Je suis l'une des 582 millions de personnes, soit près de 8 % de la population mondiale, qui ont consacré leur vie à l'entrepreneuriat. Cela signifie que pendant les dix dernières années, j’ai suivi les étapes de création ou de gestion de ma propre entreprise. Mais quelles sont les implications de ce statut d’entrepreneur sur mon bien-être psychologique - et le bien-être de la communauté mondiale ?

Un entrepreneur est décrit comme une personne qui poursuit avec passion et créativité une idée, de son concept à sa concrétisation, suite à la découverte d’un besoin ou d’un défi sur le marché. Ou pour reprendre les mots de l'emblématique Steve Jobs : « Seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Les leaders d'opinion du monde entier, y compris ceux qui se sont réunis à Davos plus tôt cette année, reconnaissent la valeur extraordinaire que l'entrepreneuriat ajoute à la création d'emplois, à la croissance économique et à la commercialisation de l'innovation. Le plus grand ensemble de données mondiales sur l'entrepreneuriat de la Banque mondiale montre l’effet considérable et très positif d'un point de vue statistique des nouvelles entreprises sur le PIB par habitant, les exportations par PIB, les brevets par population et la création d'emplois.

Rien qu’aux États-Unis, les start-ups créent environ 43 % des nouveaux emplois chaque année, selon les données dévoilées par les Business Dynamic Statistics (BDS) du Census Bureau. La Small Business Administration a calculé qu'entre 2000 et 2017, les petites entreprises ont créé 8,4 millions de nouveaux emplois, contre 4,4 millions créés par de grandes entreprises. En 2015, il y avait un total de 30,2 millions de petites entreprises, représentant 99,9 % de toutes les entreprises.

Toutefois, si les ensembles de données se sont toujours concentrés sur le macro-bien-être des économies locales et mondiales, ils n’ont pas réussi à mesurer l’impact pernicieux des troubles mentaux sur le micro-bien-être des fondateurs. Heureusement, l’attention portée à l’analyse de la valeur commence à changer.

Les problèmes de santé mentale dans les start-ups

Selon le Dr Paul Hokemeyer, expert en construction identitaire des élites : « Compte tenu de l’impact extraordinaire des entrepreneurs sur notre économie mondiale, il est d’une importance capitale qu’ils exercent leurs activités dans un état de santé émotionnelle et relationnelle optimale. Malheureusement, selon la croyance actuelle qui veut que le burn-out des fondateurs soit représentatif de l'excellence entrepreneuriale, tel n'a pas été le cas. »

Une étude récente du chercheur Michael A. Freeman de l’Université de San Francisco a mis l’accent sur la crise de santé mentale qui sévit, reconnue mais traitée de manière inefficace, parmi les hommes et les femmes composant la communauté des entrepreneurs.

Selon cette étude, environ la moitié (49 %) des entrepreneurs souffrent d'au moins une forme de problème de santé mentale au cours de leur vie. Ceux-ci comprennent le TDAH, le trouble bipolaire et une foule de troubles de dépendance.

Les recherches de Freeman ont montré que les fondateurs de start-ups sont :

- Deux fois plus susceptibles de souffrir de dépression

- Six fois plus susceptibles de souffrir de TDAH

- Trois fois plus susceptibles de souffrir de toxicomanie

- Dix fois plus susceptibles de souffrir de trouble bipolaire

- Deux fois plus susceptibles de séjourner en hôpital psychiatrique

- Deux fois plus susceptibles d'avoir des pensées suicidaires

L’expérience clinique du Dr Hokemeyer montre que ce sont des conclusions prudentes : « Dans ma pratique clinique, je vois des pourcentages de l'ordre de 80 % d’entrepreneurs qui souffrent de nombreux troubles de la personnalité, tels que le narcissisme, le syndrome de la richesse subite et le syndrome de l'imposteur.

Ces troubles ne nuisent pas seulement à l'efficacité des fondateurs de start-ups ; ils ont également un impact négatif sur les efforts que ces êtres humains très intelligents ont mis en œuvre, risquant ainsi leur capital financier, relationnel, intellectuel et émotionnel. »

Lorsqu'on lui a demandé d'expliquer les raisons de ce problème selon lui, le Dr Hokemeyer a expliqué : « Les entrepreneurs sont formés pour ignorer les besoins qualitatifs de leur bien-être, mesurés à travers des relations authentiques et significatives, la satisfaction globale à l'égard de leur vie et le bonheur. Le message qu'ils retiennent des entrepreneurs les plus célèbres du secteur est la prescription obsolète du « no pain, no gain » (on n’a rien sans rien), et un message pernicieux selon lequel le succès se mesure uniquement en termes de rendement quantitatif, de retour sur investissement et de profit.

« Pour ces individus très intelligents, les rendements quantitatifs ont le dessus sur les considérations qualitatives. Malheureusement, dans ce paradigme, les entrepreneurs s'effondrent, luttant pour calibrer le désaccord entre leur conscience interne, qui leur souffle que leur détresse physique et émotionnelle compromet leur performance, et la norme de l'industrie en matière de compétitivité acharnée, qui définit le terrain depuis des siècles. »

Heureusement, il existe une solution. Lors du Forum Économique Mondial de cette année à Davos, des leaders d'opinion et des sommités tels que le Prince William du Royaume-Uni, le directeur général de Kaiser Permanente, Bernard Tyson, et John Flint, directeur général de HSBC, entre autres, ont commencé à débattre des problèmes de santé mentale d'une façon curative et non stigmatisante. Bien que la sensibilisation soit importante, des mesures concrètes sont essentielles pour réduire les risques pour la santé mentale tout en maximisant les avantages sociaux et culturels des entreprises.

Notre plan d'action

Pour poursuivre sur la lancée de Davos, le Dr Hokemeyer et moi-même avons proposé des mesures concrètes pour atténuer les dommages causés par le burn-out du fondateur et d'autres problèmes de santé mentale.

1. La déstigmatisation : les investisseurs doivent donner l'exemple en montrant aux fondateurs qu’ils ont le droit d'être vulnérable et de s'exprimer sur leurs problèmes de santé mentale. Le processus de communication ouverte et de soutien aux fondateurs peut commencer à partir du processus de diligence raisonnable des nouvelles entreprises. Un excellent moyen pour les investisseurs de soutenir cette initiative est de signer l’Investors Pledge, développé par Erin Frey et Ti Zhao. Il s’agit d’un engagement public à jouer un rôle actif dans la santé mentale.

2. Les ressources liées au bien-être : la communauté mondiale des investisseurs doit changer son état d'esprit en élargissant son horizon au-delà des indicateurs financiers et autres indices de performance clés, en tenant également compte du bien-être mental et physique de ses atouts les plus importants, les fondateurs. Le simple fait qu'une start-up ait collecté 2 millions de dollars ou plus ne signifie pas que les fondateurs ont les moyens de rechercher du soutien et de l'aide. Il incombe à l'investisseur de permettre aux fondateurs de consacrer une fraction de cet investissement à leur bien-être personnel.

3. Le soutien des investisseurs : les fonds d'investissement doivent inclure des professionnels de la santé mentale dans leur écosystème organisationnel afin de servir de systèmes de soutien et de mettre en œuvre des stratégies sources d’amélioration et curatives, empiriquement éprouvées, pour le leadership des êtres humains qui gèrent leurs investissements.

Compte tenu de l'instabilité du climat géopolitique dans lequel les entrepreneurs s'efforcent de créer de la valeur sociale et économique, il est essentiel que leurs évaluations du succès incluent des mesures qualitatives de la santé mentale ainsi que des mesures quantitatives du rendement financier des investissements. Pour ce faire, nous devons travailler en tant que communauté mondiale à incorporer des outils établis tels que le WHOQOL pour mesurer la santé psychologique et relationnelle des individus et des communautés.

Le décor a été planté à Davos. Nous devons maintenant le peupler d’activistes qui élargiront les limites traditionnelles des valorisations, du pur rendement quantitatif à un mélange de rendements quantitatifs et qualitatifs.