2018 sera-t-elle pour les marchés pétroliers internationaux une année à oublier au plus vite ? Et que nous réserve 2019 ? Quelle attitude afficherons les Africains dans ce spectacle, où malgré leur force, ils sont restés jusqu’ici spectateurs ? En tout cas, les marchés financiers en général et pétroliers internationaux en particulier ont clôturé l’année 2018 sous les superlatifs les plus négatifs depuis la grande crise financière de 2008, malgré le redressement des tout derniers jours de Wall Street.

2018 a été une année chaotique pour le pétrole. En début de janvier 2018, le baril de Brent était coté au marché de Londres à 69,02 dollars pour prendre un coup de chaud à 87 dollars et se retrouver à fin décembre à 52,23 dollars. Annoncé avec des prédictions faramineuses allant jusqu'à un sommet de 100 dollars avant la fin de l'année, le baril de pétrole a créé la surprise à partir du mois d'octobre 2018, date à laquelle le cours a commencé à dégringoler pendant que la conjoncture économique et politique se détériorerait quelque peu dans le secteur pétrolier.

Même scénario sur le marché de New York où le West Texas Intermediate (WTI) débutait en janvier 2018 à 64,50 dollars pour terminer à 45,30 dollars en décembre dernier. Et pourtant, pendant que les marchés pétroliers s'inquiétaient face au risque d'insuffisance de l'offre, celle-ci a continué à augmenter grâce à l'OPEP et aux pays non-OPEP, pour atteindre actuellement le seuil record de 100 millions de barils par jour(Mb/j) ; ceci en dépit de nombreux accords entre les pays de l'OPEP et non-OPEP signés depuis septembre 2016.

Les cinq principales causes de la chute du baril

Les principaux facteurs qui expliquaient cette dernière baisse du baril de pétrole sont de plusieurs ordres, à savoir les pressions du président Donald Trump sur l'OPEP pour lui faire baisser les prix de pétrole, les tensions commerciales Chine-Etats-Unis qui pourraient conduire à une baisse de la demande. il y a aussi l'effet négatif des couvertures des pays producteurs qui ont conduit les spéculateurs à faire baisser les prix et le pétrole de schiste américain qui a affiché au milieu de l'automne une santé de fer portée par des stocks de brut et des réserves commerciales en forte hausse. En effet, les stocks de pétrole brut aux Etats-Unis, premier marché pétrolier mondial, ont fortement augmenté depuis plusieurs semaines.

Dès le mois d'octobre donc, les cours du baril de pétrole sont tombés en dessous du niveau requis par la plupart des pays membres de l'OPEP pour équilibrer leur budget. C'est particulièrement le cas de l'Arabie Saoudite qui tombe en déficit dès lors que le baril descend en dessous de 88 dollars sur une période prolongée. Bien évidemment, ces préoccupations des pays producteurs de pétrole ne sont pas celles du président américain et c'était sans compter sur son forcing effréné à faire chuter les cours de pétrole. Le monde s'est alors à nouveau retrouvé en situation de surproduction et en l'absence d'un nouvel accord entre les gros producteurs, l'offre excéderait la demande de quelque 2 Mb/j en début 2019. La production augmente un peu partout, en Arabie Saoudite, en Russie, aux Etats-Unis,...

Pour y faire face, les 15 pays de l'OPEP, avec leurs 10 pays alliés emmenés par la Russie, ont donc décidé de se réunir en urgence dans le but de conclure un accord de réduction de la production pour endiguer la chute du prix du baril. Les 6 et 7 décembre 2018 se sont donc tenues à Vienne en Autriche, d'une part la réunion ministérielle des pays membres de l'OPEP, et d'autre part celle du groupe des pays OPEP/non-OPEP sur un thème important : les pays de ces deux groupes devraient à nouveau convenir de revoir à la baisse leur production de pétrole afin d'endiguer la chute vertigineuse des cours du Brent et du WTI.

Cette réduction, correspondant à un peu plus de 1% de la production mondiale, est destinée à enrayer la chute des cours qui ont dévissé de 30% en 2 mois dans un contexte de surproduction chronique. Cet accord ne permet pas toutefois de résorber les 2 millions de barils par jour d'excédent qui inondent le marché international. Une réduction d'au moins 1,5 million de barils par jour était nécessaire pour éviter une surproduction au 1er semestre 2019. Depuis le 1er janvier 2019, date d'entrée en vigueur de cet accord, la situation ne s'est guère améliorée : le pétrole a entamé l'année dans le rouge.

Un baril entre 45 et 55 dollars en 2019

Aujourd'hui, toutes les analyses sur l'évolution des prix du baril pour les prochains mois convergent vers une même éventualité : les prix vont rester dans la fourchette des 45 à 55 dollars le baril, si la croissance mondiale venait à ralentir. Faut-il alors interpréter ce recul en ce début d'année 2019 comme un signe évident d'essoufflement de l'activité économique mondiale ?

Comment évolueront alors les prix du pétrole en 2019 ? Difficile à dire, car la plupart des analystes restent très prudents. Mais certains avancent que l'essoufflement de l'activité économique mondiale, particulièrement en Chine, et la bonne santé qu'affiche aujourd'hui l'industrie américaine des hydrocarbures de schiste pèseront davantage sur la demande mondiale de pétrole. Aussi, les pays membres de l'OPEP et ceux non-OPEP ont-ils décidé de se réunir à nouveau en avril 2019 pour évaluer l'impact de l'accord sur le marché pétrolier international et pour d'éventuelles suites à donner.

Pour notre part, en scrutant le contexte pétrolier mondial à moyen et long termes, l'optimisme quant à une remontée des prix du pétrole n'est pas totalement à écarter. Aussi, personne ne peut être sûr que les prix du pétrole vont continuer à baisser.

Pétrole de schiste et paradoxe américain

C'est vrai que plusieurs spécialistes ont revu leurs prévisions à la baisse pour les prix du baril, mais le pétrole a très souvent réservé des surprises. Aussi, chose non moins surprenante, la position des Etats-Unis pourrait vite changer dans les années à venir : le pétrole de schiste produit par les Américains est nettement plus compliqué à extraire et coûteux que le pétrole du Moyen-Orient et on annonce d'ailleurs que certains pétroliers de schiste sont en train de ralentir leurs investissements pour 2019.

Pour que les producteurs américains restent compétitifs, il faudra tôt ou tard que les Etats-Unis fassent pression dans l'autre sens sur l'OPEP afin que l'organisation réduise sa production et fasse augmenter le prix du baril. C'est là le paradoxe américain ! La baisse du prix du pétrole brut se répercute à la pompe au grand plaisir de millions de consommateurs américains, et inversement, la montée du cours du baril fait l'affaire des multinationales pétrolières et des milliers de petits producteurs pétroliers. C'est inévitable selon les analystes. Et plus les années passent, plus les Etats-Unis devront se résoudre à ce scénario, sans quoi les lobbys pétroliers américains pourraient en subir les conséquences, ce qui n'est pas bon pour tout candidat à La Maison-Blanche.

Les principales préoccupations sont aujourd'hui concentrées sur les divers fronts ouverts par le président américain Donald Trump, ajoutées à ses prises de positions très versatiles. Mais de toute évidence, dans un avenir plus ou moins proche, une conjugaison de plusieurs événements imprévisibles pourrait inverser la tendance actuelle. Il pourrait s'agir d'une augmentation de la demande pétrolière mondiale combinée à une baisse de l'offre liée au manque d'investissements du secteur et la persistance des tensions géopolitiques (conflits armés et tensions diplomatiques) qui agitent de manière récurrente la planète pétrolière.

L'influence des énergies vertes et du dollar

Par ailleurs, les effets du manque de renouvellement des réserves se feront de plus en plus sentir et propulseront probablement les cours du pétrole à des records. Il faut également noter la faiblesse continue du dollar par rapport à l'Euro, ce qui amène une corrélation négative entre le cours du dollar et celui du baril de pétrole. De même, l'ampleur des mesures qui seront mises en place pour lutter contre le changement climatique à la suite de la COP24 (tenue en Pologne du 2 au 14 décembre 2018) impactera à coup sûr sur les cours à venir du pétrole. Il est aussi clair que malgré l'appel à la réduction des prix sur le marché par le président Trump, l'Arabie Saoudite a de nombreuses raisons de vouloir un prix du pétrole avoisinant les 80 dollars le baril, dont entre autres son besoin de financer son plan de diversification de l'économie, son équilibre budgétaire, etc.

L'impact positif des mesures de l'OPEP

Avec l'accord du 7 décembre 2018, au sein de l'OPEP, quatre pays devraient supporter 80% de l'effort de réduction de 800 000 b/j : l'Arabie saoudite (avec un objectif de réduction de la production avoisinant 320 000 b/j), l'Irak (-140 000 b/j), les Émirats Arabes Unis (-95 000 b/j) et le Koweït (-84 000 b/j). Le mercredi 9 janvier 2019, et contre toute attente, l'Arabie saoudite décide de réduire ses exportations de pétrole de 10% par rapport à novembre, soit 800 000 b/j et une réduction supplémentaire de 100 000 b/j est aussi prévue en février. Au vu de ses problèmes économiques internes, le Royaume n'avait pas d'autre choix que de fausser la route à son encombrant allié : les Etats-Unis. Dès cette annonce, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars est monté à 61,55 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 4,60 %, par rapport à la clôture de mardi... Espérons bien que c'est l'amorce d'une remontée irréversible et durable des prix du pétrole !

L'Afrique doit se démarquer des contraintes occidentales

Dans tous les cas, nous ne cesserons jamais de le clamer haut et fort....l'Afrique doit se démarquer autant que faire se peut de la totale contrainte occidentale. De façon générale, il est reconnu de tous que le sous-sol africain regorge d'abondantes ressources extractives-énergétiques (pétrole, gaz, charbon, uranium). Outre le potentiel en ressources énergétiques fossiles, il faut ajouter celui d'origines renouvelables. Le seul potentiel pétrolier et gazier africain peut rivaliser aujourd'hui avec celui de n'importe quelle autre région du monde et si l'Afrique devait être considérée comme un seul producteur, il est certain que notre continent défiera l'Arabie Saoudite, la Russie et les États-Unis. Si avec toutes ces richesses l'Afrique n'arrive pas à s'imposer sur l'échiquier pétrolier mondial... il y a problème.

Sept des quatorze pays membres de l'OPEP sont africains

Sept des quatorze pays membres de l'OPEP sont d'origine africaine. Aujourd'hui, la quasi-totalité des pays africains est dans la phase de recherche et/ou d'exploitation d'hydrocarbures avec d'excellentes perspectives, et de cette considération, la présence africaine pourrait consolider la politique et la position de l'OPEP sur l'échiquier pétrolier mondial. Mais contrairement à l'OPEP dont les pays membres viennent de trois continents (Amérique latine, Afrique et Asie), les pays membres de l'Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) viennent d'un même et seul continent... l'Afrique.

Nous avons donc au-delà de tout cela une dimension de coopération et d'intégration africaines. Notre préoccupation de l'heure, c'est donc d'amener les pays africains à plus de synergie d'actions dans leurs industries pétrolière et gazière. Le rendez-vous à ne pas manquer c'est celui de cette unité et cette coopération énergétique et pétrolière africaine....et l'APPO est le cadre idéal pour cette fédération d'efforts. L'Afrique ne tire aucun profit de la variation des prix des hydrocarbures. Notre continent pèse pour près de 13% de la production pétrolière mondiale, mais nous ne consommons qu'à 3% des produits pétroliers raffinés dans le monde.... et dire aussi qu'une bonne partie de ces produits pétroliers sont raffinés ailleurs et importés en Afrique. L'organisation d'un marché africain de pétrole est une excellente alternative pour les Africains d'être à l'abri des fluctuations quotidiennes des prix du pétrole.... imposées par le capital pétrolier international. Il s'impose comme nous ne cesserons de le dire, une volonté politique au plus haut niveau ; et l'Afrique a tout à gagner.