Avez-vous déjà essayé de mettre du ketchup sur des algues ? Et du ketchup dans des algues ? Cela peut sembler inhabituel, mais il s'agit de l'approche d’une entreprise visant à réduire la dépendance de l'industrie alimentaire vis-à-vis du plastique.

JustEat, une start-up spécialisée dans la livraison de nourriture, présente dans 13 pays à travers le monde, permet aux clients de commander de la nourriture en provenance de divers restaurants via son application. Actuellement en phase de test, la société sert des sachets de ketchup entièrement compostables.

Ces sachets ont été développés par Skipping Rocks Lab, une entreprise d’emballage durable basée à Londres et créée par des diplômés du Royal College of Art et de l’Imperial College London.

Une fois jetés, les sachets se décomposent entièrement en quatre à six semaines environ, soit à peu près le temps nécessaire à la décomposition d’un fruit. Et ce parce qu'ils sont entièrement fabriqués à partir d'algues et d'autres matériaux à base de plantes.

À une époque où la production mondiale de plastique dépasse 300 millions de tonnes par an, c'est la dernière d'une série d'annonces et d'initiatives de l'industrie alimentaire visant à limiter l'utilisation d’emballages en plastique. Et avec le nombre croissant de nouveaux emballages durables annoncés, nous pourrions être à l'aube d'une avancée décisive dans la réduction de l'utilisation du plastique.

Image : Reuters | Johannes Christo

Retour à la nature

D’autres approches novatrices en matière d’emballages alternatifs sont en cours de développement, dont une qui doit beaucoup au crabe.

Des chercheurs du Georgia Institute of Technology aux États-Unis ont travaillé sur un processus combinant des carapaces de crabe et des fibres provenant d'arbres. De multiples couches de chitine provenant de carapaces de crabe et de la cellulose provenant d'arbres sont pulvérisées en couches très fines pour former un film souple, qui présente des propriétés similaires à celles des emballages alimentaires en plastique. En outre, ces matériaux d'origine naturelle ne perdent pas leur efficacité lorsqu'ils sont utilisés.

J. Carson Meredith, professeur au Département de génie chimique et de génie biomoléculaire du Georgia Institute of Technology, tient à souligner l'efficacité de l'alternative au plastique à base de coquillages : « Notre matière a montré jusqu’à 67 % de réduction de perméabilité à l’oxygène par rapport à certaines formes de PET, ce qui signifie qu’en théorie, elle pourrait garder les aliments plus frais plus longtemps. »

Cela est dû à la structure cristalline du film : les molécules de gaz ne peuvent pas facilement pénétrer une barrière de cristal solide.

La principale raison derrière l'utilisation d’emballages en plastique étant de conserver les aliments aussi longtemps que possible, les capacités supérieures de rétention de l'oxygène de cette nouvelle matière sont de bon augure pour son adoption future par l'industrie.

 Le professeur J. Carson Meredith tient un film composé de chitine et de cellulose, provenant respectivement de carapaces de crabes et de fibres d'arbres.
Le professeur J. Carson Meredith tient un film composé de chitine et de cellulose, provenant respectivement de carapaces de crabes et de fibres d'arbres.
Image : Allison Carter

Au Royaume-Uni, des chercheurs ont découvert une enzyme capable de décomposer le polyéthylène téréphtalate ou PET, l'un des types de plastique les plus couramment utilisés et jetés. Utilisé dans la production en série d'une large gamme d'articles, y compris les bouteilles contenant des boissons, le PET se dégrade très lentement et, dans des circonstances normales, resterait dans l'environnement pendant des centaines d'années.

L'enzyme, connue sous le nom de PETase, a été identifiée lors de recherches sur la cellulose et pourrait réduire considérablement la quantité de déchets plastiques dans les décharges.

Toutefois, même si de nouveaux procédés révolutionnaires peuvent contribuer à réduire la pollution ainsi que la dépendance des fabricants à l’égard du plastique, il existe des problèmes importants et urgents auxquels l’industrie et les régulateurs commencent à s’attaquer.

Éliminer l’usage unique

La prédominance des plastiques à usage unique tels que les pailles ou les tasses à café et leurs couvercles, qui dominent le secteur des plats à emporter, est l’un des sujets les plus préoccupants à l’heure actuelle. Utilisés une seule fois, puis jetés, ils suscitent de plus en plus de critiques et un certain nombre d’efforts importants sont actuellement déployés à travers le monde pour traiter le problème à la source.

A pedestrian throws a discarded item into a bag containing paper cups alongside other rubbish on the Southbank, in London, Britain January 6, 2018. REUTERS/Simon Dawson - RC1B0A3222C0
Utilisées une seule fois puis jetées, les tasses à café à usage unique ont-elles fait leur temps ?
Image : REUTERS/Simon Dawson

Des mesures sont prises à petite échelle, comme chez Waitrose, une enseigne alimentaire britannique qui ne propose plus de gobelets à emporter aux clients souhaitant utiliser ses distributeurs de boissons en magasin. Certains États prennent également des initiatives, telles que l’interdiction des plastiques à usage unique dans l’État indien du Maharashtra, qui abrite la ville de Mumbai et sa population de 21 millions d’habitants. On constate aussi des développements à l'échelle mondiale.

Présente dans une centaine de pays, McDonald's est l'une des marques alimentaires les plus reconnaissables au monde. L’enseigne s'est fixé des objectifs ambitieux en matière de réduction des déchets, notamment le recyclage de 100 % des emballages alimentaires, et l’utilisation exclusive d’emballages fabriqués à partir de matériaux recyclés, renouvelables ou certifiés, le tout d'ici à 2020.

Dans le cadre de cette stratégie, McDonald's est sur le point d'éliminer l'utilisation de pailles en plastique, qu'il remplacera par du papier. Cette initiative débutera dans les restaurants de Belgique, d’Irlande et du Royaume-Uni, avant de s'étendre à d'autres régions d'Europe et aux États-Unis.

Starbucks, une autre marque alimentaire internationale, prévoit elle aussi de réduire ses déchets, en particulier en réduisant l'utilisation des pailles en plastique. Et plus tôt cette année, elle a annoncé qu'elle investirait 10 millions de dollars dans le NextGen Cup Challenge, qui vise à développer une tasse à café jetable respectueuse de l'environnement. McDonald's a également rejoint le challenge de la NextGen Cup et déclare avoir engagé 5 millions de dollars dans cette initiative.

Les tasses à café ont été critiquées pour être à la fois à usage unique et non recyclables, à cause de la fine pellicule de plastique qui en recouvre l’intérieur. D’après certaines estimations, 600 milliards de ces gobelets sont fabriqués et distribués dans le monde chaque année.

Lancer le mouvement

Il n'y aura pas de solution miracle pour mettre fin au problème des déchets plastiques. Mais il est clair que des mesures doivent être prises. Selon la Fondation Ellen MacArthur, d'ici 2050, il pourrait y avoir plus de plastique que de poissons dans l’océan (en termes de poids), tandis que l’échec que rencontre le recyclage de gros volumes de plastique coûte 80 à 120 milliards de dollars par an.

Image : Fondation Ellen MacArthur

Résoudre ce problème nécessitera des changements de comportement du côté de l'offre et impliquera tout autant une réduction de la demande. Ces changements devront être à la fois à long terme et à court terme, en proposant dès maintenant des solutions alternatives, tout en accentuant la recherche de nouveaux matériaux d'emballage pour l'avenir.

L’ampleur du problème de la pollution dépeint un tableau plutôt pessimiste, pourtant, celui-ci n’est pas totalement sombre. Certaines des marques les plus influentes de l'industrie alimentaire se tournent vers la recherche dans ce domaine et la soutiennent activement, en commençant dès maintenant à troquer leurs articles en plastique inutiles. La tendance en faveur d'un changement positif et durable gagne du terrain.