Cet article fait partie de la Rencontre annuelle des nouveaux champions

L'automatisation n'est pas une nouveauté. Des machines ont été créées progressivement pour remplacer les humains dans leur travail depuis la révolution industrielle. Cela a d’abord touché l'agriculture et l'artisanat, par exemple en remplaçant le tissage à la main, puis la fabrication en masse et, au cours des dernières décennies, les machines ont commencé à accomplir de nombreuses tâches de bureau.

Les revenus supplémentaires générés par ces progrès technologiques ayant été réinvestis dans l’économie, une nouvelle demande en main-d’œuvre humaine s’est développée et le nombre d’emplois est généralement resté le même.

Mais une nouvelle génération de machines intelligentes, alimentées par les progrès rapides de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique, pourrait potentiellement remplacer une grande partie des emplois humains existants. Bien que certains nouveaux emplois soient créés, comme c'était le cas auparavant, on craint qu’ils ne soient pas suffisants, en particulier à mesure que le coût des machines intelligentes diminue et que leurs capacités augmentent.

Cet argument est en partie vrai, et nos propres recherches indiquent en effet que jusqu'à 30% des emplois existants dans les pays de l'OCDE seront potentiellement exposés à l'automatisation d'ici le milieu des années 2030.

Tout d'abord, le simple fait qu'un travail ait le potentiel technique d'être automatisé ne signifie pas que cela se produira réellement. Il existe une variété de facteurs économiques, politiques, réglementaires et organisationnels susceptibles d’empêcher, ou au moins de retarder, l’automatisation. Sur la base de notre analyse probabiliste des risques, notre estimation principale est que 20 % seulement des emplois existants au Royaume-Uni pourraient être remplacés par l'IA et les technologies connexes d'ici à 2037. Cette proportion atteindrait environ 26 % en Chine en raison du potentiel d'automatisation accru que connaît le pays, en particulier dans l'industrie et l'agriculture. Nous appelons cela l'« effet de déplacement ».

Ensuite, point plus important encore, l'IA et les technologies connexes stimuleront également la croissance économique, créant ainsi de nombreuses opportunités d'emploi supplémentaires. Ce phénomène a d’ailleurs existé pour d'autres innovations technologiques par le passé, comme les machines à vapeur et les ordinateurs. Les systèmes d'IA et les robots stimuleront la productivité, réduiront les coûts et amélioreront la qualité et la gamme de produits que les entreprises peuvent produire.

Les entreprises prospères augmenteront les bénéfices en conséquence, et une grande partie d’entre eux sera réinvestie, soit dans ces sociétés, soit dans d’autres activités, par des actionnaires recevant des dividendes et réalisant des plus-values. Pour rester compétitives, les entreprises devront en fin de compte faire bénéficier les consommateurs de la plupart de ces avantages, sous la forme de prix plus bas (à qualité équivalente), ce qui aura pour effet d’accroître les niveaux de revenus réels. Cela signifie que les ménages auront plus d’argent à dépenser et que, par conséquent, les entreprises devront embaucher plus d’employés pour répondre à la demande supplémentaire. C’est ce qu’on appelle l'effet de revenu, qui compense l'effet de déplacement sur les emplois.

 Comment l'IA peut à la fois détruire et créer des emplois grâce aux effets de déplacement et de revenu (il s'agit d'une analyse simplifiée - dans la pratique, on constate une gamme plus complexe d’effets économiques sur le travail, telle que présentée dans notre modélisation détaillée)
Comment l'IA peut à la fois détruire et créer des emplois grâce aux effets de déplacement et de revenu (il s'agit d'une analyse simplifiée - dans la pratique, on constate une gamme plus complexe d’effets économiques sur le travail, telle que présentée dans notre modélisation détaillée)
Image : Image : PwC

Dans nos nouvelles recherches, nous avons quantifié ces effets de déplacement et de revenu sur le travail au Royaume-Uni, et d’après des recherches antérieures, ces chiffres seraient assez typiques des économies de l’OCDE dans leur ensemble, et de la Chine, la plus grande des économies émergentes.

 Estimation de l’effet de déplacement, de revenu et de l'effet net de l'IA et des technologies connexes sur les emplois en Chine et au Royaume-Uni au cours des 20 prochaines années
Estimation de l’effet de déplacement, de revenu et de l'effet net de l'IA et des technologies connexes sur les emplois en Chine et au Royaume-Uni au cours des 20 prochaines années
Image : Image : PwC

Pour le Royaume-Uni, l'impact net estimé sur l'emploi est globalement neutre : dans notre scénario central, environ 7 millions d'emplois (20 %) devraient être « déplacés », mais le même nombre de postes serait créé. Une analyse plus détaillée suggère des gains nets considérables en termes d’emploi, dans des secteurs tels que la santé, où la demande augmentera en raison du vieillissement de la population, mais où les possibilités d'automatisation sont limitées en raison de la nécessité de garder un contact humain. Le déplacement important d’emplois dans des domaines tels que la fabrication, mais aussi du transport et de la logistique, à mesure que les véhicules sans conducteur se font une place, compenseront ces gains.

Pour la Chine, l'impact net estimé sur les emplois agricoles est négatif et poursuit une tendance déjà bien ancrée, largement compensée par de fortes augmentations dans les secteurs de la construction et des services. Comme pour le Royaume-Uni, les soins de santé constitueront l'un des domaines présentant un potentiel considérable de gains nets en termes d'emploi, compte tenu du vieillissement rapide de la population chinoise.

Effet net estimé de l'IA sur les emplois par secteur d'activité en Chine (millions et %)
Effet net estimé de l'IA sur les emplois par secteur d'activité en Chine (millions et %)
Image : PwC

Résultat à première vue surprenant, l'impact sur l'emploi dans le secteur industriel chinois devrait être globalement neutre. Cela reflète le fait que parallèlement à l’augmentation considérable des possibilités d’automatisation du secteur manufacturier chinois dues aux hausses salariales, nous estimons également que la Chine prendra les devants dans la fabrication de produits améliorés par l’IA (robots, véhicules sans conducteur, drones, etc.) qui ressortiront de cette Quatrième révolution industrielle.

Plus généralement, l'énorme coup de pouce apporté par l'IA et les technologies connexes à l'économie chinoise, qui pourrait représenter plus de 20 % du PIB d'ici 2030, permettra d'accroître les revenus réels dans l'ensemble de l'économie. Cela créera une nouvelle demande de biens et de services qui nécessiteront des ouvriers humains supplémentaires pour les produire, en particulier dans des domaines plus difficiles à automatiser.

Pas de place pour l’autosatisfaction - le défi du gouvernement et des entreprises

Même si nos estimations suggèrent qu’il ne faut pas craindre un chômage technologique de masse, l’autosatisfaction n’a pas non plus sa place. Comme ce fut le cas pour les révolutions industrielles passées, cette dernière aura des répercussions considérables à la fois sur les marchés du travail et les modèles commerciaux existants.

En Chine, nous pourrions voir environ 200 millions d'emplois déplacés au cours des deux prochaines décennies, ce qui obligera les travailleurs à intégrer des secteurs industriels et des entreprises où seront créés de nouveaux emplois. La Chine a bien sûr connu des mouvements encore plus importants lorsque, à partir des années 1980, les ouvriers ont commencé à quitter les fermes pour la ville, mais le processus ne sera pas facile pour autant. Compte tenu du vieillissement de la population chinoise, une augmentation de l'immigration pourrait être nécessaire pour répondre à la demande en travailleurs supplémentaires.

Il revient au gouvernement tout comme aux entreprises de maximiser les avantages de l'IA et des technologies connexes tout en minimisant les coûts. Cette dernière partie nécessitera des investissements accrus dans la reconversion des travailleurs dans de nouvelles carrières, le renforcement de leurs compétences numériques mais aussi l’évolution du système éducatif, qui devra se baser sur des compétences humaines plus difficiles à automatiser, telles que la créativité, la coopération, la communication personnelle et les compétences managériales et entrepreneuriales. Les entreprises doivent également inculquer à leurs employés une culture d'apprentissage tout au long de leur vie.

Pour le gouvernement, l'IA stimulera la croissance économique et, par conséquent, les recettes fiscales. Cela devrait permettre de renforcer les filets de sécurité sociale, y compris les systèmes de santé et de protection sociale, pour ceux qui éprouvent des difficultés à s’adapter aux nouvelles technologies. De telles mesures seront d'une grande importance si les énormes avantages potentiels de l'IA et des technologies connexes se diffusent le plus largement possible dans la société.