ÉCONOMIE - La Banque mondiale sonne le tocsin dans son rapport d’octobre. La croissance économique du Maroc reste atone en 2018, malgré la hausse inattendue de la production céréalière. La croissance du PIB a ralenti, passant de 3,5 % au premier trimestre 2017 à 3,2 % au premier trimestre 2018. Du côté de l’offre, le ralentissement économique est principalement dû à la forte baisse de la Croissance de la valeur ajoutée agricole, de 14,8 % au premier trimestre 2017 à 2,5 % au premier trimestre 2018, qui n’est que partiellement compensée par les bons résultats des activités non agricoles, peut-on lire dans le document de l’institution de Bretton Woods. Ceux-ci ont augmenté de 3,4 % (contre 2% seulement au premier trimestre 2017), principalement grâce au rebond des activités secondaires et tertiaires. L’augmentation a été particulièrement marquée dans les industries extractives en raison de l’accroissement continu de la production et des exportations de phosphate. Du côté de la demande, la croissance a été principalement soutenue par la consommation privée et l’investissement. L’inflation a augmenté, mais est restée inférieure à 2 %, grâce à la poursuite d’une politique monétaire prudente.

Le taux de chômage est également pointé du doigt. Tombé à 9,1% au deuxième trimestre 2018, il reste élevé chez les jeunes citadins (23,1%) et les jeunes instruits (16,5%). La réduction du déficit budgétaire du Maroc a ralenti en 2018 par rapport à l’objectif indicatif énoncé dans la loi de finances de 2018. Le déficit budgétaire au premier semestre 2018 est estimé à 3,3% du PIB alors
que l’objectif indicatif était de 3%. Les dépenses publiques ont augmenté en
raison d’investissements publics accrus (les dépenses en capital ont augmenté
de 6%). Du côté des recettes, les impôts directs ont diminué de 3,7% (à la fin
juin), notamment en raison de la baisse de l’impôt sur les sociétés, en déclin
depuis 2012. Parallèlement, la dette de l’administration centrale devrait se
stabiliser autour de 65% du PIB. Le déficit courant s’est légèrement creusé
pour atteindre près de 4,3% du PIB, malgré le redressement des résultats à
l’exportation. Les chiffres provisoires du premier semestre 2018 indiquent que
les importations ont sensiblement augmenté (10,2%), principalement grâce à
la hausse des prix de l’énergie. La hausse des importations a occulté la
vigoureuse reprise des exportations liées aux bons résultats des secteurs de
l’automobile et des phosphates (+19,2 et +16,7%, respectivement). Il s’ensuit que le déficit commercial continue de se creuser (+ 3,7%), sous l’effet de la faible compétitivité des exportations et de la hausse des prix de l’énergie
importée. Les recettes touristiques et les envois de fonds restent élevés,
augmentant respectivement de 15,2 et 8,6 %, tandis que les flux nets d’IDE ont
diminué de 29,7%. Dans ces conditions, les réserves nettes de change se sont
élevées à 227,6 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 5,3 mois d’importations de biens et de services.

Quid des perspectives?

Avec un retour à des conditions pluviométriques normales, le PIB agricole
devrait diminuer en 2019, ce qui ramènera la croissance du PIB à 2,9 %. Mais le
PIB non agricole devrait se maintenir grâce au secteur manufacturier, qui
continue de bénéficier d’investissements étrangers substantiels dans l’automobile, et au secteur des services, qui seront les principaux moteurs de la croissance relève le rapport. Le déficit courant devrait s’améliorer pour atteindre 4 % du PIB en 2019, sous l’effet de la croissance soutenue des exportations, des recettes touristiques et des envois de fonds, qui compenseront l’augmentation des importations énergétiques. Cette amélioration est également liée à l’environnement mondial, en particulier à la vigoureuse reprise en Europe et à la forte croissance des exportations des secteurs à forte valeur ajoutée. Les besoins de financement extérieur resteront modérément préoccupants, compte tenu de la dette extérieure relativement faible (31 % du PIB fin 2016) et de la cote de crédit de qualité élevée du Maroc sur les marchés internationaux, qui contribueront à protéger le pays de l’instabilité des marchés émergents comme la Turquie et l’Argentine. Le déficit budgétaire devrait se réduire pour atteindre l’objectif de 3 % du PIB en 2019- 2021.

La pauvreté a fortement baissé au Maroc entre 2007 et 2014. Si l’on utilise les
seuils de pauvreté internationaux de 1,9 dollar (seuil d’extrême pauvreté) et de
3,2 dollars (seuil de pauvreté des pays à revenu intermédiaire de la tranche
inférieure), la pauvreté a diminué de plus de moitié, passant respectivement de
3,2 à 1 % et de 17 à 7,5 %. En termes absolus, l’extrême pauvreté avait presque disparu du Maroc en 2014. Les tendances post-2014 sont toutefois moins encourageantes. Les prévisions fondées sur le PIB par habitant indiquent que la réduction de la pauvreté se poursuivra, mais à un rythme beaucoup plus lent. En 2018, l’extrême pauvreté restera de l’ordre de 1 % et la pauvreté mesurée par rapport au seuil de 3,2 dollars PPA atteindra environ 6,65 %, reflétant la faible répercussion de la croissance sur la réduction de la pauvreté.