Selon une analyse publiée par le Rocky Mountain Institute, les compagnies aériennes et les constructeurs d’avions ne sont pas en voie d’atteindre leurs objectifs en matière de climat, ce qui appelle à la création d’un forum mondial où les leaders de l’industrie pourraient s’attaquer à leurs problèmes d’émissions sans être soumis à la concurrence.

« L’aviation a besoin d’un plan radicalement nouveau pour atteindre ses objectifs climatiques », selon le rapport de l’institut. « Les émissions de l’industrie augmentent plus vite que prévu et les solutions à long terme ne sont pas en vue. »

« Les compagnies aériennes pourraient réduire de moitié leur consommation de carburant et éliminer sept milliards de tonnes d’émissions de carbone en adoptant de nouveaux avions révolutionnaires dotés d’une technologie à ailes mixtes et d’autres caractéristiques innovantes », selon Adam Klauber et Isaac Toussie, qui participent au groupe de réflexion du programme. L’industrie n’a pourtant pas encore rapproché ces conceptions du décollage, explique le rapport : « Il n’y a pas de voie claire ni de calendrier pour des conceptions révolutionnaires dans l’aviation commerciale. »

Boeing a mis à l’essai un appareil à aile intégrée, mais il semble que la production à grande échelle reste lointaine. Les fabricants devraient investir massivement pour s’équiper en vue des nouvelles conceptions, et les compagnies aériennes devraient changer leur façon de faire les affaires, affirment les analystes. « Les pratiques actuelles offrent aux compagnies aériennes des options rentables en ce qui concerne la taille des avions, avec des changements limités à la longueur de la cabine. Les modèles à aile intégrée perturberaient cet avantage », expliquent-ils. « Les compagnies aériennes préfèrent l’uniformité dans leur flotte pour faciliter les changements de pilotes et simplifier la maintenance. »

Les aéroports devront élargir les voies de circulation, mais les conceptions novatrices font tout de même partie intégrante des promesses de l’industrie de réduire les émissions de 50% d’ici 2050.

Selon le Rocky Mountain Institute, les efforts des compagnies aériennes en matière d’efficacité ne s’attaquent pas à la croissance rapide des émissions, qui ont augmenté de 5% par an au cours des quatre dernières années.

Les compagnies aériennes ont mis du temps à améliorer leur efficacité, parce qu’elles ont commencé par optimiser le nombre de passagers, de sorte qu’elles aient peu de sièges à remplir, selon l’institut. Les compagnies aériennes fournissent également plus d’avions pour répondre à la demande croissante, en raison de la faiblesse des prix du carburant, et il se peut qu’elles conservent plus longtemps leurs appareils vieillissants.

S’exprimant avant la publication du rapport du RMI, et non en réponse à celui-ci, la responsable du développement durable d’Etihad a justifié les performances de l’industrie par un démarrage tardif.

« Je pense qu’on peut dire que l’aviation a pris du retard par rapport au transport terrestre », a-t-elle déclaré au Forum mondial de l’énergie de l’Atlantic Council ce mois-ci à Abu Dhabi. « Nous avions des exigences assez strictes. Nous ne voulions pas avoir à modifier notre avion. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d’avoir des avions qui ont besoin d’un type de carburant et d’autres qui ont besoin d’un autre. Pouvez-vous imaginer la situation dans laquelle vous vous retrouveriez avec des avions ne pouvant pas voler vers certains endroits parce que le biocarburant n’était pas disponible ? »

Elle ajoute toutefois que le démarrage tardif de l’industrie lui permet de tirer des leçons des erreurs des autres. Pour elle, l’industrie n’est pas récompensée pour certaines réalisations, comme l’augmentation de 70 % de l’efficacité du carburant des avions, parce que « nous n’avons tout simplement pas su faire passer notre message. »

« Dans l’ensemble de l’industrie, nous sommes très conscients de la durabilité », a-t-elle expliqué. « Il faut que ce soit placé à l’ordre du jour. » L’industrie aéronautique a proposé de passer au carburant durable, mais selon l’institut, ce carburant représente moins de 0,01 % de la consommation mondiale.

Le carburant durable est produit dans une seule raffinerie dans le monde, et il coûte deux à trois fois plus cher que les combustibles fossiles. L’Organisation de l’aviation civile internationale estime que 140 nouvelles installations de production commerciale seront nécessaires chaque année d’ici 2050 pour faire passer l’industrie à des carburants plus sains. Les avions électriques pourraient s’avérer être une solution, selon le RMI, mais il est peu probable qu’ils aient un impact avant 2030.