Mes parents ne savaient pas que le prénom qu’ils avaient choisi pour moi signifiait « claire », « transparente » en espagnol. Mais ils connaissaient l’importance de la transparence, de l’honnêteté et de l’intégrité. J’ai grandi en Bulgarie avec ces valeurs ancrées en moi. Aujourd’hui, elles me tiennent à cœur dans mon travail à la Banque mondiale.

Le manque de transparence alimente la corruption, un fléau redoutable auquel les pauvres et les personnes vulnérables paient le plus lourd tribut. Ses effets sont très concrets : la corruption empêche les malades d’accéder aux soins et aux médicaments, entrave la construction d’écoles, entraîne la dévastation des routes sous la pluie et vide les caisses publiques. Dans les zones les plus fragiles de la planète, la corruption sape les efforts visant à instaurer la stabilité ou à empêcher la violence et l’extrémisme de prendre racine.

Plus grave encore, la corruption anéantit la relation de confiance entre les citoyens et l’État, un moteur essentiel du développement. Nous le savons : une mauvaise gouvernance est l’un des quatre principaux facteurs de la pauvreté, avec les conflits et la violence, la croissance démographique incontrôlée, et les effets du changement climatique et les catastrophes naturelles.

En 1996, j’ai pleinement adhéré au discours historique de James Wolfensohn sur le « cancer de la corruption ». Plus de vingt ans se sont écoulés, pendant lesquels la Banque mondiale a intensifié ses efforts pour lutter contre ce fléau dans de multiples domaines, en soutenant ses pays clients et en s’employant à renforcer la transparence et les contrôles au sein même de l’institution.

Je suis fière des progrès que nous avons accomplis, mais le combat n’est pas terminé et il reste encore beaucoup à faire. La bonne nouvelle, c’est que la Banque mondiale n’est pas seule à mener la lutte. Lors de la récente Conférence internationale contre la corruption (a) qui s’est tenue à Copenhague, j’étais aux côtés de vingt ministres et chefs d’État ainsi que de plus de 1 800 représentants de la société civile et du secteur privé pour discuter des moyens de renforcer la lutte anti-corruption.
Nous avons pris des engagements (a) de grande ampleur pour faire progresser les programmes de lutte contre la corruption. Il est essentiel que les dirigeants démontrent leur volonté politique et donnent de la visibilité à cette question. Il est également important que cette mise en avant s’appuie sur des savoir-faire techniques, des réglementations adaptées et des efforts constants.

C’est pourquoi nous considérons comme prioritaire la réalisation de diagnostics qui permettent de comprendre les causes profondes de la corruption dans chaque pays et d’évaluer à la fois les progrès réalisés et les raisons des échecs de certaines initiatives. Parce que nous savons que le succès des efforts de transparence repose aussi sur la maîtrise de la culture des données, nous nous attachons à renforcer la capacité des pays à comprendre et à utiliser efficacement l’information. Sans cela, les citoyens pourraient être riches en données, mais pauvres en information.

S’agissant du traitement des données, les nouvelles technologies peuvent nous aider à exécuter certaines des tâches les plus lourdes et nous fournir ainsi de nouveaux moyens de lutte contre la corruption. Par exemple, nous travaillons actuellement en partenariat avec une grande entreprise technologique afin d’exploiter les capacités de l’intelligence artificielle pour déceler des schémas cachés et des risques dans les données relatives à la passation des marchés.

Par ailleurs, pour encourager le secteur privé à investir dans les économies émergentes et en développement, il faut prêter attention aux risques de corruption auxquels les investisseurs sont confrontés. Il est donc nécessaire d’uniformiser les règles du jeu pour les grandes et les petites entreprises, de mettre en place les cadres réglementaires appropriés et d’inciter à l’intégrité. Cela signifie également qu’il faut surveiller les flux financiers illicites et bloquer les chemins détournés empruntés par les produits de la corruption.

La Banque mondiale doit montrer l’exemple. Les ressources qui nous sont confiées doivent être utilisées aux fins prévues et ne doivent pas être dilapidées par la fraude et la corruption. La Banque dispose d’un cadre solide d’enquête et de sanctions (a) qui permet de détecter la fraude ou la corruption dans ses propres projets et d’agir fermement pour exclure les auteurs de malversations. En outre, l’impact de ces mesures sur les entreprises concernées est renforcé grâce à un accord croisé d’exclusion qui prévoit la reconnaissance mutuelle des sanctions entre les principales banques multilatérales de développement (a).

Lorsque je repense à la conférence de Copenhague, je suis heureuse de constater que la communauté internationale est de plus en plus fermement unie dans la lutte contre la corruption. Pour sa part, la Banque mondiale ne parviendra pas à mettre fin à l’extrême pauvreté et à favoriser la prospérité partagée si elle ne s’attaque pas de front à ce défi. Et à mes yeux, l’enjeu est clair comme de l’eau de roche : la lutte contre la corruption est la clé de la confiance dans les pouvoirs publics et c’est aussi un ingrédient indispensable d’une croissance économique robuste et durable.