Grâce au big data, avionneurs, motoristes et compagnies aériennes peuvent optimiser les activités. Mais cette nouvelle donne technologique est également un défi à relever pour rester compétitif.

Le chiffre fait beaucoup parler: Grâce au big data, Airbus assure avoir économisé des centaines de millions d'euros. Et il illustre la nouvelle ère dans laquelle sont entrés, comme d'autres pans d'activité, les secteurs de l'aéronautique et du transport aérien. L'analyse de gigantesques quantités de données est en effet en train de révolutionner la conception, la production puis l'exploitation des avions.

"Le numérique a présenté une accélération notable ces dernières années", a souligné le 14 juin dernier Marc Fontaine, le directeur de la transformation numérique d'Airbus, lors du Paris Air Forum organisé par La Tribune.

"Cela va nous permettre encore plus loin par rapport à ce nous avions fait jusqu'ici de manière traditionnelle dans le développement de nos avions", a poursuivi Marc Fontaine, qui espère réduire les temps de conception et accélérer les cadences de production.

"L'analyse de données ne permet pas seulement de gagner du temps, mais aussi d'améliorer la qualité et la sécurité", a ajouté Mike Fleming, vice-président en charge des services commerciaux de Boeing Global Services. Le groupe américain a lui aussi constaté une accélération.

"Nous étudions nos données depuis des décennies. Ce qui a changé, c'est le volume de données à notre disposition et les outils pour les analyser", assure le responsable de Boeing. Ce qui prenait des semaines à réaliser ne prend désormais plus que quelques heures, voire minutes.

Pour mener cette révolution, Airbus s'est associé avec Palantir, une entreprise américaine spécialiste du big data, connue pour ses liens historiques avec la CIA. Ensemble, ils ont bâti une interface centralisant différentes informations pour suivre l'avancée de la production, prioriser les tâches à remplir afin d'éviter les goulots d'étranglement, planifier le travail des employés... Ils ont aussi conçu la plate-forme Skywise, à laquelle participent des fournisseurs et plus de 70 compagnies aériennes. Elle permet de mieux partager l'information. Par exemple, lorsqu'un appareil est immobilisé pour un problème technique afin d'accélérer le retour en vol et de limiter les coûts.

De son côté, Boeing, qui a notamment noué un partenariat avec le français Dassault Systèmes, a placé des caméras dans ses usines pour analyser les flux de production. Ces images sont ensuite analysées par des algorithmes informatiques dans le but d'optimiser le process industriel. L'avionneur récupère également des données chez ses fournisseurs, lui permettant d'anticiper d'éventuelles ruptures de stock. Et donc d'éviter tout retard dans la production de ses appareils.

Moins d'erreurs de jeunesse avec les data

Le virage des données ne concerne pas que les avionneurs. En amont, il facilite aussi le travail des motoristes.

"La quantité de data que nous recevons nous aide dans le développement et la production, a noté Philippe Petitcolin, directeur général de Safran. Elle nous permet de travailler plus vite avec un minimum de défaut". Et de citer l'exemple de son dernier moteur, le Leap: "Sans data, les problèmes de jeunesses auraient été 10 ou 100 fois plus pénalisants car nous avons pu les régler plus rapidement en tapant au bon endroit", assure le patron du groupe français.

En bout de chaîne, les compagnies aériennes ont également recours au big data. C'est notamment le cas de Transavia France.

"En utilisant nos données de vols, nous pouvons économiser du carburant", a expliqué Nathalie Stubler, la directrice générale de Transavia France. La filiale low cost d'Air France analyse par exemple ses différentes pratiques de descente, de montée ou de roulage, afin de mesurer leur efficacité et de les affiner. "Nous avons encore des marges d'amélioration grâce à une plus forte utilisation", espère Nathalie Stubler.

Pour les avionneurs, les motoristes ou les compagnies aériennes, les données ne représentent pas qu'une opportunité d'optimiser et d'accélérer leurs activités. C'est également un défi qu'ils doivent relever pour rester compétitifs.

"L'aéronautique se déplace vers les données. Les entreprises qui n'avancent pas assez vite ne vont pas pouvoir tirer de cette nouvelle ère", a fait remarquer Naveen Poonian, président d'iBASEt, un fournisseur américain de solutions logicielles pour la production. L'une des clés réside dans la capacité à identifier les données qui peuvent créer de la valeur. "Vous ne pouvez pas seulement acheter des outils technologies et espérer un changement, poursuit Naveen Poonian. Vous devez embaucher les bonnes personnes et choisir les bons domaines d'application".