvoir d’attraction sur les prêteurs étrangers, attirant environ 4 milliards de dollars d'investissements. Taïwan, la France et les États-Unis sont parmi les plus grands parieurs du secteur, selon fDi Markets, une société du Financial Times qui surveille les spéculations financières sur les marchés internationaux.

En 2016, Shenzhen était en tête de la liste des villes chinoises connaissant à la fois la hausse la plus rapide des prix de l'immobilier et du nombre d'habitants, avec une augmentation de la population de plus de 6 000 % entre 1985 et 2015.

Hautes tours, haute finance

Mais la Chine, en tête du peloton, n'est pas la seule économie émergente et en développement à vouloir étendre ses tours aussi haut que possible.

Selon un rapport de Global Construction datant de 2015, Jakarta, la capitale de l'Indonésie, abrite plus de 160 tours de plus de 160 mètres (525 pieds), tandis que la Burj Khalifa de Dubaï culmine à 828 mètres (2 717 pieds). Pendant ce temps, la Jeddah Tower en Arabie Saoudite a pour ambition d'être le premier bâtiment au monde à atteindre un kilomètre de haut une fois achevé, en 2020 - et de faire perdre ainsi à la Burj son titre de plus haut immeuble du monde.

Ce n'est peut-être pas un hasard si les hautes tours ont souvent été associées à la haute finance. Les premiers gratte-ciels sont apparus à la fin du 19ème siècle, avec le Jenney's Home Insurance Building à Chicago, achevé en 1885, souvent cité comme le premier à répondre à cette définition : un bâtiment à structure métallique de plus de 10 étages.

Le centre financier et commercial de New York suivit rapidement le mouvement. Le Chrysler Building et l'Empire State Building, achevés à la fin des années 1920 et au début des années 1930, offraient des exemples novateurs de la façon dont les villes aspirant à la grandeur internationale pouvaient démontrer leur virilité commerciale grâce à la taille de leurs bâtiments.

Mais l'ordre mondial est en train de changer, et les nations de l’Asie et du Moyen-Orient rivalisent maintenant avec des économies anciennes et établies pour devenir les futurs leaders des secteurs de la finance et de la technologie.

Que cachent ces grandes tours ?

Selon le Council on Tall Buildings and Urban Habitat, « la répartition des 100 plus hauts bâtiments du monde [achevés l'année précédente] reflète largement celle de l'ensemble plus large de bâtiments de plus de 200 mètres dans le monde. L'Asie mène avec 54 bâtiments, suivie du Moyen-Orient avec 26 bâtiments, de l'Amérique du Nord avec 15 bâtiments et de l'Europe avec quatre bâtiments. »

Cependant, il est à noter que les quatre tours européennes ont été construites dans le pays émergent qu’est la Turquie.

Ainsi, l'apparition de gratte-ciels de plus en plus hauts nous apprend-elle quelque chose sur les pays et les villes qui seront couronnés de succès ? Ou l’ascension continue de ces grandes tours servira-t-elle à prédire la chute de leurs économies ?

En 1999, l'analyste immobilier Andrew Lawrence a développé ce qu'il a appelé le Skyscraper Index: Fawlty Towers, selon lequel la construction de gratte-ciels de taille record pourrait être utilisée pour prédire les crises financières à venir. L'auteur britannique C. Northcote Parkinson avait également observé que c’était les organisations en situation d’échec ou ayant déjà échoué qui étaient les plus à même de posséder des bâtiments à fière allure et bien conçus.

Bien que, plus récemment, les chercheurs aient rejeté les affirmations de Lawrence, ils constatent qu'il pourrait y avoir une certaine corrélation entre l'augmentation du produit intérieur brut et la hauteur des gratte-ciels, et que les hauts bâtiments pourraient être achevés à l’apogée (ou presque) de leur cycle économique.

Cependant, tandis que les économistes se demandent si les marchés du monde entier sont surévalués et que les experts sont particulièrement inquiets à propos de l'endettement excessif de l'économie chinoise, les spéculateurs peuvent se tourner vers les bâtiments à l’évolution la plus rapide du monde et se demander s'ils ne risquent pas de voir ces immeubles, qui abritent leurs investissements, chuter de très haut.