En absorbant l'excès de chaleur issu des activités humaines, l'océan est un important régulateur du climat. Mais cette faculté s'altère et montre ses limites. Des chercheurs ont passé au crible treize solutions pour, d'une part, limiter l'élévation de sa température et, d'autre part, évaluer le potentiel des propositions les plus pertinentes et leurs effets secondaires. Des propositions ambitieuses...

L'océan peut-il nous sauver du réchauffement climatique ? C'est en effet un puissant régulateur qui absorbe 90 % de la chaleur et un quart du gaz carbonique d'origine anthropique. Un rôle qu'il paye au prix fort : augmentation globale de la température de l’eau, acidification, modification des courants marins, multiplication des « zones mortes » sans oxygène et montée des eaux. Alors, à quelles conditions peut-on espérer utiliser l'océan pour réduire les impacts du réchauffement de la planète ? Une équipe de 17 chercheurs du monde entier, dont le CNRS, l'Iddri2 et Sorbonne Université, a analysé treize solutions qu'offre l'océan pour atténuer le changement climatique, comme la fertilisation ou les énergies marines renouvelables. Mais cela ne peut pas être sans conséquences. Il faut en étudier la pertinence et amortir, si possible, les effets secondaires sur l'écosystème.

L’océan peut-il enrayer le réchauffement climatique et ses effets ? © IddriTV, YouTube.

Leur étude, publiée dans Frontiers in Marine Science, a passé en revue plus d'un millier d'articles scientifiques pour établir un bilan de chacune des propositions. Leurs 13 solutions ont été catégorisées en quatre champs d'actions :

*La réduction des causes du changement climatique (développement desénergies marines renouvelables, fertilisation du phytoplanctonstockant du carbone, ensemencement par des substances alcalinesabsorbant le CO2ou réduisant l'acidité de l'eau...)

*La protection des écosystèmes (création d'aires marines protégées, réduction de la pollution, fin de la surexploitation des ressources...)

*La protection de l'océan contre le rayonnement solaire en modifiant le pouvoir réfléchissant des nuages ou l'albédo de l'océan (par exemple, en créant une sorte de mousseblanche artificielle à la surface).

*L'intervention directe sur les capacités d'adaptation biologique et écologique des espèces (modification génétiquepour les rendre tolérantes au réchauffement de l'eau ou relocalisation dans de nouveaux habitats).

Les effets pervers des technologies miracle

Pour chaque mesure, les scientifiques ont évalué la balance bénéfice/risque, le potentiel de réduction du réchauffement, la duréepossible des effets ou la maturité de la technologie. Les conclusions sont sans appel pour la géo-ingénierie miracle. Saupoudrer l'océan avec du carbonate de calcium pour contrer les effets de l'acidification apparaît, par exemple, très coûteux. En outre, cela présente d'autres dangers environnementaux, notamment pour l'extraction de tous ces minerais. L'augmentation artificielle de l'albédo de surface ou l'ensemencement des nuages pourraient s'avérer efficaces pour modérer le réchauffement, mais leur durée d'action est éphémère et ces mesures ne présentent aucun intérêt pour limiter le CO2 atmosphérique ou l'acidification. Surtout, de telles solutions nécessitent un consensus international peu réaliste.

 Vaporiser de l’eau de mer pour augmenter la densité des nuages et faire baisser les températures ? Une efficacité encore incertaine.
Vaporiser de l’eau de mer pour augmenter la densité des nuages et faire baisser les températures ? Une efficacité encore incertaine.
Image : © James Harris, Unsplash

Combiner solutions globales et locales

À l'inverse, d'autres méthodes sont techniquement beaucoup plus matures et plus durables. Le potentiel des énergies marines renouvelables est ainsi estimé à 91.900 TWh par an, soit environ la moitié des besoins énergétiques mondiaux, ce qui permettrait d'éviter autant de production par des énergies fossiles. Une meilleure protection des espaces naturels, la réduction de la surpêche et de la pollution permettraient de compenser les pertes de biodiversité liées au réchauffement de l'eau, estiment également les auteurs. Par exemple, en zone tropicale, le reboisement et la réhabilitation des mangrovescontribueraient à lutter contre l'érosion des sols. L'architecture végétale de ces zones tampons entre terre et mer joue un rôle fondamental pour réduire l'effet destructeur des raz de marée et des tempêtes qui vont se multiplier à l'avenir. Mais cela ne résoudra pas le problème global.

Au final, les chercheurs appellent à ne fermer aucune porte et à poursuivre les recherches dans toutes les directions. Mais alors que le dernier rapport du GIEC estime que les températures pourraient grimper de 5,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle si rien n'est fait, « mieux vaut mettre en oeuvre des solutions locales et applicables dès aujourd'hui », préconise Jean-Pierre Gattuso, chercheur au laboratoire d'océanographie du CNRS à Villefranche-sur-Mer.

CE QU'IL FAUT RETENIR

*Des chercheurs ont analysé 13 solutions qu’offre l’océan pour freiner le réchauffement ou pour limiter ses impacts.

*Les techniques de géoingénierie comme l’ensemencement ou la fertilisation semblent particulièrement incertaines.

*Les énergies renouvelables ou la préservation des espaces maritimes sont des mesures plus intéressantes et présentent moins d’effets secondaires.

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