Smombie : Un phénomène comportemental qui inquiète les pouvoirs publics du monde entier

Le Smombie, mot-valise formé à partir de smartphone et de zombie, désigne un piéton ayant les yeux rivés à son téléphone mobile au point de négliger son environnement immédiat et ne pas appréhender l’attention requise pour sa propre sécurité et celle des autres.

Le phénomène « Smombie » commence depuis quelques années à inquiéter de nombreux pouvoirs publics au niveau mondial. Les piétons qui marchent les yeux rivés sur leur smartphone pour se déplacer d’un point A à un point B sans jamais s’arrêter pour voir ce qui peut se passer dans leur environnement n’ont pas de patrie spécifique, hormi naturellement celle d’avoir accès à un smartphone. Le smartphone ne tue pas, ne blesse pas seulement les automobilistes distraits, voire ceux et celles qui ont la malchance de croiser leur route et leurs moments d’inattentions mortifères. Dans une proportion dont nos sociétés technologisées commencent à prendre la mesure, le smartphone tue et blesse de plus en plus de piétons en provoquant parfois des dégâts collatéraux ! Selon une étude menée par la société DEKRA, 17% des piétons ont un comportement à risque lorsqu’ils traversent la rue.

Ce comportement est à risque au même titre que les selfies improbables, dangereux, mortels. La pratique du selfie a pu faire ainsi l’objet de campagnes de prévention dans certains pays pour rappeler de simples règles de bon sens. Au regard des accidents mortels générés : en 2015, la police russe, produisait une brochure pédagogique… pointant les comportements à risques, Ndla : je n’ai pas connaissance de brochures pédagogiques pour la population des Smombies toutefois, des mesures diverses commencent à être prises ici et là.

Brochure de la police russe. Source : « Death by selfie? Russian police release brochure after spate of fatal accidents. »
Brochure de la police russe. Source : « Death by selfie? Russian police release brochure after spate of fatal accidents. »
Image : Payal Uttam, for CNN

Une chose est établie, les Smombies ne vont pas disparaître du jour au lendemain, et constituent une évolution comportementale préoccupante que les pays abordent de différente manière.

La technologie peut-elle éviter la déresponsabilisation ?

Les Smombies étant parmi nous – et peut-être en faites-vous partie -, de nombreux pays cherchent depuis plusieurs années des solutions technologiques et/ou des méthodes salvatrices.
– Au Royaume-Uni en octobre 2017 ( un pays qui dénombre plus de 7000 accidents sur des passages piétons par ans selon les chiffres du Laboratoire de recherche sur les transports (Transport Research Laboratory)) des habitants du quartier du Michigan, avait ainsi pu tester un passage piéton combinant des LED et du machine learning, en mesure de s’adapter à la présence des usagers de la route : cyclistes, piétons, voitures… Une solution pouvant potentiellement, à terme, se substituer aux feux de circulation. Comme le faisait alors remarquer Usman Haque, le partenaire fondateur du cabinet Umbrellium initiateur du projet « Nous avons conçu un passage pour piétons pour le 21e siècle, les passages que vous connaissez ont été conçus dans les années 1950, alors qu’il y avait un type de ville et d’interaction différent. ».

– En Norvège, pour allier sécurité routière et écologie, la route N° 155 traversant la commune de Hole (environ 5000 habitants) s’éclaire pleinement lorsqu’une voiture s’y engage grâce un dispositif LED couplé à un radar.
– En Espagne depuis 2018, les passages piétons de la ville de Fuengirola s’éclairent quand les piétons traversent.

Les Smombies étant parmi nous, en 2019 les initiatives technologiques semblent se multiplier et s’accélérer.

Si ces démarches sont intuitivement positives, si les plus efficientes se généralisent à terme, il faudra valider qu’elles n’aient pas un effet contre-intuitif, augmentant la déresponsabilisation de nos Smombies, et que les choix qui seront retenus à terme dans les pays conscients du problème amélioreront significativement la sécurité de toutes et tous.

Sanctionner : une fausse bonne idée ?

Concomitamment à ces avancées technologiques, et en attendant les passages piétons de demain, les Smombies sont à l’origine de ce que certains considèrent désormais comme des infractions. À Sassari, en Sardaigne, comme le souligne Les Echos, la municipalité se basant sur les statistiques ( 1000 accidents de la route annuels avec un taux d’implication des piétons de 21 %), il vous en coûtera désormais 22 euros d’amende si vous être pris les yeux sur votre smartphone en traversant la rue. Ce qui fait cher le SMS ou la publication urgente sur son compte Instagram. Aux États-Unis, à Honolulu, traverser la rue en regardant son smartphone peut depuis 2017 vous coûter 30 euros.

Approche technologique, sanction, approche technologique et sanction… Le problème est posé, les débats peuvent commencer !

Cette problématique comportementale est mondiale, elle est identifiée comme accidentogène. Ce que l’on peut constater à ce jour c’est que de nombreuses expériences sont menées, avec une appétence pour les marquages aux sols prenant en compte les comportements… toutefois et à ce jour, quel que soit le pays, le piéton, qu’il soit Smombies, ou qu’il ne le soit pas, ne dispose pas d’une réponse uniformisée. Comme j’ai pu l’évoquer, quand le problème est pris en considération, on observe alors selon les pays, les régions, les villes des approches très différentes.

Naturellement la pédagogie est indispensable. Attirer l’attention de nous tous et toutes sur notre propre mise en danger et celle d’autrui dans l’usage que nous faisons de nos smartphones n’est pas inutile. Pour autant si la technologie, au travers des quelques exemples que j ai pu évoquer, peut prendre en compte un phénomène de société mondialisé, si les technologies testées montrent à terme des résultats significatifs, il m’apparaîtrait judicieux que les piétons disposent des mêmes outils au service de leur sécurité et de celles des autres, quelque soit leur lieu d’habitation : pour caricaturer qu’un passage piéton d’une grande ville ne soit ni plus ni moins sécurisé qu’un passage piéton dans toute autre ville et village du pays concerné.

Les technologies efficientes engendreraient pour être développées sur l’ensemble d’un territoire des investissement importants ! La sécurité à un prix ! À titre d’exemple, pour ce qui concerne le système conçu par l’Institut coréen du génie civil et de la technologie du bâtiment, le prix d’équipement d’un passage piéton serait de 15 millions de won, soit 13 250 dollars par unité, selon Reuters.

Road Safety Week – Don’t be a Smombie – Stafford Street, Wolverhampton
Road Safety Week – Don’t be a Smombie – Stafford Street, Wolverhampton

Quant à la sanction, c’est une autre approche, qui peut s’avérer dissuasive et complémentaire. Je n’apprendrais à personne qu’en France téléphoner au volant est sanctionnable : « Le téléphone au volant est interdit d’après l’article R412-6-1 du Code de la route. L’utilisation du portable tenu en main en voiture ou à 2 roues, qu’il s’agisse d’un appel à l’oreille ou de l’envoi d’un SMS, est une infraction sanctionnée d’un PV avec une amende de 135€ et un retrait de 3 points sur le permis. Depuis le 1er juillet 2015, les oreillettes, écouteurs et casques sont aussi interdits. » La verbalisation du Smombie contrevenant, servirait-elle vraiment la cause de la sécurité ? Je n’ai pas de réponse, mais puisqu’il faut sauver les Smombies et leurs victimes, dans la période de technofascination que nous traversons, en attendant un retour à plus de raison dans nos usages, tant qu’à cohabiter, et tous survivre… il nous faut trouver des solutions adaptées et qu’elles soient généralisées (Ndla. en cela, pour prévenir un argument fallacieux, quand j’évoque une généralisation autour des passages piétons, aucune analogie possible avec le débat sur les 80 km/h, ou la généralisation ne tient nullement compte d’un réseau secondaire dans un état parfaitement disparate, pour ne pas dire parfois déplorable et/ou combler des nids de poules sauveraient certainement la vie de nombreux motards.).

Pour ce qui sera des solutions retenues en France ou ailleurs, que ces dernières soient strictement technologiques (nombre d’innovations semblent très prometteuses), légales (parce qu’il fut une époque ou mettre sa ceinture de sécurité apparaissait pour certains aberrant), ou un mix des deux, je n’ai certainement pas la réponse. Ce dont je suis certain a contrario c’est que nous ne pouvons que difficilement ignorer les faits… que nous disposons de leviers d’actions et que le débat peut être lancé…

“Un danger cesse d’être épouvantable, si l’on en connaît les causes.”

Konrad Lorenz