TECHNO - Nos emplois vont-ils disparaître? Derrière cette question, de plus en plus débattue ces dernières années, économistes et chercheurs s’interrogent sur l’essor de l’automatisation, des robots et de l’intelligence artificielle (IA).

Sauf qu’il ne faut pas oublier que pour faire marcher ces machines, il faut aussi des humains. Et pas uniquement des ingénieurs, mais aussi des petites mains, qui n’ont pas besoin d’être spécialistes en algorithme.

La preuve: une start-up finlandaise a commencé à travailler depuis le début de l’année avec des détenus de deux prisons du pays, rapporte The Verge.

Apprendre aux IA

Vainu est une société qui propose aux entreprises de savoir avec quel sous-traitant travailler partout dans le monde. Pour cela, elle utilise une intelligence artificielle pour gérer un grand nombre de bases de données.

Si les algorithmes sont capables de plus en plus de prouesses, ils doivent souvent être formés. Et pour “apprendre”, une IA a besoin d’énormément d’exemples. En l’occurrence, pour Vainu, il faut que des personnes bien humaines lisent des centaines de milliers d’articles de presse spécialisée parlant de ces entreprises et précisent quelle société est évoquée dans l’article.

Ce travail est effectué par des humains. Et pas uniquement chez Vainu. Amazon propose même une plateforme spéciale pour ces tâches: mechanical turk, où l’on est payé (presque rien) pour accomplir des tâches simples et répétitives. De nombreuses sociétés, dont beaucoup travaillent dans l’intelligence artificielle, font appel à ce service.

Débat éthique

Problème: la plupart des utilisateurs parlent uniquement anglais. Alors pour prémâcher le travail à son algorithme, Vainu a eu l’idée de créer un partenariat avec l’Agence des sanctions criminelles finlandaise, qui s’occupe des détenus du pays.

Après avoir envoyé 10 ordinateurs dans deux prisons, plusieurs personnes se sont mises à classer des articles économiques pour Vainu, qui rémunère l’agence en proportion (c’est elle qui décide ensuite la part qui va au détenu).

Mais est-ce une bonne chose? Question éthique difficile à trancher. D’abord, la question du travail des détenus fait elle-même débat. Certains arguant de l’aide à la réinsertion, d’autres dénonçant les conditions de travail et le peu d’intérêt des tâches. Et pour le coup, celles réalisées pour Vainu sont clairement dénuées d’intérêt.

La question de ces microtravails (mal) payés à la tâche fait elle aussi débat. Une récente étude a montré que les utilisateurs du mechanical turk d’Amazon sont payés 2 dollars de l’heure (médiane). Une question d’autant plus importante qu’avec le modèle de cette plateforme et d’autres services ”à la carte” comme Uber, certains se demandent si cela ne représente pas un avenir possible du travail.