Si nous voulons relever les défis de la planète en termes de climat et de développement, nous aurons besoin de l'aide de la nature. Des forêts, des sols et des mangroves en bonne santé ne sont pas seulement des alliés importants dans la résolution de notre problème mondial de sécurité alimentaire, ce sont également des puits de carbone essentiels, leur activité quotidienne consistant à stocker du CO2. De nouvelles recherches suggèrent que ces défenseurs du climat naturel pourraient entraîner jusqu'à 37 % des importantes réductions d'émissions requises d'ici 2030 si nous voulons nous donner une chance d'éviter un changement climatique dangereux et coûteux à long terme.

Parallèlement, notre modèle dominant de croissance et de développement continue de dégrader ces écosystèmes à un rythme alarmant : l’Amazonie risque de devenir une savane si la déforestation n’est pas stoppée ; un tiers de toutes les terres arables ont été perdues au cours des 40 dernières années et 67 % des mangroves n’existent plus aujourd’hui ou ont été dégradées selon l'UICN.

La récente vague de chaleur a montré à quel point ces écosystèmes étaient vulnérables : des forêts en feu, des récifs de corail blanchis et des lits de rivières asséchés ont fait la une des journaux. Malgré toute l'attention médiatique, les mesures de transformation visant à passer de la dégradation à la restauration et à la protection ne vont pas assez vite. Oui, des progrès importants ont été accomplis, parmi lesquels des engagements considérables et ambitieux pris par les conseils d’administration de nombreuses entreprises. Mais c’est la mise en application de ces promesses qui représente le plus grand défi.

Ceux qui entreprennent des actions voient souvent les opportunités que cela représente ainsi que les risques. En effet, une étude récente a montré que la restauration des terres dégradées et la valorisation des services écosystémiques des forêts comptaient parmi les plus importantes opportunités d’investissement en développement durable dans les secteurs de l’alimentation et de l’agriculture, représentant jusqu’à 450 milliards de dollars (US) d’ici à 2030. Pour rendre réelles ces opportunités, il ne suffit évidemment pas de s’engager à le faire. Voici quatre développements positifs qui suggèrent de passer à un changement plus étendu et plus systémique.

Les solutions climatiques naturelles ont un rôle énorme à jouer dans la réduction des émissions de CO2
Les solutions climatiques naturelles ont un rôle énorme à jouer dans la réduction des émissions de CO2
Image : The Nature Conservancy

Des programmes communs aux secteurs public et privé

La prolifération d'initiatives internationales et de dialogues de haut niveau entre les secteurs public et privé facilite l'émergence de programmes partagés. Il s’agit là d’un élément crucial, car les opportunités d’utilisation durable des terres et d’exploitation des solutions climatiques naturelles que cela offre constituent un défi complexe, tant au niveau social que du point de vue de la gouvernance. Créer la confiance nécessaire entre les communautés, les gouvernements et le secteur privé nécessite de communiquer - et d’avoir du temps. Des plateformes telles que la Tropical Forest Alliance 2020 ou la Food and Land Use Coalition offrent la possibilité d'élaborer de tels programmes communs axés sur l'action et ancrés dans une vision partagée des résultats du développement durable.

De nouvelles normes de comptabilisation et de déclaration

Stimulées par le programme « zéro déforestation » et conscientes de l'impact climatique important des chaînes d'approvisionnement agricoles, les entreprises se sont engagées à réduire les émissions au sein de leurs chaînes d'approvisionnement, y compris celles liées aux sols et à la forêt. Le leadership de ces entreprises a stimulé l’innovation et entraîné des incidences sur plusieurs aspects, notamment les nouvelles normes comptables, indispensables pour mesurer, imputer et rendre compte de manière fiable des réductions d’émissions réalisées. Les travaux menés par The Gold Standard et une coalition de sociétés et d'experts techniques en vue de l'élaboration d'un nouveau Guide sur la comptabilisation et la déclaration des gaz à effet de serre dans la chaîne de valeur constituent une étape importante dans la création des conditions de concurrence équitable nécessaires.

Les marchés du carbone sont à nouveau en hausse

En raison des engagements volontaires et des nouveaux marchés réglementés, comme celui lancé récemment en Colombie, l'activité du marché du carbone augmente de façon spectaculaire. De 2016 à 2017, les retraits de crédits de carbone volontaires ont augmenté de 71 % pour atteindre un nouveau record de 62,7 millions de tonnes de CO2 « économisées ». Ce sont les retraits carbone basés sur l'utilisation des terres et la foresterie qui font partie des plus recherchés sur le marché.

Ces chiffres mettent en évidence l’attrait des compensations carbone forestier et terrestre pour les acheteurs de compensations volontaires et en attente de conformité. Pour continuer sur cette lancée, nourrir le potentiel des marchés du carbone dans les programmes susmentionnés, qui ciblent la durabilité des paysages, est une bonne opportunité d’exploiter le potentiel de ce marché en développement.

Davantage de données pour les investisseurs cherchant à comprendre les risques

Enfin et surtout, le secteur financier a pris conscience du risque que le changement climatique, les nouvelles préférences des marchés et les politiques climatiques aient un impact négatif sur la valeur des actifs terrestres, ce qui pourrait même conduire à une dévaluation de ces actifs dans certains cas. Les recommandations d’un groupe d’expert sur le climat, la Task-Force on Climate-related Financial Disclosure, ont joué un rôle important en accélérant les innovations dans ce domaine. Aujourd'hui, les leaders en termes de climat au sein du secteur financier ont recours à des évaluations de risques climatiques, basées sur des scénarios, en fonction des secteurs et des zones géographiques. Cette meilleure compréhension des actifs porteurs de risques est essentielle pour transférer des capitaux vers des activités favorisant une utilisation durable des terres.

Dans le livre d'Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi, il est demandé au personnage de Mike Campbell comment il a fait faillite : « Progressivement, puis soudainement », répond-il. La citation est souvent utilisée en relation avec les points de bascule imminents. Il semble que nous vivions un moment d'une importance critique, qui nécessite une volonté et un leadership collectifs et individuels de notre part pour exploiter les opportunités qui s’offrent à nous. Cela pourrait aider à nous souvenir de 2018 non seulement comme l'année où les impacts climatiques sont apparus à des millions de personnes dans le monde entier, mais aussi comme l'année où les actions en faveur du climat se sont démarginalisées.