SANTÉ - “Arrêtez de prendre la femme pour une simulatrice lorsqu’elle a mal!”. Tel est le message que lance la présidente et fondatrice de l’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS), Dr. Khadija Moussayer, à l’occasion de la journée mondiale de la femme, le 8 mars. Comme elle l’explique au HuffPost Maroc, cette spécialiste en médecine interne et en gériatrie à Casablanca ne cache pas ses regrets de constater que l’ignorance de certaines maladies, en l’occurrence auto-immunes, dans ce cas précis, fait obstacle à leur diagnostic et à leur traitement chez la femme.

Ces maladies sont provoquées par un dysfonctionnement du système immunitaire qui, au lieu de protéger le corps des virus et des bactéries, s’attaque aux constituants normaux de l’organisme. “Elles sont nombreuses, elles se comptent par centaines et peuvent toucher la thyroïde, la peau, le système nerveux, le système digestif, le cœur, ou plusieurs organes en même temps”, explique ce médecin. Cette dernière estime de son devoir d’alerter sur “ce danger silencieux” que représentent ces maladies touchant en particulier la femme. “80% des personnes atteintes sont des femmes entre 20 et 30ans. Par exemple, le lupus et le syndrome de Gougerot-Sjögren, deux maladies auto-immunes, touchent 9 fois plus de femmes que d’hommes”, précise-t-elle, mettant en garde contre des complications, en cas d’aggravation de la maladie, pouvant, entre autres, provoquer la baisse de la vue et des atteintes rénales et pulmonaires.

10% de la population marocaine, composée à 80% de femmes, en souffrent, selon le Dr. Moussayer. Pour elle, les campagnes de sensibilisation se focalisent le plus souvent sur les mêmes thématiques médicales et privilégient souvent l’homme, au détriment de ces maladies à prédominance féminines. “Pour les maladies cardiovasculaires, c’est l’homme qui est visé en premier, par la communauté mondiale. Les maladies auto-immunes, elles, ne font l’objet de campagnes qu’aux Etats-unis qui ont une puissante association AARDA”, indique la présidente de l’AMMAIS.

Au Maroc, cette association est la seule en son genre à mener ce combat depuis dix ans. “La sensibilisation est importante, d’autant que les outils de diagnostic ne sont pas disponibles partout. Et, parfois, les médicaments sont très chers et ne sont ni disponibles, ni remboursables par l’assurance maladie”, constate le Dr. Moussayer, convaincue que ces maladies mériteraient de faire l’objet de larges campagnes de sensibilisation en direction des femmes, au même titre que le cancer (un des risques que peuvent provoquer ces maladies).

Sensibilisation à grande échelle, c’est ce que revendique l’AMMAIS. La présidente de l’association soutient que le grand public et le corps médical doivent être informés et sensibilisés sur le sujet. Dans un communiqué, publié, ce mardi, par l’association, celle-ci souligne que “le risque d’infarctus continue encore trop souvent à être associé dans les campagnes de sensibilisation, en particulier au Maghreb, à l’image d’un homme d’âge mûr”. Mais “il est possible que les femmes fassent un infarctus du myocarde. La mortalité due à ce dernier est d’ailleurs plus élevée chez les femmes que chez les hommes, elle est de 56% dans le monde”, fait remarquer le Dr. Moussayer. Et de regretter que “dès que les femmes ressentent des douleurs thoraciques, on met cela sur le compte d’une anxiété ou d’une somatisation plutôt que sur le cœur. On ne réfléchit pas à l’infarctus et on ne fait rien pour le traiter”.

En parler plus, prendre conscience du danger, garantir à la femme son droit à la santé en prenant “au sérieux ces maladies”, c’est à cela que souhaite aboutir l’association. Si le début des symptômes peu perceptibles, apparaissant et disparaissant met en doute l’existence d’un problème de santé, le dépistage s’impose auprès d’un médecin interniste. “Nous essayons au sein de notre équipe de bénévoles de mener des campagnes. Nous organisons une journée annuelle d’auto-immunité chaque mois de novembre, c’est la principale activité de notre association”, indique la présidente. Mais, celle-ci reconnaît que l’impact reste toutefois “faible” et espère que d’autres rallient sa cause