Réunis à Montpellier pour leur grand-messe annuelle, les professionnels de l’éolien flottant espèrent convaincre le gouvernement de réviser à la hausse les objectifs affichés par la PPE, dont la version finale doit être dévoiléedans les prochaines semaines. Objectif : éviter les déboires subis par l’éolien en mer posé, sur lequel la France affiche un retard important.

C'est la sixième fois que le FOWT (floating offshore wind turbine) se tient à Montpellier (Hérault). Mais le timing de cette édition tombe à pic, trois semaines avant la présentation de la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie). Si l'événement attire 800 participants venus du monde entier, prouvant ainsi qu'il est devenu une référence dans le secteur, il offre cette année aux acteurs de la filière française une occasion idéale de se faire entendre des pouvoirs publics. Car ils ne se satisfont pas des objectifs affichés par la PPE telle qu'elle a été présentée à la fin du mois de novembre 2018.

Cette déception vaut d'ailleurs pour l'éolien en mer en général. Concernant l'éolien posé, les acteurs fondent de grands espoirs sur les résultats de l'appel d'offres de Dunkerque. Le lauréat devrait en être désigné l'été prochain, mais on sait d'ores et déjà que le prix moyen des 8 projets candidats reçus par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) est de 62 euros le mégawattheure (MWh), à comparer avec les 250 euros (renégociés à 150 euros l'été dernier) obtenus lors des appels d'offres des rounds 1 et 2 lancés en 2011 et 2012. De quoi, espère la profession, convaincre le gouvernement qu'il peut réviser ses ambitions à la hausse sans se ruiner.

3 GW pour passer de 240 à 60 euros/MWh

Sur l'éolien flottant aussi, les acteurs se disent déçus par les appels d'offres prévus par le projet de PPE. La France ne compte à ce jour que 4 fermes pilotes de 3 à 4 éoliennes chacune, développée par Eolfi (en Bretagne), Engie, Quadran Energies et EDF Renouvelables (en Méditerranée). Et le gouvernement ne prévoit qu'un appel d'offres de 250 MW (25 machines) en 2021, un deuxième de la même puissance en 2022, avant un volume de 250 à 500 MW en 2024. Autrement dit, une puissance installée d'à peine 1 GW. Surtout, « Une technologie émergente ne peut pas se permettre d'avoir une année blanche en 2023 », tempête Alain Delsupexhe, président d'Eolfi.

D'autant plus que les prix, qui taquinent aujourd'hui les 240 euros le MWh, sont fixés à 120 euros pour le premier appel d'offres et 110 euros pour le deuxième. « A terme, le prix cible est de 60 euros, mais cela implique des volumes d'au moins 3 gigawatts, souligne Alain Delsupexhe. Nous n'exigeons pas de les atteindre dans la PPE, mais au moins de doubler le volume des appels d'offres à 2 GW, soit un projet de 250 MW par an dans chacune des trois régions (Bretagne, Occitanie, Sud PACA). » L'idée consisterait à commencer par de petits projets avant de les agrandir à 500 MW sur les mêmes zones.

80% du coût d'une éolienne flottante fabriqués en France

L'Etat reste échaudé par ses mauvaises expériences sur l'éolien en mer posé. Alors que les premiers appels d'offres ont été lancés en 2011, aucune éolienne ne tourne encore au large des côtes françaises, et les prix accordés à l'époque sont devenus totalement décorrélés des prix aujourd'hui en vigueur, tandis que les technologies sont devenues obsolètes. Il y a quelques jours seulement General Electric - qui a repris les activités d'Alstom - s'est désengagé de deux projets remportés par EDF avec l'Haliade d'Alstom de 5 MW, pour dédier son usine de Saint-Nazaire à la fabrication de son nouveau modèle de 12 MW. Cette usine, comme celle de Siemens au Havre, pourront fournir les turbines des projets d'éoliens offshore et contribuer à la rationalisation des coûts. Côté flotteurs en revanche, une standardisation s'impose à terme, car pour l'heure pas moins de quatre technologies cohabitent.

« L'éolien flottant a une grande vertu, qui est de présenter un fort contenu français, insiste Alain Delsupexhe.

Plus de 80% du coût d'une éolienne flottante est fabriqué en France. » Un calcul qui tient notamment compte de l'ingéniérie, un atout à l'export, « qui nous a notamment permis d'investir aux côtés des Chinois ».

Or, avec la moitié du marché total des énergies marines renouvelables du monde, le potentiel de cette technologie s'annonce très important. Comme à l'époque des premiers rounds de l'éolien posé, les régions sont les plus fervents promoteurs de l'éolien flottant, comme elles l'ont rappelé avec force en ouverture du forum. Quel poids aura ce soutien auprès du gouvernement ? Réponse, aux dernières nouvelles, d'ici à "la fin de l'été", selon les mots du ministre de la transition écologique à propos de la publication définitive de la PPE.