Le National Climate Assessment publié en fin d’année dernière nous indique que le risque d’un changement climatique catastrophique est si important qu’il allait falloir développer de nouvelles technologies comme le captage du carbone, afin de retirer le CO2 de l’atmosphère. Où en sommes-nous ? Cet objectif est-il vraiment réalisable ?

Les travaux de recherche se suivent et se ressemblent dans leurs conclusions : le changement climatique est principalement d’origine humaine, et les températures mondiales moyennes sont au plus haut de toute l’histoire de l’humanité. Les émissions de gaz à effet de serre retiennent la chaleur, perturbant à terme tous les aspects de la vie humaine : de la production d’électricité aux ressources en eau, en passant par le développement d’infrastructures.

« Les émissions sont si anciennes et ont atteint un tel niveau que pour éviter une hausse des températures de 2 °C, nous devons pouvoir capturer le carbone, et ce à l’échelle planétaire », explique Sam Feinburg, directeur des opérations et directeur général chez Helena, un groupe d’experts travaillant à la résolution des enjeux climatiques au travers de réflexions financières et politiques notamment.

« Nous nous demandions si cette technologie était envisageable », continue Sam Feinburg lors d’une interview. « Nous savons maintenant qu’elle sera très bientôt réalisable, mais la vraie question est plutôt “Y parviendrons-nous à temps ?”. Le monde entier doit prendre en compte cette solution. Si elle est encore au stade embryonnaire pour l’instant, elle finira par se développer. Nous ferons tout pour y parvenir à temps ».

Le National Climate Assessment 2018, dirigé par 13 agences américaines, estime que pour limiter les hausses de température à 2 °C et 3,6 °F d’ici 2050, les politiques publiques se doivent de faciliter le développement de carburants faibles voire nuls en émissions de carbone. Si vous pensez que cette transition serait trop onéreuse, détrompez-vous : le prix de la passivité est estimé par les auteurs du rapport à 500 milliards de dollars chaque année.

Le projet Helena travaille notamment en collaboration avec la start-up suisse Climeworks, dont l’objectif est de retirer de l’atmosphère 1 % des émissions mondiales de CO2 d’ici 2025, ou 10 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2050. Aujourd’hui, le dioxyde de carbone capturé par l’entreprise permet d’approvisionner une exploitation agricole. Mais pour que les effets du projet soient concrets, il faudrait emprisonner le CO2 sous terre. C’est presque mission impossible pour l’instant étant donné le coût pour retirer une seule tonne de CO2 de l’atmosphère : 600 dollars. Selon Climeworks, ce montant va passer à 100 dollars la tonne d’ici quelques années.

Effet catalyseur

Henry Elkus, directeur général du projet Helena, a déclaré en interview : « Cette technologie a besoin d’un effet catalyseur : il faut que la population puisse compter dessus. Il faudra investir dans de la recherche et développement afin de pouvoir diminuer le coût d’une tonne de carbone, alors seulement le projet deviendra envisageable. Grâce à Helena, ce délai peut être diminué. Les panneaux photovoltaïques ont d’ailleurs connu la même situation : tout le monde pensait qu’ils n’étaient pas viables, pourtant aujourd’hui ils le sont. Le captage du carbone mérite également d’être adopté ».

Helena collabore avec Climeworks depuis deux ans, en fournissant des experts qui proposent du conseil stratégique et scientifique sans contrepartie financière. L’entreprise est en fait présente sur la liste des 20 meilleurs entreprises de captage du carbone, aux côtés de ExxonMobil, Occidental Petroleum, General Electric, Mitsubishi Heavy Industries, Schlumberger, Royal Dutch Shell et NRG Energy. Deux concurrents de Climeworks, qui tentent également de retirer du CO2 de l’atmosphère, sont présents dans le classement : Global Thermostat et Carbon Engineering.

En clair, Helena se concentre sur des solutions concrètes pour le climat, notamment grâce à une utilisation accrue des énergies renouvelables. Pour ce faire, la fondation Bloomberg Philanthropies vient de lancer une campagne intitulée « Au-delà du carbone » (Beyond Carbon), financée par un investissement de 500 millions de dollars. Le projet travaillera en étroite collaboration avec les États et les associations locales afin de parvenir à une énergie 100 % propre, notamment en développant les transports moins polluants, en nettoyant les bâtiments et en encourageant l’industrie faible en émissions.

Cette fondation tente également de faire fermer les centrales à charbon aux États-Unis. 289 des 530 centrales ont déjà été mises à l’arrêt depuis 2011, et Bloomberg Philanthropies cherche à faire fermer les autres d’ici 2030. Mais le remplacement du carbone par du gaz naturel ne contribuera guère à la réduction de la menace du carbone à long terme, autrement dit cette source d’énergie devra être remplacée par des alternatives plus propres.

Le gaz naturel est pourtant utilisé pour compléter les éoliennes et les panneaux solaires lorsque la météo n’est pas suffisante pour les faire fonctionner. Il a également permis d’accélérer la croissance de ces carburants en évitant les pannes. Le captage du carbone est donc une technologie qui ne doit pas être délaissée : les États-Unis vont continuer à utiliser le gaz naturel, tandis que le reste du monde sera toujours dépendant du charbon.

Sam Feinburg, le directeur général de Helena, a déclaré : « Notre objectif est de mettre fin au réchauffement climatique. Nous voulons faire du captage du carbone un procédé industriel et commercialisé. Nous espérons ainsi pouvoir accélérer la courbe de croissance et faire adopter cette technologie ».

Le captage du carbone est un outil onéreux et sa concrétisation nécessitera de nouvelles ressources. Même si nombreux sont ceux qui diront que cet argent devrait être investi dans des carburants plus propres, en réalité le monde dépendra encore des combustibles fossiles. Le développement de cette technologie est désormais incontournable si nous voulons relever les défis posés par le changement climatique.