De nos jours, nous entendons souvent parler de l’état désastreux du monde.

Les émissions de gaz à effet de serre augmentent, les prévisions par les scientifiques d’évènements météorologiques extrêmes semblent se concrétiser, l'air dans nos villes devient dangereux, les eaux souterraines se font rares, la santé des océans et les réserves de poissons diminuent, les forêts et les habitats naturels sont détruits, la quantité de plastique dans l'océan nous dépasse et les chercheurs nous alertent sur le fait qu'une « annihilation biologique » de la faune signifie qu'un sixième événement d'extinction de masse entraîné par l'homme est en cours.

Pire encore, les scientifiques spécialistes en systèmes terrestres avertissent que, en raison de notre impact sur la planète, nous sommes en réel danger existentiel. Nous risquons de quitter la période idéale de l’« Holocène », caractérisée par ses températures douces et prévisibles (ayant permis aux humains de s’épanouir au cours des 12 000 dernières années) pour un scénario très risqué de « Terre-serre », avec des réactions incontrôlées entraînant un réchauffement plus rapide et davantage de sécheresses et de tempêtes.

Ces défis environnementaux ont d'énormes implications pour notre économie, notre société et nos politiques.

Rien de très rassurant pour ceux qui ont encore toute leur vie devant eux. Et cela présage un monde encore plus injuste que celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. La Terre atteindra bientôt neuf milliards d’habitants, dont plus des deux tiers se côtoyant dans des villes et des villages du monde entier.

Les enfants nés dans la pauvreté aujourd'hui, même dans des pays relativement riches, n'auront probablement pas l’argent ou les moyens de défense nécessaires pour affronter les tempêtes à venir. La « Terre-serre » pourrait déclencher des vagues de colère.

Ce sont là les risques les plus importants et les plus fondamentaux de notre époque.

Le temps presse ; que faisons-nous à ce sujet ?

Pendant des années, résoudre les gros problèmes d’environnement revenait aux gouvernements et aux organisations internationales et nous nous sommes tournés vers leur leadership en matière d’action et de mise en œuvre. Mais malgré tous les efforts, protocoles et financements, l’état général de notre environnement mondial n’a fait qu’empirer.

Depuis la première conférence mondiale sur l'environnement humain à Stockholm en 1972, l'accélération économique a été plus rapide que la capacité des ministres de l'environnement à protéger la planète. Peut-être à juste titre, le développement économique a pris le dessus sur la protection de l'environnement pour les baby-boomers et la génération X.

Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ces dernières années, une révolution a discrètement fait son entrée dans le programme environnemental, d'abord lentement, comme toute bonne insurrection, puis elle s'est propagée jusqu’à prendre la forme d’un mouvement vraisemblablement impossible à arrêter aujourd’hui.

Il s’agit d’une révolution dans la collaboration en quête d’actions : une nouvelle dynamique de coopération environnementale qui aide les ONG et les chefs d’entreprise à unir le monde du travail, les communautés et les organisations de la société civile autour d'un objectif commun ; un repositionnement public-privé qui aide les ministres de l'environnement à associer des objectifs « terrestres » à des objectifs « économiques » ; et un réalignement qui aide les entreprises à transformer les risques inhérents à la défaillance de l'environnement en nouvelles opportunités de modèles d’affaires et en nouveaux partenariats pour une production industrielle intelligente et propre.

Qu'est ce qui a changé ?

Premièrement, nous nous sommes rendu compte que les gouvernements et les organisations internationales, tout en étant indispensables pour s’entendre sur des objectifs internationaux (l’Accord de Paris sur le changement climatique et les ODD en sont de bons exemples), ne peuvent pas les atteindre seuls. Quel que soit le montant qu’on leur donne, les ministères de l'environnement ne peuvent pas atteindre les objectifs environnementaux sans l’aide de personne. Il est maintenant clair pour tous les participants au programme environnemental, y compris ceux dont la mission porte sur l’environnement dans les gouvernements et les organisations internationales, que des niveaux de collaboration et d’innovation sans précédent, impliquant de nombreux acteurs en dehors du secteur public, sont nécessaires pour déclencher les importants changements systémiques essentiels à l’atteinte de ces objectifs ambitieux (comme garder le réchauffement en dessous de 2 °C).

Deuxièmement, après des années de réticence des diplomates internationaux de l’environnement à ouvrir grand leurs portes, nous constatons aujourd'hui un changement radical dans l’innovation non étatique visant à aider à explorer et à résoudre nos problèmes environnementaux les plus urgents. Des événements rassemblant autrefois des acteurs non-étatiques, parallèlement à de grands sommets du gouvernement, sont maintenant considérés comme des exemples majeurs d'action environnementale. Partout, les coalitions intelligentes, les réseaux agiles et les nouveaux partenariats se multiplient. Ils rassemblent des groupes de la société civile, des entreprises et des professionnels de la finance dans des initiatives d’action innovantes « basées sur des systèmes » qui exploitent les dernières technologies et collaborations intersectorielles pour relever le défi, protéger l’environnement et atteindre les objectifs fixés.

Et troisièmement, l’augmentation soudaine de nos capacités technologiques et scientifiques - ce que le Forum économique mondial appelle la Quatrième révolution industrielle - fait baisser les coûts de transaction pour la collaboration multipartite et crée un potentiel de transparence et d’accès à l’information explosif au sein de la communauté environnementale. Grâce à la Quatrième révolution industrielle pour la Terre, la collaboration en matière d’action environnementale a fait un bond en avant.

Cette prise de conscience touche les forêts, les océans, l'eau, les villes et les systèmes alimentaires. Elle implique la mobilisation des États, des villes, des provinces, des groupes de la société civile, des entreprises et des investisseurs, ainsi que des innovateurs et des technologues. Cela se produit également dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment pour les produits agricoles, le plastique et l'électronique, car les entreprises apprennent à travailler les unes avec les autres, créant de nouveaux systèmes de collaboration pour améliorer l’environnement à long terme.

Ces nouvelles collaborations naissent chaque jour et beaucoup se développent rapidement. Au sein de la communauté environnementale, on constate le développement d’une forte culture de start-up impliquant plusieurs acteurs et orientées vers l'action, du jamais vu auparavant. Prendre conscience de l'urgence engendrerait-il le besoin d'innovation ? L’alliance pour les forêts tropicales (Tropical Forest Alliance), RE100, la coalition pour les transitions en milieu urbain (WRI-C40 Coalition for Urban Transitions), l’alliance pour l'alimentation et l'utilisation des terres (Food and Land Use Alliance), la plateforme d’accélération de l’économie circulaire (Platform for Accelerating the Circular Economy), l’association Friends of Ocean Action, la Global Battery Alliance, Grow Asia, la coalition des dirigeants engagés en faveur du climat (Alliance of CEO Climate Leaders) et le nouveau partenariat mondial d'action pour les matières plastiques (Global Plastics Action Partnership) sont de bons exemples d'efforts multipartites internationaux visant à exploiter les ressources, l'innovation et l'expertise de leurs réseaux collectifs pour façonner ensemble les programmes et ralentir ou renverser certains de nos problèmes environnementaux les plus pressants.

Les acteurs de ces projets apprennent les uns des autres et unissent souvent leurs forces. Beaucoup sont en train de former des plateformes mondiales très influentes - des regroupements de partenariats à grande échelle et des accélérateurs de projets qui peuvent aider à définir le programme d'action. Bon nombre de ces efforts se sont concrétisés à vitesse grand V avec des objectifs clairs à délais précis, chacun apportant des résultats concrets, notamment pour les personnes et le secteur industriel d’économies clés telles que les États-Unis, la Chine et autres pays majeurs au sein du G20. Le Sommet mondial sur l'action pour le climat, accueilli par le gouverneur de Californie et le maire Bloomberg, est un exemple récent de cette nouvelle énergie de rassemblement.

Pour les entreprises, s'engager dans de telles collaborations innovantes relève du bon sens. S'engager avec les ONG, les scientifiques et les gouvernements - ainsi qu'avec d'autres entreprises - sur des questions environnementales dans des endroits spécifiques ou via des chaînes d'approvisionnement cruciales peut aider ces entreprises à se façonner ; l’avantage étant du côté de ceux dont les modèles commerciaux proposent des solutions durables, tandis que ceux qui cherchent à tirer profit de mauvaises pratiques environnementales tendent à être évincés. La Coalition pour le leadership en matière de tarification du carbone et le Water Resources Group 2030 sont de bons exemples de renforcement de marché durable et national mis à l'œuvre grâce à des collaborations public-privé. Travailler ensemble dans des partenariats tels que ceux-ci permet à chacun d’atteindre plus de résultats - et plus rapidement - qu’en travaillant seul.

Au Sommet sur l'impact du développement durable du Forum économique mondial à New York, 100 coalitions de ce type rassemblant plus de 700 champions et experts de tous les secteurs et de tous les horizons se réuniront dans ce qui pourrait être le plus grand accélérateur d’innovation en développement durable au monde.

Le Sommet sur l'impact du développement durable offre une plate-forme pour aider à soutenir et à développer cette révolution d'actions émergentes. Héberger une telle diversité de mesures peut aider à établir des liens et créer des synergies, et les initiatives les plus efficaces prévaudront, car des résultats clairs favoriseront leur croissance et leur succès. Cependant, conformément aux objectifs de la communauté internationale, une telle diversité de mesures présentées lors du Sommet de l’impact sert également à renforcer la coopération et la réalisation des objectifs environnementaux mondiaux au sein même du système international.

Vous pouvez constater la façon dont toutes les collaborations présentes au Sommet de l’impact sur le développement durable s’unissent pour contribuer à une diffusion systémique plus large des objectifs mondiaux grâce à une carte unique de transformation des impacts. Cette approche - l’esprit entrepreneurial dans l’intérêt public mondial - est au cœur du Forum économique mondial.

Nous vivons une période particulièrement propice à l’entrée dans l'espace environnemental. Les anciennes frontières professionnelles s’effondrent et de nouvelles collaborations entre groupes de la société civile, entreprises, investisseurs, administrations municipales, universités, centres de technologie et accélérateurs d’innovation se font une place, chacune cherchant à redéfinir l’économie de la protection de l’environnement et à réinventer des modèles commerciaux basés sur la durabilité. Cette époque est celle de la « destruction créatrice », caractérisée par une grande créativité autour du programme environnemental. La révolution de l'action commence, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Cependant, en laissant s’exprimer ces nouvelles formes d’innovation qui visent à atteindre les objectifs mondiaux et à débloquer de nouvelles formes de valeur économique durables, nous pouvons sauver la Terre d’ici 2030.

À cette fin, en tant qu’organisation internationale œuvrant en faveur de la coopération entre le public et le privé, le Forum économique mondial est fier de proposer sa plate-forme du Sommet sur l’impact du développement durable afin de contribuer à participer à cette transformation.