Parce que l’objectif de 100% plastique recyclé d’ici 2025 semble irréaliste et irréalisable. Parce que l’engagement des politiques et la sensibilisation des citoyens sont encore trop faibles. Parce que les contraintes auprès des entreprises sont insuffisantes ou injustes, à l’image de l’écotaxe sur les emballages compostables. Parce que la volonté de réduire la quantité d’emballages à la source doit être réelle. Et parce que certains matériaux, comme les plastiques, ne peuvent entrer dans une boucle "infinie" et qu’ils finiront incinérés ou en décharge, le recyclage n’est pas la réponse à tout, explique Daphna Nissenbaum, co-fondatrice et directrice générale de TIPA.

Chaque initiative concernant le recyclage est indispensable pour limiter au maximum notre impact et la quantité de déchets que nous produisons. En se concentrant essentiellement sur le recyclage, le gouvernement réduit l’émergence d’approches innovantes et complémentaires. A l’exception de matériaux comme l’aluminium, l’acier ou le verre, le recyclage des emballages ne s’inscrit pas entièrement dans une logique d’économie circulaire car beaucoup ne sont pas recyclables. C’est le cas des emballages souples en plastique, qui posent le plus de problèmes environnementaux. Or le recyclage organique des emballages compostables, comme défini par le Parlement européen*, peut répondre à cette problématique.

Le sujet de la diminution du plastique n'avance ni assez vite, ni assez loin

La loi sur l’économie circulaire reste à venir et crée de grandes attentes, laissant à penser qu’il restera beaucoup à faire pour optimiser le pourcentage de déchets recyclés et développer les filières de solutions parallèles. Les récents signaux du législateur paraissent eux aussi timides, les interdictions des objets en plastique à usage unique ayant été récemment limitées voire pour certaines repoussées par les sénateurs. Un amendement visant à allonger leur liste n’a par exemple pas été retenu dans le cadre d’une nouvelle lecture de la loi Pacte devant l’Assemblée nationale.

Côté entreprises, les freins « prix » et « faisabilité » pour trouver des solutions alternatives se heurtent aux exigences croissantes des consommateurs. L’inaction impacte l’image des marques. Certaines deviennent donc vocales à propos de leur engagement, comme avec le très médiatisé Pacte national sur les emballages plastiques, signé le 21 février par de grands groupes, la secrétaire d'État, Brune Poirson, WWF et la Fondation Tara. Les 13 entreprises concernées, à l’origine d’au moins la moitié du volume d'emballages plastiques utilisés en France, s'engagent à atteindre 60% d'emballages en plastiques recyclés en 2022, contre 26% actuellement. Pour autant, ce pacte, reposant sur une approche volontariste des quantités d’emballages plastiques jetables utilisés, ne résout pas tous les problèmes, entre autres parce que la question de la contrainte ne se pose pas.

Oui, imaginer des solutions complémentaires au recyclage complexifie le sujet. Mais le recyclage comme seule solution ne sera pas suffisant. Au même titre que celle du recyclage en son temps, mettre en place la filière du compostage, par exemple, coûtera cher. Mais attendre ne fait que repousser l’inévitable et coûtera à terme encore plus cher. L’emballage compostable est une solution pertinente, avec une valorisation agronomique ou énergétique. Et les applications existent.

L’emballage compostable est une alternative viable

Ce qui manque, c’est un travail de fond sur la normalisation et la reconnaissance de ces solutions par tous les acteurs de la chaîne. Des labels sont là, aussi bien pour le compost domestique qu’industriel, mais la réglementation a besoin d’être éclaircie pour rassurer les acteurs - des marques qui adoptent les solutions jusqu’aux centres de retraitement. Aujourd’hui, un emballage compostable jeté dans les déchets ménagers est identifié comme un emballage plastique classique, « indésirable » dans le process de décomposition des déchets organiques. Et s’il est jeté dans la poubelle jaune de tri sélectif, ce qui n’est pas son objet, il est aussi jugé comme perturbateur du recyclage des emballages plastiques.

La solution passera peut-être par des acteurs intermédiaires, comme l’entreprise Les Alchimistes qui se charge de la collecte et du compost en circuit court. Elle viendra aussi de la demande croissante des citoyens pour un traitement des déchets plus en phase avec leurs aspirations. Le chemin est encore long, pour autant le sujet de la légitimité de l’emballage compostable devient un sujet sur lequel il est urgent de s’accorder pour permettre d’identifier les solutions légitimes afin que demain la combinaison « recyclage et compostage » permette la prise en charge de la quasi-totalité des déchets.

Par Daphna Nissenbaum, co-fondatrice et directrice générale de TIPA