Une lettre ouverte, envoyée aujourd'hui par la coalition des dirigeants engagés en faveur du climat du Forum, a beaucoup d’importance pour deux raisons. Premièrement, avec 50 PDG mondiaux qui dirigent des organisations dont le chiffre d’affaires annuel cumulé est supérieur à 1,5 billion de dollars (ce qui équivaut à peu près au PIB de l’Australie ou de l’Espagne) et appellent les gouvernements à redoubler d’efforts pour lutter contre le changement climatique, il est bon de se rappeler que de puissantes forces se mobilisent pour faire respecter l'Accord de Paris.

Deuxièmement, tombant à point nommé avant que les dirigeants engagés en faveur du climat se réunissent à Katowice, en Pologne, pour la COP24, cette lettre nous offre l’occasion idéale d’évaluer le rôle que le monde des affaires a joué jusqu’à présent pour aider à atteindre des objectifs ambitieux.

Commençons par examiner quelques chiffres. Selon les données communiquées au CDP, sur les 50 organisations dont le PDG a signé la lettre ouverte, 30 ont réduit leurs émissions de carbone de 9 % entre 2015 et 2016. En termes absolus, cela équivaut à plus de 47 millions de tonnes métriques de CO2, ce qui équivaut à retirer 10 millions de voitures de la route pendant une année complète.

Est-ce une bonne nouvelle ? À première vue, oui : Une hausse de 9 % en un an est bien supérieure à la moyenne de 3 %, souvent utilisée comme indicateur des réductions d'émissions annuelles nécessaires pour rester en phase avec les données scientifiques, bien qu'il s'agisse d'une estimation légèrement obsolète.

Cependant, il faut nuancer tout cela. Tous les signataires n’ont pas atteint le même taux de réussite. Parmi les entreprises qui ont réalisé les réductions les plus importantes, on peut citer le secteur de l’énergie, où de grandes entreprises délaissent le charbon et se tournent vers la production de gaz et d’électricité renouvelable. Les facteurs politiques ont un effet positif dans ce secteur, mais dans d'autres domaines, une action volontaire est essentielle pour accélérer les réductions d'émissions.

Quelle que soit la manière dont on considère les choses, toutes les entreprises qui publient la quantité de leurs émissions de carbone et ont mis en place des processus pour comprendre les risques et les opportunités que les changements climatiques présentent pour leur entreprise sont des héros.

Le mouvement en faveur de la divulgation publique a encore beaucoup de chemin à faire et est loin de se généraliser à travers le monde. Et pour ceux qui ne présentent pas leurs données de manière proactive aux investisseurs et aux autres parties prenantes, l’intelligence artificielle se développe à un tel rythme, qu'ils n’auront bientôt plus à le faire - un ordinateur s’en chargera à leur place.

D'autres raisons de se réjouir ? D'une part, les très grands changements transformationnels prennent du temps, mais ils sont tout à fait possibles.

D’après un rapport établi pour le Sommet mondial sur l' action pour le climat, nous commençons à peine à voir les avantages découlant de plusieurs années d'investissement dans les technologies propres, qui généreront une croissance exponentielle dans un proche avenir.

Par exemple, une augmentation de 23 % de l’énergie solaire d’ici à 2030, soit environ la moitié de son taux de croissance actuel, se traduira par une réduction de 50 % des émissions de CO2 dues à la production d’électricité. Des révolutions similaires liées à l'industrie dans l'économie circulaire ou de l'électrification dans les flottes de transport auront des impacts équivalents.

 Une feuille de route de plus en plus remplie pour l'action climatique - Approvisionnement en énergie.
Une feuille de route de plus en plus remplie pour l'action climatique - Approvisionnement en énergie.
Image : Sommet mondial sur l'action pour le climat

Il est également encourageant de constater que les entreprises trouvent leur propre voie vers les objectifs de Paris. D'après notre analyse ci-dessous, le moyen le plus populaire auprès des dirigeants engagés en faveur du climat est le soutien de la mise en œuvre des recommandations du groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD), suivi de l'adoption d'objectifs basés sur des données scientifiques.

Next up s'engage à utiliser 100 % d'énergie renouvelable, puis à adopter un prix interne du carbone, et enfin, à électrifier les flottes de véhicules.

Cette diversité des actions climatiques reflète l’idée que les entreprises n'ont pas toutes le même rôle à jouer dans la réduction des émissions de carbone. Pour certaines, le passage aux énergies renouvelables peut réduire une partie importante de leurs propres émissions, mais ne résout en rien le problème bien plus grave de leur chaîne de valeur, à savoir que les énergies renouvelables ne sont pas disponibles ou que les émissions résultant de l’utilisation des sols sont les principales responsables.

 Légende : Adopter un objectif basé sur des données scientifiques 17, S'engager à utiliser 100 % d’énergie renouvelable 15, S'engager à adopter un prix interne du carbone 11, S'engager à utiliser des véhicules électriques 4, Soutenir les recommandations du TCFD 27
Légende : Adopter un objectif basé sur des données scientifiques 17, S'engager à utiliser 100 % d’énergie renouvelable 15, S'engager à adopter un prix interne du carbone 11, S'engager à utiliser des véhicules électriques 4, Soutenir les recommandations du TCFD 27
Image : Forum Économique Mondial

Il convient également de rappeler qu’il existe de plus en plus de preuves que la croissance économique est en train de s’affranchir des émissions de carbone.

Selon la Banque mondiale, plus de 20 pays - dont les États-Unis, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni - ont réduit leurs émissions depuis 2000 et développé leur économie. Cela tient en grande partie à des mesures politiques judicieuses. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles l’appel des dirigeants engagés en faveur du climat à mettre en place des mécanismes efficaces de réduction des émissions de carbone et à développer des incitations intelligentes fondées sur le marché devrait être entendu.

Cependant, aucun des faits ci-dessus ne justifie une quelconque complaisance. D'une part, le monde n'est PAS en passe de limiter la hausse des températures à 1,5 degrés.

D'autre part, les dirigeants engagés en faveur du climat ressemblent beaucoup à l'avant-garde de l'industrie ; le monde des affaires internationales ne bénéficie pas d'un soutien suffisant pour permettre à quiconque de suggérer qu'une révolution de la durabilité est imminente.

Selon l’initiative Science Based Targets, 498 entreprises se sont engagées jusqu’à présent à utiliser des objectifs basés sur des données scientifiques pour comprendre comment elles peuvent limiter les émissions, tandis que 151 se sont fixé des objectifs qui répondent aux critères.

Un élément clé des activités des dirigeants engagés en faveur du climat en 2019 consistera à inciter leurs pairs à en faire plus. Le Sommet sur le climat des Nations Unies, qui se tiendra en septembre 2019, marquera une étape clé, non seulement pour accroître l’engagement des entreprises envers les initiatives existantes qui contribuent à l’obtention de résultats concrets, mais aussi pour soutenir de nouvelles coalitions et alliances qui rapprochent les secteurs public et privé, et ce dans le but de relever les véritables défis et opportunités auxquels le monde est confronté.