Cela aura pris du temps mais désormais la machine est en marche: l’Afrique se digitalise chaque jour un peu plus et mise gros sur le numérique pour développer son économie. D’après le Fonds monétaire international (FMI), d’ici 2050, grâce à l’essor des nouvelles technologies, 12 des 20 pays qui connaîtront les booms économiques les plus importants dans le monde se situeront sur ce continent.

La grande force de l’Afrique dans sa conquête du numérique est de ne pas subir les mêmes contraintes que les économies développées. En effet, la quasi-absence d’héritage technologique permet à ce continent de tirer directement profit des dernières technologies. Cette liberté lui laisse alors le champ libre pour inventer et créer des modèles qui lui seront propres et ne ressembleront ni de près ni de loin aux modèles déjà expérimentés sur d’autres marchés.

Sur le continent de l’avenir, la révolution digitale passera par trois leviers majeurs:

Le Big Data: que ce soit, par exemple, pour l’agriculture avec le smart farming qui permet d’optimiser la production agricole grâce à l’analyse de toutes ses spécialités (météorologiques, biologiques…) ou encore pour l’amélioration des conditions de santé via la prévention ou la prise en charge des soins, ce levier révolutionnera les processus de prise de décisions des entreprises et représente à ce titre un élément incontournable de la digitalisation de l’Afrique.

La blockchain: axe majeur de développement pour enrayer la corruption qui sévit sur le continent, la blockchain est un maillon inéluctable, aussi bien pour les pouvoirs publics et le renforcement de la confiance en ces institutions (notamment pour la tenue de leurs registres), que pour les entreprises privées. La lutte contre la fraude est en effet un combat de longue date que les pays africains peinent à régler. A titre d’exemple d’innovation sur un sujet pour le moins emblématique, une entreprise britannique a récemment développé une solution pour améliorer la traçabilité dans le secteur diamantaire en Afrique.

La dématérialisation et les IoT: l’Afrique est un vaste continent souffrant notamment de nombreux problèmes d’infrastructures, limitant l’accès aux administrations, l’éducation ou encore à la santé. La dématérialisation, véritable pivot de la révolution numérique du continent est devenue salvatrice. Facilitant l’accès à l’éducation, la formation, l’emploi mais aussi permettant l’émergence de l’économie collaborative ou encore le développement de nombreuses FinTech, le tout numérique joue un rôle clé dans le développement global de l’économie africaine, notamment dans le secteur tertiaire.

L’Afrique est la région du monde qui a le plus à gagner de la révolution numérique. Les nouvelles technologies peuvent en effet permettre aux pays africains de s’affranchir du processus de développement traditionnel pour sauter des étapes et accélérer leur croissance économique, mais aussi de gérer leurs ressources plus efficacement et d’étendre l’accès aux services essentiels même aux populations les plus vulnérables.

A son rythme et à sa manière, l’Afrique se modernise même si un élément clé vient noircir le tableau: son taux de connectivité. Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), durant les 15 dernières années, le taux de pénétration d’internet à l’échelle mondiale a été pratiquement multiplié par 7. Il est ainsi passé de 6,5% à 43,4%. 3,2 milliards de personnes y ont désormais accès sur les 7,4 milliards d’habitants de la planète. En Afrique, l’accessibilité à la Toile prend plus de temps. De fait, c’est la région du monde la moins connectée, juste derrière l’Asie Pacifique et le Moyen-Orient.

Sans connectivité, pas de développement du numérique possible. Nizar Yaiche, associé chez PwC France et Afrique francophone commente: “concernant le futur de l’Afrique, il y a deux options: soit nous réussissons collectivement et le continent deviendra une région du monde pleine d’opportunités de croissance, soit les retards et les échecs s’accumulent et, dans ce cas, les défis actuels seront encore plus importants, notamment dans les dizaines de mégapoles qui devraient se former dans les prochaines décennies”.

L’Afrique est-elle prête pour ce défi? Les grands acteurs du numérique sont formels: la réponse est oui. Ce n’est qu’une question de temps… et de financements! Face au potentiel de ce marché, les mastodontes américains du web comme, entre autres, Google et Facebook, ont récemment déclaré qu’ils comptaient investir davantage en Afrique, un marché qui, à en croire les experts, deviendra l’un des plus rentables de la planète une fois que le problème de connectivité (qui persiste) sera réglé.