En Afrique, la demande d'électricité dépasse largement l'offre. La pénurie de 173 000 MW du Nigéria (pour un pays dont les besoins énergétiques actuels avoisinent les 180 000 MW) a donné lieu à des importations conséquentes de groupes électrogènes bruyants et polluants.

 Augmentation annuelle du taux d'accès à l'électricité en 2010-2016 dans les pays où la demande d'électricité dépasse l'offre.
Augmentation annuelle du taux d'accès à l'électricité en 2010-2016 dans les pays où la demande d'électricité dépasse l'offre.

La plupart des pays d'Afrique subsaharienne vivent la même chose. Dans les zones rurales du Rwanda, où vit plus de 70 % de la population, seule 18 % de la population a accès à l'électricité. Un grand nombre de ménages et de bâtiments publics dans les communautés rurales ne sont pas connectés à leur réseau électrique public. Même les citadins et les moyennes entreprises raccordés au réseau ne sont pas toujours sûrs d’avoir de l’électricité toute la journée. Le gouvernement rwandais s'est fixé pour objectif de généraliser totalement l'électrification d'ici 2024.

Le coût de production et de distribution de l'électricité est élevé. Pour des raisons économiques et politiques, il faudra toute une vie pour que ces communautés soient prises en compte. L'Objectif de développement durable n°7 des Nations Unies, qui vise un accès universel pour tous à des services énergétiques d'ici 2030, entre autres accords internationaux, favorise un consensus mondial sur les énergies renouvelables dans les communautés non reliées au réseau.

Dans plusieurs pays africains, les énergies renouvelables ont été au centre des stratégies de développement et des investissements. D'énormes investissements et le soutien de la Banque africaine de développement (BAD), de l'Overseas Private Investment Corporation et de la Banque mondiale dans les domaines de l'énergie solaire photovoltaïque et de l'énergie éolienne produisent des résultats.

En effet, le moyen le plus simple et le plus abordable de fournir de l'électricité aux communautés rurales d'Afrique consiste à utiliser une source d'énergie décentralisée, telle que l'énergie solaire photovoltaïque ou l'énergie éolienne. Ces communautés, qui ne sont pas connectées au réseau électrique national, vont alléger le fardeau du gouvernement consistant à investir dans des centrales à grande échelle pour répondre à la demande croissante en électricité.

Le Togo, le Nigéria et la République démocratique du Congo mettent en place avec succès des politiques et des cadres réglementaires dans ce secteur. Dans le cadre d'un plan ambitieux visant à permettre un accès universel aux services énergétiques sur tout le continent d'ici 2025, la BAD mobilise des capitaux pour aider à concrétiser la capacité du continent à générer au moins 160 GW d'ici 2025.

Bien que cela soit louable, les experts estiment que la pénétration de l’énergie verte sur le marché africain est faible et que, jusqu’à présent, le succès des plans d’électrification est axé sur le nombre de connexions établies et de mégawatts installés plutôt que sur l’utilisation finale de cette énergie.

On constate cependant que la manière dont le succès de l'électrification doit être mesuré est en train de changer. En Afrique, les communautés ont besoin d’appareils électroménagers, de salles de classe, d’équipements, de systèmes d’irrigation, etc., installés et prêts à être alimentés par l’électricité. L'énergie fournie doit répondre à une demande qui augmente la productivité.

L'expansion de l'énergie décentralisée n’a pas lieu d’être si l'utilisation finale n'améliore pas la vie des habitants et ne répond pas aux besoins critiques. La Banque mondiale utilise cette même mesure pour vérifier les progrès réalisés en matière d'accès à l'électricité.

L'innovation permettant d'accélérer l'accès via une énergie décentralisée est davantage orientée vers la gestion de la demande et la distribution, à l'aide de la connectivité et des données.

Avec l’émergence de la blockchain (un protocole éliminant les intermédiaires), il est possible d’établir un grand livre de comptes crypté et auditable, capable d’enregistrer la consommation d’énergie, les historiques de crédit (ce qui est pertinent en cas de besoin de financement d’accès), et qui fournit les transactions énergétiques entre les ménages ; permettant ainsi aux consommateurs de mieux contrôler leurs besoins en énergie et leur consommation.

En 2017, Energy Web Foundation (EWF), un organisme à but non lucratif, a commencé à développer une plate-forme blockchain open source et évolutive dans le but de créer une norme du marché qui permettrait au secteur de l'énergie de développer et d’utiliser ses propres solutions basées sur la blockchain.

Le premier cas d'utilisation d'EWF, EW Origin, crée un marché où tous les compteurs intelligents utilisant l'énergie solaire photovoltaïque peuvent communiquer. Il enregistre également la provenance de l’électricité renouvelable générée, avec des détails précis sur le type de source, l’heure, le lieu et les émissions de CO2. Cela fournit un tableau de bord universel permettant de suivre la consommation d'énergie dans le monde entier.

Un projet récent de Brooklyn Microgrid offre aux participants la possibilité de choisir leur source d’énergie préférée localement. En utilisant une application mobile, Exergy, les résidents dotés de panneaux solaires photovoltaïques sur leur toit (appelés « prosommateurs ») peuvent vendre leur excès d’énergie solaire photovoltaïque à des habitants ne disposant pas de panneaux solaires photovoltaïques et connectés au micro-réseau. Les transactions sécurisées sont rendues possibles par la blockchain. Grâce à des plateformes comme celles-ci, les petits consommateurs d’énergie peuvent avoir accès à l’électricité et à l’inclusion financière.

Des initiatives visant à atteindre l'accès universel pour tous à des services énergétiques en Afrique ne doivent pas être prises à la légère. S’engager pour que l'électrification soit un succès devrait être renforcé par la collaboration, mutuellement bénéfique, d'entités publiques et privées. Une collaboration fructueuse entre ces acteurs sera le fruit d’intérêts communs, d’une ouverture des investissements et de l’utilisation de solutions innovantes ; et les citoyens devraient eux aussi participer activement.

Le statu quo ne changera pas les perspectives énergétiques de l’Afrique. Ce qu’il faut aujourd'hui, c’est utiliser une technologie favorisant un consensus partagé dans un contexte transparent, mais sécurisé. Tout d'abord, la blockchain inspirera l'adoption rapide d'un système énergétique décentralisé dans des lieux avec ou sans électricité. Ensuite, cela augmentera non seulement la productivité des petits consommateurs d’énergie, mais de nouvelles façons de définir l’utilisation finale de l’énergie apparaîtront.