Cet article fait partie de la réunion annuelle du Forum Économique Mondial.

Les débats sur l’avenir du travail se concentrent principalement sur les emplois : à quoi ils ressembleront, le déclin des postes bien rémunérés pour les travailleurs peu qualifiés et la manière dont les emplois seront affectés par l’IA et l’automatisation.

Cependant, il existe un sujet plus important dont il faut parler : c’est l’évolution de la relation entre employeur et employé, relation radicalement différente de celle d’il y a 30 ans et qui doit évoluer pour mieux répondre aux nouvelles exigences de la main-d’œuvre actuelle.

Des années 50 aux années 80, les relations entre employeurs et employés garantissaient sécurité du travail et stabilité financière aux travailleurs, avec des avantages généreux. C'était un billet pour la classe moyenne. En échange, les travailleurs s’engageaient à être loyaux envers une entreprise et y passaient souvent toute leur carrière. Les employés étaient en mesure d’évoluer dans leur carrière, de gagner un salaire plus élevé et de garantir l'avenir de leur famille et leur propre retraite.

Mais cette relation est devenue obsolète pour le type d’économie et la main d’œuvre actuels. La technologie a créé une nouvelle catégorie d’employés, qui travaillent de plus en plus « à la demande » et souvent selon leurs propres termes. De nos jours, grâce aux outils de recrutement en ligne, il est également beaucoup plus facile pour les employés de changer de travail mais également pour les employeurs de recruter des remplaçants et de trouver de nouveaux talents. Bien que la flexibilité du lieu de travail ait pu apporter d’importants avantages aux deux parties, elle a également perturbé l’équilibre travail-vie personnelle pour beaucoup.

Dans l'ensemble, l'attitude des Américains envers le travail et les organisations pour lesquelles ils travaillent a changé. Un sondage mené en 2017 par Gallup auprès de travailleurs américains a révélé que les employés étaient généralement indifférents à leur emploi. Seul un tiers des personnes interrogées a déclaré se sentir investi dans son travail. Les employeurs et les employés n'ont plus besoin les uns des autres comme c’était le cas auparavant, ce qui a suscité chez de nombreuses personnes une attitude mouvante vis-à-vis du travail et moins d'investissement de la part des employeurs dans l'expérience et les avantages des employés.

Bien que les relations entre employeurs et employés aient changé, les choses dont nous avons fondamentalement besoin sont restées pratiquement les mêmes. Chaque partie veut de la stabilité et de la sécurité : les employeurs continuent à vouloir la stabilité et la sécurité d'un effectif cohérent et productif doté des compétences adéquates ; et les employés veulent la stabilité et la sécurité d'un salaire stable et décent, ainsi qu'un lieu de travail agréable, où ils peuvent être eux-mêmes et chercher à aller plus loin.

Bien que nos besoins n'aient pas changé, la façon dont nous y répondons est différente. Heureusement, nous avons la possibilité de retrouver un lieu de travail moins chaotique, bénéfique pour les employeurs comme les employés, en forgeant une nouvelle entente entre eux. En tant que chefs d'entreprise, peut-être devrions nous faire le premier pas pour reconstruire ce partenariat vital, nous permettant ainsi d'inspirer à nouveau fidélité et confiance mutuelle.

Cette nouvelle relation nécessitera un ensemble de principes répondant aux besoins de la main-d'œuvre d'aujourd'hui. Voici quelques réflexions sur la façon dont nous pouvons contribuer :

1. Un travail utile, qui poursuit un but, relie les fonctions des employés à des problèmes de société plus vastes et leur rappelle que leurs activités quotidiennes contribuent à d'importants progrès dans le monde.

2. Des opportunités de croissance multidimensionnelles qui ne sont pas simplement linéaires et permettent aux personnes d'explorer différents ensembles de compétences et centres d’intérêt au sein d'une même entreprise (en fait, les employés devraient avoir la possibilité de « poursuivre différentes carrières » au sein de la même entreprise).

3. Des avantages qui répondent avec précision aux exigences des personnes de nos jours, par exemple, concernant les coûts élevés de garde d’enfants et de prise en charge des personnes âgées, les problèmes de santé chroniques, les problèmes de bien-être mental et émotionnel, les dépenses écrasantes liées aux prêts étudiants, etc. Ces avantages devraient également être modulables pour permettre aux employés de choisir ce qui est le plus important pour eux.

4. Un leadership inspiré, véritable exemple d'empathie pour les travailleurs. Les dirigeants d'entreprise doivent promouvoir une culture de transmission et de soutien, ainsi qu'un environnement dans lequel chaque employé sent qu’on s’intéresse à lui, quelle que soit son origine. Cela inclut également des cadres dirigeants diversifiés qui reflètent les valeurs de l'entreprise et sont visibles, des leaders accessibles et pas seulement des figures de proue.

5. Un environnement propice à la diversité et à l’inclusion, qui constitue un lieu sûr où les personnes peuvent se sentir elles-mêmes au travail. L’intégration travail-vie personnelle est si courante aujourd’hui que nous ne pouvons plus compartimenter de la même façon que lorsque notre fonction consistait à travailler de 9h à 17h. Il est essentiel de pouvoir parler de nos vies et de nos expériences et d’être accueillis avec empathie.

Si nous voulons vraiment créer des emplois valorisants et enrichissants pour l’économie du 21ème siècle, nous devons commencer par redéfinir et moderniser la relation employeur-employé de manière à ce que toutes les parties y adhèrent. Il incombe aux PDG de co-créer une nouvelle relation avec les travailleurs, qui non seulement ajoutera de la valeur aux entreprises, mais traitera aussi les employés avec dignité et aidera à faire face aux exigences de l'équilibre actuel entre vie privée et vie professionnelle.

Ensemble, une nouvelle relation employeur-employé peut reprendre le travail que l’ancienne a accompli pendant des décennies, créer une prospérité partagée et, espérons-le, créer des emplois et des vies meilleurs et dotés de plus de sens pour des millions de personnes.