Dans notre société où tout s’accélère, l’hyper-sollicitation semble devenir la norme durant les heures de travail et même en dehors. En réponse à ce contexte, la méditation séduit de plus en plus comme un moyen de prendre du recul, pour décrocher, de se ressourcer ou reprendre conscience de ce qui nous entoure et ce qui nous traverse. Le monde du travail est lui aussi gagné par cette nouvelle mode : la pratique de la méditation s’enseigne dans certains comités de direction et un nombre grandissant de salariés y a recours régulièrement, les récentes études scientifiques sur le sujet permettant de séduire les plus dubitatifs. Quelles sont les réels bénéfices de la pratique de la méditation sur nos capacités cognitives ? Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque nous méditons ? Quels écueils faut-il éviter lors de sa mise en place au travail ?

Le besoin de réduire le stress

Nous sommes régulièrement soumis à des situations hyper-sollicitantes ou stressantes, en particulier dans un contexte de travail. Cela peut être des tâches difficiles demandant beaucoup de ressources cognitives, des prises de décision importantes engageant notre responsabilité, ou encore des conflits émotionnels. Ces situations demandent des efforts intenses et peuvent s’accompagner d’affects négatifs. Mais une fois ces situations terminées, notre organisme peut revenir à un état psychologique et physiologique plus apaisé et ainsi éviter des impacts négatifs à plus long terme sur la santé et la qualité de vie. Cette récupération nécessite que l’on puisse se soustraire aux facteurs de stress présents dans ces situations, or cela n’est pas toujours possible.

La pratique de la méditation pourrait permettre de lutter efficacement contre le stress, notamment en permettant de déplacer notre attention de ces facteurs, mais aussi en induisant des changements profonds et pérennes dans le cerveau et le corps.

L’étude des effets de la méditation

On distingue deux grands types de méditation : les méditations dans lesquelles nous cherchons à maintenir notre attention sur un objet précis (un son, sa propre respiration, une image mentale, un “mantra” etc..) et les méditations de pleine conscience, où l’on accueille l’ensemble des stimuli sensoriels, pensées et émotions qui nous traversent à chaque instant. Depuis plusieurs décennies, des centaines d’études scientifiques se sont penchées sur les effets de la méditation, mais la très grande diversité des pratiques méditatives rend cette investigation difficile [1]. Récemment, la méthode MBSR (Mindfulness-based stress reduction), c’est à dire la méthode de réduction du stress reposant sur la méditation pleine conscience, offre un outil standardisé facilitant la dissémination de cette pratique dans le milieu médical et la comparaison entre études scientifiques.

Les méta-analyses montrent ainsi un effet bénéfique de la méditation MBSR sur la santé mentale et physique : 8 semaines de pratique régulière améliorent notamment la qualité de vie, le sommeil, diminuent l’anxiété, les douleurs et la dépression, chez les personnes saines stressées ou présentant des pathologies variées [2].

Plus généralement, la méditation pleine conscience a montré de manière répétée son efficacité dans la réduction du stress, réduction à la fois subjective et objective puisque les indices physiologiques de stress sont modifiés, tels la réponse hormonale en cortisol [4].
Enfin, la méditation pleine conscience favoriserait la régulation émotionnelle en nous permettant de nous entrainer à mettre des mots ou des images sur nos ressentis, ou encore à être activement à l'écoute de nos propres états émotionnels [5]. Or les émotions ne restent pas à la porte de l'entreprise, et les intégrer c'est favoriser une collaboration apaisée et efficace.

Quant à la méditation sur un objet précis, elle semble améliorer la constante de temps du focus attentionnel, c’est à dire que les personnes entrainées à la méditation sont capables de rester concentrées plus longtemps sur le même objet, une compétence transférable à d’autres domaines et qui peut s’avérer utile pour la concentration en contexte de travail [6].

La méditation du point de vue du cerveau

L’étude de l'activité cérébrale semblent montrer que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la méditation n’induit pas un simple état de relaxation mais un état actif favorisant la restructuration cognitive et l’apprentissage [3]. En effet, les différents types de pratiques méditatives induisent dès la première séance une augmentation des ondes alpha dans le cortex préfrontal, également vue durant l'éveil calme ou lors de certaines tâches attentionnelles. Avec l’expérience, les personnes pratiquant la méditation montrent également une augmentation du rythme theta, normalement présent durant le stade léger de sommeil et la relaxation; mais aussi du rythme gamma, classiquement associé à une vigilance accrue et favorisant la plasticité cérébrale. Ces experts en méditation ont également un cortex plus épais en moyenne, suggérant une modification des structures cérébrales liée à la pratique.

La méditation semble donc induire un état particulier dans le cerveau, avec une combinaison presque paradoxale des états de relaxation et de concentration [3].

La méditation, une solution parfaite ?

La méditation ne semble avoir, aussi loin que le permettent les études à l'heure actuelle, aucune contre-indication majeure. Cependant une récente étude s’est penchée explicitement sur la question des effets délétères de la méditation, et montre que des expériences désagréables sont en effet possibles bien que rares : épisode de psychose, anxiété, panique, remémoration d'événement traumatiques, etc. Ces expériences sont liées notamment à un état psychologique dans lequel les pensées négatives sont déjà fréquentes, la méditation n’est alors pas adaptée : il faut d’abord agir sur la source du mal-être pour une vraie efficacité, et cela nécessite parfois une prise en charge médicale ou psychologique [7].

Si la méditation semble être un remède efficace, il ne faut pas oublier de s’attacher à comprendre les causes qui créent l’excès de stress et de pression au quotidien, et mettre en place des actions concrètes pour les réduire. Le risque étant, bien sûr, que la méditation ne soit qu’un pansement de plus sur le mal-être au travail.

Ainsi la mise en place de séances de méditations pour les salariés est une méthode réellement efficace de réduction du stress, d’amélioration du bien-être, de la santé et des performances. Cependant une approche à l'échelle organisationnelle pour améliorer les modes de travail et agir sur les facteurs de risques à la racine est indispensable !

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