Les institutions bancaires ont essentiellement été conçues pour fournir un intermédiaire de confiance entre deux parties, comme celle qui emprunte et celle qui prête. Le commerce légitime nécessitait l’utilisation d’une banque institutionnelle. Bien que les banques se soient éloignées de leurs origines, qui remontent à la Grèce et l’Egypte antiques, leurs opérations commerciales de base sont restées les mêmes.

Les banques et les institutions financières traditionnelles ont joué un rôle important en facilitant les paiements et les envois de fonds. Un envoi de fonds est un transfert d’argent effectué par un travailleur étranger vers un particulier dans son pays d'origine et revêt souvent une importance économique énorme pour son bénéficiaire. Les envois de fonds rivalisent avec l'aide internationale comme l'une des plus grandes sources de revenus des pays en développement.

Ceux qui ne sont pas familiers avec les envois de fonds seront peut-être surpris de découvrir un secteur pertinent, qui fonctionne comme un marché de plusieurs milliards de dollars. Les versements de fonds dans les pays à revenu faible et intermédiaire ont connu une reprise impressionnante en atteignant un niveau record de 466 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de 8,5 % après deux années consécutives de baisse, selon laBanque mondiale. Les envois de fonds internationaux, qui incluent des transferts vers des pays à revenu élevé, ont totalisé 613 milliards de dollars en 2017, soit une augmentation de 7 % par rapport aux 573 milliards de dollars totalisés en 2016. Les politiques d'immigration plus strictes ont probablement entraîné une augmentation du nombre d’envois de fonds cette année, et les chiffres de 2018 devraient augmenter en conséquence.

Outre les institutions financières traditionnelles, les transferts transfrontaliers ont longtemps été dominés par des sociétés de transfert de fonds comme Western Union. Les envois de fonds sont ciblés sur les besoins des pays moins développés, plutôt que sur ceux du monde occidental. Les statistiques montrent que les pays dont les fonds reçus en 2017 représentent la part de PIB la plus élevée sont le Kirghizistan (35 %), le Tonga (33 %), le Tadjikistan (31 %), Haïti (29 %) et le Népal (29 %).

Dans bon nombre de ces pays en développement, un pourcentage élevé de la population n’a pas accès à un compte bancaire. Les habitants sont obligés d'utiliser des opérateurs de transferts d’argent (MTO, Money Transfer Operator). Face aux défis que présentent ces méthodes, beaucoup ont appelé à une solution qui révolutionnerait les processus destinés aux personnes n’ayant pas de compte en banque, en les plaçant dans une arène financière inclusive dénuée de corruption.

La corruption, acteur majeur du secteur bancaire

La corruption joue un rôle de premier plan dans l’histoire des institutions financières. La lutte contre la corruption reste une préoccupation majeure pour les organismes de réglementation, les régulateurs financiers et le grand public. En raison des liens étroits qu’entretiennent le secteur financier et les gouvernements, la corruption présente des complications d’ordre systémique qui menacent les économies à l'échelle nationale et internationale.

Des cadres de conformité existent pour lutter contre la corruption, mais la gouvernance bancaire varie énormément au niveau mondial. Les banques sont censées fonctionner comme des garanties pour identifier et surveiller les activités illégales potentielles, comme le blanchiment d’argent. Les employés ont la lourde responsabilité d’identifier et de signaler les transactions suspectes, les piratages de données, les délits d’initiés et les activités criminelles. Les transformations inhérentes à ce secteur ont entraîné une augmentation du nombre d'incidents, tels que des piratages informatiques, qui ont eu un impact direct sur la fraude et la corruption, avec pour résultat des structures internes qui ne sont plus totalement fiables.

Les adeptes de la cryptomonnaie et de la technologie blockchain encouragent à tirer parti de la technologie pour transformer le paysage du secteur bancaire et des envois de fonds. La technologie blockchain aurait peut-être permis d’éviter un scandale comme l’affaire de corruption 1MDB, qui implique l’une des institutions financières les plus importantes. En effet, la quasi-impénétrabilité de la blockchain offre une solution contre la corruption, car aucun gouvernement ne peut ajouter ou retirer de l'argent de la circulation. Alors, comment une blockchain peut-elle transformer le processus d'envoi de fonds et éliminer la corruption ?

Comment la blockchain perturbe l'industrie des envois de fonds

Jusqu'à récemment, les deux seuls moyens de transférer de l'argent à l'étranger étaient de transférer de l'argent d'un compte bancaire à un autre ou d’utiliser des services de virement privés. Aucune de ces options ne garantit la sécurité ou n'est la plus efficace. Cependant, le marché mondial des envois de fonds est en pleine mutation. La technologie blockchain recèle le plus grand potentiel de révolution et de résolution des problèmes au sein du système de paiement, notamment les taux de commission élevés, la lenteur des transactions et le nombre d'intermédiaires.

Bien que la concurrence accrue ait entraîné une légère baisse des coûts au fil des ans, les frais de transaction et les commissions provenant des taux de change en faveur du service bancaire ou de l’agence de transmission sont toujours facturés et diffèrent considérablement selon les pays d'origine et de destination. La technologie blockchain facilite la réduction des commissions et fournit des transferts plus rentables, car elle supprime les frais généraux associés aux intermédiaires.

Les frais de services financiers traditionnels sont de 7,4 %. Une blockchain peut réduire les commissions à moins de 3 %, comme dans le cas d’un récent projet pilote en Serbie. En utilisant des services bancaires et des virements traditionnels, le processus d’envoi de fonds peut prendre plusieurs jours et des frais sont facturés à chaque étape. Si le processus peut se passer des banques, les coûts diminueront encore plus.

Bien qu'il en soit encore à ses balbutiements, le système bancaire mondial ne peut que bénéficier de l'introduction de la technologie blockchain dans ses services. Ses fonctions anti-corruption permettront aux institutions publiques et financières d'économiser des milliards de dollars, tout en introduisant une plus grande responsabilisation dans le système et en luttant efficacement contre la corruption. La technologie blockchain permettra à davantage de personnes d'accéder à l'argent et les rapprochera de l'inclusion financière.

Aid:Tech est membre de la communauté Tech for Integrity du Forum Économique Mondial.