Le soutien de la Banque mondiale à la gestion des risques de catastrophe a connu une intensification rapide, avec des investissements annuels dans ce secteur qui ont grimpé de plus de 40 % ces six dernières années. Certes, nous nous attachons de plus en plus à renforcer la résilience aux catastrophes naturelles sur le terrain, mais nos efforts profitent-ils à tous ?

Lorsque nous concevons un projet de gestion du risque de catastrophe, est-ce que nous tentons d’améliorer la résilience aux changements climatiques et aux aléas naturels en pensant à tous ? Est-ce que nous tenons compte des besoins spécifiques des deux sexes, des personnes âgées, des handicapés, des enfants et des autres populations vulnérables ou marginalisées ? Ces questions sont essentielles.

Des conséquences plus ou moins graves selon les individus

*Les personnes handicapées : lors ou à la suite d’une catastrophe, les personnes handicapées sont confrontées à des obstacles spécifiques par rapport au reste de la population et qui diffèrent selon la déficience dont elles sont atteintes. Les personnes en situation de handicap visuel ou moteur auront par exemple des difficultés à évacuer les lieux après la survenue d’une catastrophe. Lors du séisme et du tsunami qui ont ravagé le nord du Japon en 2011, le taux de mortalité des personnes handicapées a atteint un niveau deux fois supérieur à celui de la population totale(a).

*Les groupes marginalisés : en Asie du Sud, les membres de la caste inférieure des Dalits ont été historiquement victimes de discriminations dans les situations de catastrophe, en se voyant privés de l’accès (a) à l’eau potable, aux abris, aux services de santé et à l’éducation. Il est en outre difficile pour les populations souffrant d’une marginalisation culturelle de faire valoir leurs droits en matière d’indemnisation ou d’aide post-catastrophe parce qu’elles ne détiennent pas de titres de propriété officiels.

*Les femmes :les données sur les pertes humaines dues aux catastrophes montrent que celles-ci font généralement plus de victimes parmi la population féminine, en raison souvent de normes culturelles et de schémas comportementaux qui ont une incidence sur la mobilité des femmes et sur le rôle qui leur est assigné (comme la tâche de s’occuper des enfants et des personnes malades ou âgées au sein de leur foyer). Au Bangladesh, les inondations provoquées par le cyclone Gorky en 1991 se sont soldées par une mortalité féminine 14 fois supérieure à celle observée chez les hommes. De nombreuses études mondiales font en outre état d’une hausse des violences sexuelles et sexistes à la suite de la survenue d’une catastrophe.

En outre, les personnes sont souvent au carrefour de plusieurs identités et souffrent dès lors de multiples sources de discriminations qui s’additionnent (comme, par exemple, dans le cas d’une femme Dalit âgée et handicapée). En cas de catastrophe, elles seront plus vulnérables et auront plus de mal à accéder aux secours et autres aides.

Comment répondre aux besoins spécifiques des personnes socialement exclues ?

Cette expérience est menée par la Région Asie du Sud de la Banque mondiale, avec le concours de la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophes et le relèvement (GFDRR) (a). Elle a pour objectif d'élaborer une palette de recommandations applicables à des projets similaires dans d’autres pays. Il s’agit essentiellement de trouver des angles d'attaque pour une meilleure intégration des enjeux d’inclusion sociale dans les activités de gestion du risque de catastrophe les plus courantes en Asie du Sud (telles que celles portant sur la résilience des infrastructures, par exemple).

Pour y parvenir, notre équipe a d’abord analysé la composition des projets dans la région, afin d’identifier et de catégoriser les différents types d'activités. Cette analyse nous a permis de faire ressortir les activités de gestion du risque de catastrophe les plus demandées. À savoir notamment la résistance des structures du bâti, l’évaluation et l’information des risques, et le renforcement des capacités institutionnelles, avec en outre une demande de plus en plus grande en ce qui concerne les activités d’hydrométéorologie.

Nous avons ensuite procédé de la même façon pour identifier et catégoriser les activités qui favorisent déjà l'inclusion sociale dans les projets en cours. C'est le cas, par exemple, d’un projet entrepris au Bangladesh qui a amélioré l'accès à l’eau potable et à l'assainissement de manière à prioriser, à la suite d'une crise, l’accès à ces services et les activités de soutien pour les femmes, les enfants et les personnes handicapées. Un autre projet mis en œuvre au Népal dans le cadre du processus de reconstruction post-séisme s’est attaché à promouvoir la participation des femmes à des formations de sensibilisation aux risques pour les propriétaires fonciers, reconnaissant ainsi leur rôle actif dans le changement.

Voilà donc deux exemples remarquables, dont d’autres projets pourraient s’inspirer. À l’issue de l’analyse des projets existants, nous nous sommes lancés dans l’établissement de plans d’action destinés à mettre en évidence des activités d’inclusion plus proactives et innovantes.
Ces plans d’action exposent des angles d’attaque pour favoriser l’inclusion sociale dans les principales activités de gestion du risque de catastrophe. Ces « points d’entrée » peuvent être adaptés à la situation d’autres pays ou régions et ils permettront aux professionnels du secteur d’appliquer, dans leurs projets, des approches de renforcement de la résilience plus inclusives.

À l’occasion de la quatrième Conférence mondiale sur la reconstruction (a) qui se tiendra à Genève le 13 mai, nous présenterons nos plans d’action pour cinq pays pilotes lors d’une session intitulée « South Asia – Where Resilience and Inclusion Meet ». Dans le sillage de nos discussions avec les participants à la conférence et les experts internationaux, la Région Asie du Sud de la Banque mondiale apportera son soutien aux gouvernements afin qu’ils continuent d’affiner les priorités et les modalités de mise en œuvre des plans d’action, en consultation avec les parties concernées, avec le souci de faire en sorte que les investissements dans la gestion du risque de catastrophe en Asie du Sud parviennent aussi à renforcer la résilience sociale.