Nous assistons aujourd’hui à une explosion démographique internationale sans précédent qui se combine à une urbanisation fulgurante. Un constat qui pose la question suivante : comment accueillir 3 milliards d’urbains supplémentaires d’ici à 2050 ? Ce défi est particulièrement complexe pour les villes côtières qui concentrent près de la moitié de la population mondiale et font face à l’élévation du niveau des mers.

C’est le sujet dont se sont emparées les Nations Unies lors d’une table-ronde organisée le 03 avril dernier en présence de sa Secrétaire générale adjointe Amina Mohammed et du prix Nobel Joseph Stiglitz. Nous étions une vingtaine de participants d’horizons divers à contribuer à cette conférence dont le format était résolument ouvert et trans disciplinaire. Au cœur des discussions, l’opportunité d’envisager des approches de rupture comme des villes flottantes et durables.

Pourquoi des villes flottantes ?

Aujourd’hui déjà les littoraux concentrent une majorité de la population mondiale et 15 des 22 mégalopoles mondiales sont situées en front de mer. La part maritime du tissu urbain à l’échelle de la planète ne cesse de croître.

C’est à ces métropoles que reviendra le défi mondial d’accueillir près de cent millions d’hommes et de femmes tous les ans (l’équivalent de la population européenne tous les cinq ans).

Une situation problématique sur plusieurs points

Tout d’abord la combinaison d’une urbanisation effrénée et de la poussée démographique crée à l’échelle de la planète une pression sans précédent sur les ressources : eau, énergie, matériaux et bien sûr de manière vitale alimentation.

L’enjeu est aussi climatique, les villes côtières étant de fait les plus menacées par le niveau d’élévation de la mer (revu à la hausse, +144% dans le pire scenario, il y a quelques semaines par l’Académie américaine des sciences).

Répondre à ces enjeux apparait insoluble avec les moyens classiques

La plateforme de villes flottantes présentée par Oceanix, le MIT et le cabinet d’architectes BIG (Bjarke Ingels Group) aborde de front ces thématiques et enjeux clés avec un concept original.

Le PDG d’Oceanix Marc Chen met en exergue une conception modulaire composée d’éléments accueillant près de 300 personnes chacun, pouvant se juxtaposer avec une approche très ambitieuse sur la durabilité des matériaux et des ressources.

Ce projet de ville flottante est considéré par l’ONU comme un véritable laboratoire de la ville durable. La diversité des acteurs présents le 3 avril (MIT, Bjarke Ingels, Oceanix, Bouygues Construction, Sherwood, WeWork, Biorock, …) est le reflet d’une volonté d’aborder les innovations de manière transdisciplinaire.

La conception modulaire, les synergies au sein des bâtiments avec la gestion des ressources décentralisées (eau, déchets, économie circulaire…), la production d’énergies renouvelables combinée au développement infrastructures novatrices y sont abordées de manière systémique.

Cette approche transverse peut être à même, selon Amina Mohammed, de répondre à l’urgence des enjeux.

Des rêves à la réalité

« From Ideation to Execution » : en nommant ainsi sa table ronde, l’ONU montre sa volonté de partir de projections pour qu’en résultent des propositions concrètes.

Le prix Nobel d’Economie J. Stiglitz comme l’architecte Bjarke Ingels, ont mis en exergue cette nécessité de tester le type de concept novateur présenté par Oceanix dans ses dimensions constructive, d’usage et de modèle socio-économique puis de fonctionner de manière itérative pour le faire évoluer.

J’ai aussi souligné l’importance de prototyper rapidement ce nouveau type d’approche urbaine et de créer une continuité entre les mondes trop souvent parallèles des « rêveurs » et des « faiseurs ».

J’ai partagé mon intérêt pour une approche décentralisée de la ville (de sa conception à sa construction en passant par la gestion de ses ressources).

Cette vision réticulaire me semble en rupture profonde avec des systèmes urbains trop souvent centralisés et pyramidaux. Le projet ABC développé par Bouygues Construction avec la ville de Grenoble en est un exemple sur la terre ferme.

Ces nouvelles approches peuvent apporter une évolutivité et une résilience qui font souvent défaut aujourd’hui.

Je retiens deux points clés de cette première table-ronde :

L’accélération sans précédent des mutations démographiques, sociales, économiques et environnementales rend caduques les approches classiques.

Les solutions ne pourront être que disruptives en termes de vision de l’urbain, de la gestion des ressources et des approches de conception et de construction.

La complexité des défis rend impérative une approche interdisciplinaire.

Des écosystèmes larges et internationaux intégrants les acteurs publics et privés, la sphère académique, des angles de vue (sociologiques, techniques, démographiques,…) différents mais complémentaires, sont seuls à même de pouvoir faire émerger les solutions de demain sur les grands enjeux urbains.