Voici certaines choses que nous savons : le climat change, cela est en grande partie dû à la présence d’une trop grande quantité de carbone et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et nous continuons à émettre plus de carbone dans l’atmosphère chaque jour.

Nous savons aussi que, globalement, les forêts et les sols terrestres combinés stockent plus de deux fois et demie plus de carbone que l'atmosphère. Enfin, nous savons que si nous effectuons certains changements dans la gestion des paysages, ils pourraient émettre moins de carbone et en stocker beaucoup plus.

Ainsi, nous avons beau savoir tout ça, voici une chose que j’ignore : pourquoi n'investissons-nous pas davantage dans la capacité de la nature à lutter contre le changement climatique ?

Ce n'est pas par manque de preuves. Une recherche menée par The Nature Conservancy (TNC) et 14 organisations partenaires montre qu’à l’aide de quelques changements dans les pratiques d'utilisation des terres au cours de la prochaine décennie, la nature pourrait fournir un tiers de la réduction d'émissions nécessaire d'ici 2030 afin de maintenir l’augmentation de la température mondiale en-dessous de 2 °C. Et ces solutions sont disponibles dès aujourd'hui, avec de réelles possibilités de mise à l'échelle.

Malgré cela, il semble que nous ayons tous oublié le rôle que la nature peut jouer dans l'atténuation du changement climatique. Les solutions climatiques naturelles pourraient résoudre un tiers du problème des émissions de carbone, mais elles concernent à peine 1 % du débat public et seulement 3 % du financement public destiné à la réduction des émissions. Environ 70 % des pays qui ont signé l'Accord de Paris font référence à l'utilisation des terres dans leurs contributions déterminées au niveau national (NDC), mais très peu incluent des actions ou des objectifs spécifiques.

 Ville verte… Séoul, Corée.
Ville verte… Séoul, Corée.
Image : iStock

Pourtant, comme nous le rappelle ma collègue Lynn Scarlett, il n’y a pas que les engagements nationaux qui comptent : les solutions au changement climatique se créent en partant de rien. Voilà un signe engageant de la part du prochain Sommet mondial sur l'Action climatique. En plus de réclamer des engagements plus ambitieux au niveau national, cet événement met en lumière les acteurs infranationaux qui agissent aujourd’hui pour nous aider à atteindre nos objectifs climatiques mondiaux.

Des impératifs, mais aussi des opportunités

Tandis que nous nous efforçons d’élever les ambitions nationales et mondiales en matière d’action climatique, les États et les régions fixent leurs propres objectifs ambitieux. Les villes se regroupent - par le biais d'organisations comme le C40 et le réseau 100 Resilient Cities - pour partager leurs meilleures pratiques d'adaptation et d'atténuation et présenter un front uni sur le leadership climatique. Les chefs d'entreprise se mobilisent et s’engagent eux-mêmes afin de garantir que leurs opérations soient plus durables. De même, les peuples autochtones et les communautés locales de toutes tailles font des investissements dans la nature, tant pour leur économie que pour leur environnement.

Pendant ce temps, des organisations à but non lucratif, parmi lesquelles TNC, se rassemblent dans le cadre de la campagne Nature4Climate pour parler d'une seule voix de l'importance des solutions climatiques naturelles. Ces solutions ne constituent pas uniquement un impératif pour l'action climatique - elles sont également une opportunité. Lorsqu’elle est gérée durablement, une forêt exploitable peut être à la fois un puits de carbone et une source d’emplois. Des pratiques forestières plus intelligentes comme l’exploitation à faible impact pour le carbone peuvent maintenir la récolte de bois tout en gardant plus d'arbres sur pied. Et les changements dans les pratiques agricoles peuvent réduire les émissions de carbone et améliorer la santé et la teneur en carbone des sols pour accroître les rendements des cultures.

Ces solutions mises bout à bout au niveau infranational, et à plus grande échelle, représentent un très fort potentiel. Par exemple, TNC travaille depuis plusieurs années dans la province du Kalimantan oriental en Indonésie et dans les trois États qui forment la péninsule du Yucatán au Mexique, où les gouvernements régionaux ont signé des Green Growth Compacts (contrats de croissance verte), avec des partenaires industriels locaux afin de tirer parti des secteurs forestier et agricole pour le développement économique tout en réduisant la déforestation et les émissions terrestres actuelles.

Cependant, réduire les émissions ne suffira probablement pas à maintenir le climat dans des conditions sûres. Nous devons également extraire davantage de carbone de l'atmosphère. Pour ce faire, la restauration des écosystèmes pourrait être notre meilleure option à court terme.

 Rancher Jose Palomo se trouve dans son pâturage « silvopastoral » au Yucatán, au Mexique.
Rancher Jose Palomo se trouve dans son pâturage « silvopastoral » au Yucatán, au Mexique.
Image : Erich Schlegel

La restauration des terres dégradées offre une autre source de croissance économique tout en luttant contre le changement climatique au niveau du sol. Globalement, on estime que l’économie émergente de restauration devrait produire au moins 9 milliards de dollars d’activité économique par an, et connaîtrait potentiellement une augmentation bien plus importante. Les engagements nationaux actuels en matière de reboisement concernent 160 millions d'acres, soit la superficie de l'Afrique du Sud. Cela pourrait donc constituer une énorme opportunité, encore inexploitée, pour les entreprises qui cherchent à respecter efficacement ces engagements.

Les engagements nationaux sont, bien sûr, d’une importance vitale : ils représentent l’un des moyens les plus importants de définir des objectifs et de nous responsabiliser au niveau mondial. Mais il est important de ne pas perdre de vue tout ce qui se passe au niveau infranational, en particulier en termes de solutions climatiques naturelles. L’impact immédiat du travail local effectué sur les terres est crucial. Nos recherches indiquent également que nous devons accélérer les investissements dans les solutions climatiques naturelles au cours des dix prochaines années pour garantir la capacité maximale de la nature à réduire les émissions et à stocker davantage de carbone dans le paysage.

Pour finir, voici une autre chose que nous savons : si nous n’agissons pas assez rapidement, les conséquences du changement climatique seront probablement catastrophiques. Il faut espérer que le Sommet mondial sur l'Action climatique donnera naissance à de nouveaux engagements, de nouvelles possibilités d'action sur le terrain et de nouveaux investissements dans des solutions axées sur la nature. En effet, faire ces investissements aujourd’hui pourrait être notre meilleure chance de connaître un avenir plus sûr et plus résilient.