Alors que les émissions mondiales de gaz à effet de serre battent chaque année des records, elles ont baissé en Allemagne et au Royaume-Uni en 2018, en raison de leur sortie progressive des énergies fossiles.

+1,8 % d'émissions de CO2 dans l’Union européenne, +2,7 % dans le monde. Les chiffres 2018 illustrent bien la dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles, et la difficulté qu’elles ont à respecter l’Accord de Paris. Certains pays, malgré tout, tâchent de montrer que l’emballement des températures peut encore être freiné. C’est notamment le cas de l’Allemagne, qui a, selon son Ministère de l'Environnement, réduit ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 4,2 % l’an dernier, après quatre années de stagnation, et du Royaume-Uni, qui a baissé les siennes de 3 %, selon une estimation publiée la semaine dernière par le ministère des Affaires, de l’Énergie et des Stratégies industrielles.

La France, en revanche, avait rejeté 3,2 % de GES supplémentaires en 2017 par rapport à l'année précédente (ce qui correspond à un écart de +6,7 % par rapport à ses objectifs de diminution des émissions de GES) - ses chiffres 2018 n'étant pas encore connus. La comparaison entre la France et l'Allemagne est toutefois à relativiser, cette dernière continuant d'émettre beaucoup plus de carbone que la France, notamment à cause du recours déclinant mais massif au charbon dans sa production d'électricité.

La longue route vers la décarbonisation

La recette pour y parvenir n’a rien de révolutionnaire : « Plus d’énergie du vent et du soleil et moins du charbon, du pétrole et du gaz », a précisé Svenja Schulze, la ministre sociale-démocrate de l’Environnement allemande. Tout en admettant que le pays a bénéficié d’une météo très clémente, ce qui a contribué à cette hausse de production des énergies renouvelables. Depuis 1990, l’Allemagne aurait en outre diminué ses émissions de 30,6 %... ce qui reste en-dessous de son objectif de 40 % d'ici 2020. Elle cherche désormais à les réduire de 55 % d’ici 2030, et à atteindre la neutralité carbone en 2050. La ministre a également annoncé l’abandon du charbon comme source d’énergie d’ici 2038.

Simulation de la NASA des émissions de GES dans l'atmosphère
Simulation de la NASA des émissions de GES dans l'atmosphère
Image : / Wikimedia Commons.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a quant à elle mandaté deux économistes pour élaborer des mesures « socialement acceptables » en vue de diminuer les émissions de GES. Elle s’est notamment montrée favorable à une taxe carbone nationale qui pourrait notamment cibler les transports et le bâtiment, exemptés par le système européen de certificats carbone. Les économistes en question proposent ainsi de mettre en place une taxe à 20 euros par tonne de CO2 dès 2020. Les ministères pourraient être rendus directement responsables du non-respect des objectifs de réduction des émissions de GES : le ministère des Transports, par exemple, serait amené à acheter des certificats carbone pour compenser les émissions de son secteur.

Le carbone tue

Quoi qu’il en soit, ces chiffres restent loin des objectifs fixés par l’Accord de Paris, et leur évolution, trop lente. Pour s’en tenir à une augmentation de la température globale de 1,5°C, le GIEC estime que les émissions mondiales devraient baisser de 45 % d’ici 2030, et devenir carboneutre en 2050. Ce qui implique des efforts encore plus conséquents pour les pays riches, notamment européens, s'étant historiquement développés grâce à l'émission de gaz à effet de serre. Le réchauffement risque selon le groupe d'experts de se chiffrer à 3°C, voire davantage, si les États poursuivent sur leur lancée actuelle.

Shanghai
Shanghai
Image : / Holger Link sur Unsplash

Certains chercheurs tâchent malgré tout de rester optimistes. Selon une étudede la Société Max-Planck pour le développement des sciences parue le 1er avril, « il est encore possible de limiter le réchauffement à 2°C », et une conversion globale rapide aux énergies renouvelables pourrait sauver plus de trois millions de vies chaque année dans le monde. La pollution liée aux combustibles fossiles serait en effet responsables, d’après leurs calculs, de 65 % des décès prématurés liés à des polluants aériens. Une enquête publiée par le Health Effects Institutele 3 avril estime quant à elle que la pollution de l’air devrait réduire l’espérance de vie des enfants qui naissent dans le monde aujourd’hui de 20 mois en moyenne – un chiffre qui grimpe à 30 mois en Asie du Sud.