*Selon le rapport de la Cour des comptes, la France et l'Europe doivent rapidement faire évoluer le lanceur européen Ariane 6 pour qu'il reste compétitif face à la concurrence de l'Américain SpaceX notamment.

*Expliquant que le modèle économique d'Ariane 6 comporte des risques, les magistrats de la rue Cambon ont souligné trois défis majeurs à relever pour l'avenir du lanceur européen.

*L'un de ces défis sera de faire en sorte que la fusée Ariane 6 devienne réutilisable, tout comme la Falcon 9 de SpaceX.

Dans son dernier rapport publié mercredi 6 février 2019, la Cour des comptes estime que la France et l'Europe doivent rapidement agir pour faire évoluer le lanceur européen Ariane 6 pour qu'il reste compétitif face à la concurrence de l'américain SpaceX.

Rappelant que l'entreprise spatiale dirigée par Elon Musk avait détrôné pour la première fois Arianespace en nombre de lancements en 2017 — 18 contre 11 —, les sages de la rue Cambon ont affirmé que le modèle économique du nouveau lanceur Ariane 6 en cours de développement, censé remplacé Ariane 5 vers 2020, comporte des risques :

"Même si l'ambitieux calendrier de développement d'Ariane 6 est respecté, il y a un risque important que le lanceur ne soit pas durablement compétitif face à SpaceX, qui continue de progresser. Ce risque est d'autant plus grand que l'attentisme du marché commercial du lancement en orbite géostationnaire et l'évolution des taux de change placent Arianespace en position délicate sur le marché, sans bénéficier pour autant d'une commande publique comparable à celle de SpaceX."

En novembre 2018, Stéphane Israël, président d'Arianespace, avait déclaré aux Echos que "pour parvenir à l'objectif d'une cadence stable de 11 tirs d'Ariane par an, nous avons besoin d'une base de cinq lancements institutionnels par an". Actuellement, seulement cinq commandes de lancement sont prévues, dont trois institutionnelles, même si le groupe a indiqué être en train de négocier avec plusieurs clients commerciaux.

La Cour des comptes a noté trois défis majeurs à relever pour qu'Ariane 6 reste compétitif. Des défis qualifiés de "très importants, peut-être même plus que ceux qu'elles a eu à relever après l'échec du vol d'Ariane 5 en décembre 2002".

Voici les trois défis majeurs à relever pour qu'Ariane 6 reste compétitif face à la Falcon 9 de SpaceX.

L'Ariane 6 doit évoluer vers le renouvelable à l'image de la Falcon 9 de SpaceX.

 Le lancement de la dernière fusée Falcon 9 de SpaceX le 1er mai 2017.
Le lancement de la dernière fusée Falcon 9 de SpaceX le 1er mai 2017.
Image : Flickr/CC/SpaceX

Les sages de la rue Cambon estiment que "du fait des progrès réalisés par la concurrence américaine, [ndlr: SpaceX notamment] de conséquents nouveaux budgets de développement seront nécessaires pour permettre aux lanceurs européens d'accéder à cette technologie" du renouvelable.

SpaceX a cassé les prix du marché des lancements avec sa fusée Falcon 9 réutilisable. La réutilisation du premier étage des fusées Falcon 9 de Space X permettrait de réaliser 30% d'économies sur des lancements facturés à plus de 60 millions de dollars, et l'entreprise américaine compte également réutiliser prochainement le second étage de sa fusée Falcon 9.

Dans son rapport, la Cour des comptes a ajouté que l'Europe doit ainsi "capitaliser" sur le nouveau moteur Prometheus et le prototype Callisto réalisé par le CNES et les agences spatiales allemande et japonaise pour "développer un nouvel étage réutilisable pour assurer l'évolution nécessaire d'Ariane 6".

Le conseil d'administration de l'Agence spatiale européenne (ESA) doit se réunir au second semestre 2019 pour discuter de l'évolution de la politique européenne en matière de lanceurs.

Ariane 6 doit trouver d'autres moyens de soutien que des subventions d'équilibre.

 Rendu d'artiste de la fusée Ariane 6.
Rendu d'artiste de la fusée Ariane 6.
Image : ESA/D. Ducros

"Afin d'inciter l'ensemble des acteurs de la filière à faire les efforts de compétitivité nécessaires, le soutien public devrait en effet prendre d'autres formes que ces subventions d'équilibre", ont écrit les sages de la Cour des comptes.

Ils suggèrent ainsi que "si les principaux acteurs publics concernés, l'Agence spatiale européenne, l'Union européenne, Eumetsat et les principaux Etats acceptaient de passer des commandes pluriannuelles pour leurs lancements institutionnels, les industriels bénéficieraient d'une plus grande visibilité sur leur plan de charge et d'une sécurisation de leurs financements".

Limiter la concurrence intra-européenne entre les lanceurs Ariane 6 et Vega.

Le satellite Aeolus à bord d'une fusée Vega.
Le satellite Aeolus à bord d'une fusée Vega.
Image : ESA/M. Pedoussaut

L'Europe dispose de deux lanceurs, censés remplir des fonctions différentes : l'Ariane 6, capable de mettre en orbite géostationnaire deux satellites ayant une masse cumulée de 10,5 tonnes, et la Vega C, conçue pour positionner des satellites en orbite basse.

Mais à l'avenir, la puissance du lanceur Vega devrait augmenter et pourrait ainsi concurrencer sa compatriote Ariane 6 sur certains segments du marché.

Dans un contexte de concurrence accrue actuel et à venir sur le marché des lanceurs, la Cour des comptes estime que "la concurrence intra-européenne entre le bas du spectre d'Ariane 6 et le haut du spectre de Vega C devrait être limitée autant que possible."

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