Cet article fait partie de la Rencontre annuelle des Global Future Councils

Chaque pays a beau avoir ses propres héros-entrepreneurs, le mythe autour de l’entrepreneur d’aujourd'hui et de ce qu'il faut pour soutenir l'entrepreneuriat est bien souvent basé sur des histoires de la Silicon Valley. De nombreux pays ont mis en œuvre des politiques publiques pour tenter de créer leur propre équivalent du centre technologique de San Francisco, mais les légendes sur les entrepreneurs que nous connaissons aujourd’hui reposent souvent sur de célèbres inventeurs milliardaires tels que Bill Gates, Steve Jobs et Jeff Bezos.

Un grand nombre de nos idées préconçues sur l’entrepreneuriat repose implicitement sur l'idée que ces personnes cherchent à maximiser l'utilité économique individuelle et à agir de manière opportuniste, parfois au détriment des autres. Cependant, le monde est en train de changer fondamentalement - et peut-être de manière irrévocable - et exige que nous reconsidérions ce que devrait être l'entrepreneuriat à l'avenir.

La génération Y (née dans les années 80 et 90) et la génération Z - les post-millennials, nés à la fin des années 90 et au début des années 2000 - veulent faire du monde un endroit meilleur et considèrent les méthodes commerciales comme le meilleur moyen d’y arriver à grande échelle. Selon eux, les dirigeants d’entreprises ont un impact plus important sur la société que les dirigeants religieux et politiques et ils souhaitent que les organisations ne se concentrent plus exclusivement sur la génération de profits, mais sur un équilibre entre les préoccupations sociales et environnementales et rendent leur impact sur la société plus positif. Ensuite, régler certains des problèmes urgents auxquels nous sommes confrontés dans les sociétés actuelles, tels que le changement climatique et le réchauffement de la planète, les inégalités croissantes et la lutte contre la pauvreté, pose des défis majeurs aux gouvernements et aux entreprises du monde entier, tout en provoquant l’imprévisibilité du marché. Ces défis suggèrent le besoin de nouveaux modèles, méthodes et solutions offrant la possibilité aux entrepreneurs et aux start-ups d’atténuer simultanément les causes de ces problèmes, tout en traitant et en corrigeant leurs effets négatifs.

 Une comparaison des traits des entrepreneurs traditionnels et progressistes.
Une comparaison des traits des entrepreneurs traditionnels et progressistes.
Image : Emerald

En tant que telles, ces tendances requièrent un changement d'orientation allant au-delà de l’idée d’un entrepreneuriat centré uniquement sur les opportunités financières et la maximisation des profits, pour accueillir un entrepreneuriat avec un but, visant des objectifs sociétaux ou environnementaux plus vastes, tels que les Objectifs de développement durable de l'ONU. À la lumière de cela, nous pouvons commencer à imaginer un avenir où l’entrepreneuriat ne serait pas simplement un choix de carrière ou un moyen de gagner de l’argent, mais un catalyseur qui permettrait la transformation nécessaire pour relever certains des grands défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

Des problèmes mondiaux au niveau local

Les avantages de ces nouvelles idées ne peuvent toutefois pas provenir uniquement des légendes de la Silicon Valley. Au lieu de cela, ils doivent être issus de la créativité et de l’énergie pragmatique d’entrepreneurs du monde entier, de l’Afrique à la Chine, en passant par l’Amérique latine et l’Inde, dont l’approche sera fondée sur la pensée actuelle, la fera évoluer et la remettra en question.

En outre, pour que l'entrepreneuriat soit axé sur la résolution de problèmes mondiaux, nous devons réexaminer certaines des idées véhiculées par nos systèmes et modèles actuels qui favorisent l'entrepreneuriat.

Premièrement, inclure les objectifs socioéconomiques et environnementaux - qui sont souvent perçus comme une perte de rendement financier - exige que nous déterminions ce qui incite les gens à s’engager dans des initiatives et des projets d’entreprise. Comment pouvons-nous aider les nouveaux entrepreneurs à développer les compétences et les talents nécessaires pour envisager de créer un changement positif - et comment pouvons-nous le rendre pertinent et attrayant pour les autres parties prenantes, notamment les bailleurs de fonds, les clients, les employés, les gouvernements et les décideurs ?

Deuxièmement, il peut être paradoxal de tirer parti de l'entrepreneuriat pour s'attaquer aux problèmes mondiaux. Un grand nombre de défis, allant du changement climatique à la justice sociale, en passant par les soins de santé universels, sont extrêmement complexes et interconnectés, tout en dépendant du contexte et du lieu. Comment trouver le bon équilibre ? Comment pouvons-nous développer de nouveaux modèles ou cadres pour définir et stimuler une capacité d’entreprendre capable de prendre en compte la nature double (mondiale ou locale) de ces grands défis ?

Nous devons comprendre comment développer des écosystèmes mondiaux et locaux qui nous permettront de créer, améliorer et pérenniser de tel projets d’entreprises. Plus précisément, à mesure que le pouvoir migre du niveau national au niveau des villes, il nous oblige à réfléchir à la manière dont nous pouvons développer de tels écosystèmes tout en tenant compte des spécificités culturelles et régionales des villes à travers le monde. Nous devons penser à la manière de renforcer les liens entre les économies, les pays et les continents, qui nous permettent de tirer parti de nos connaissances, de nos ressources et de nos compétences locales pour alimenter l’entrepreneuriat en tant que réponse aux défis sociaux et environnementaux mondiaux. Nous devons également comprendre comment cela se reflète sur la création de mesures et de programmes politiques spécifiques visant à développer le talent entrepreneurial dans l’intérêt général. Ce sont quelques-uns des points que nous avons décidé d'explorer au sein du Global Future Council on Entrepreneurship.