À époque différente, leaders différents. Alors que le monde affronte d'énormes changements dans le paysage social et politique, 70 jeunes leaders mondiaux du Forum Économique Mondial (les Young Global Leaders) se sont réunis à la Harvard Kennedy School pour suivre un cours de deux semaines sur le leadership mondial et les politiques publiques.

Ces jeunes leaders n’ont pas simplement développé leurs connaissances politiques, il leur a également été demandé d’envisager de manière critique et approfondie leur propre vision du leadership. Ils sont repartis avec de précieuses leçons sur ce que signifie être un « leader centré sur l’humain ».

1. Le pouvoir de la vulnérabilité

« Il y a quinze ans, très peu de dirigeants auraient osé être vulnérables, se montrer leurs faiblesses aussi bien que leurs forces », déclare Arvind Satyam, directeur général du secteur public au niveau mondial chez Cisco Systems.

« Dans les écoles de commerce, nous nous intéressions à des dirigeants tels que Jack Welch dans l’Amérique des affaires, pas vraiment le type de dirigeants avec le cœur sur la main, qui montre ses failles ou met en avant les relations humaines. Avaient-ils peur de perdre leur aura de dirigeant auprès de leurs employés s'ils montraient ce côté d'eux-mêmes ? »

Pour Satyam, qui aide les organisations du secteur public à utiliser l'IA et les big data pour lutter contre la crise des opioïdes, sécuriser les infrastructures critiques dans les villes intelligentes et promouvoir l'inclusion financière, accepter sa vulnérabilité est un atout.

« Les gens qui veulent travailler avec vous sont attirés par ce en quoi vous croyez, pas par ce que vous faites. En ces temps de quatrième révolution industrielle, vous ne devez pas être un leader parfait, mais un leader humain. Vous avez le droit de reconnaître vos erreurs et de dire : ‘Il se trouve que j'avais tort. Je vais corriger cela.’ Ce comportement commence avec le dirigeant et crée une institution forte et plus résiliente à long terme. »

2. Élargir son réseau

Au cours de ces deux semaines passées à Harvard, Satyam a travaillé avec un petit groupe diversifié d’autres jeunes leaders mondiaux sur des réflexions personnelles et professionnelles. Ce n’est pas de conférences qu'il a tiré la plupart des précieuses leçons sur le leadership, mais d’échanges honnêtes et sensibles avec ses pairs.

« Je me suis ouvert à des personnes que je ne rencontre jamais dans mon milieu professionnel : le directeur exécutif d'une ONG, une personnalité politique, un scientifique, le responsable d'un fonds souverain. J'ai commencé me dire que je ne pourrais pas avoir cette conversation profonde avec un public composé de mes propres cercles. »

Chaque dirigeant en herbe a besoin de son propre conseil d'administration, un groupe diversifié de personnes qui vous valident, mais contestent également vos hypothèses et réfléchissent à vos problèmes d’une autre manière.

Développer son propre conseil d'administration
Développer son propre conseil d'administration
Image : Farrington Partners

D’après Satyam : « Afin d’envisager des problèmes de manière plus large, il vous faut des personnes qui sortiront de vos propres cadres. Vous avez besoin que quelqu'un vous dise : ‘Est-ce qu’au moins vous posez la bonne question ?’ »

3. Faire de la place pour susciter la créativité

Juan Jose Pocaterra, cofondateur et PDG de Vikua, une plate-forme permettant aux villes d'automatiser et de gérer à distance des actifs urbains, a déclaré que l'aspect le plus précieux du cours était l'opportunité de s'ouvrir au processus de création.

« Le fait d’être chaque jour en connexion avec d’autres jeunes leaders mondiaux et de tirer des leçons des professeurs vous donne de nouvelles perspectives sur votre propre travail. Toutes ces informations suscitent la créativité. Vous apprenez tellement au contact de personnes différentes, ayant des points de vue divers. Votre cerveau ne s’arrête jamais. »

Trouver du temps pour se libérer de ses responsabilités quotidiennes peut sembler être un luxe, mais c’est un point essentiel pour continuer à se développer en tant que leader. « Prendre le temps d'être créatif - vous n'y êtes pas autorisé dans votre vie quotidienne. »

Pocaterra, qui vit au Venezuela, a partagé les défis qu’entraîne la direction d'une organisation en période de crise économique et politique.

Avoir l'espace nécessaire pour développer sa créativité l'a amené paradoxalement à une démarche assez méthodique. « Au Venezuela, vous ne pouvez pas faire de projets plus d'un jour à l'avance, demain pourrait être complètement différent d'aujourd'hui. C'est un fait. J'avais appris à être un décideur intuitif.

« Le temps que j’ai passé ici m’a fait revoir la façon dont je prends des décisions. Je sais maintenant comment appliquer un processus décisionnel procédural, même dans des environnements remplis d’éléments inconnus. »

4. L'importance d'un leadership centré sur les valeurs

James Chau, présentateur de télévision et ambassadeur de bonne volonté des Nations Unies, a souligné l'importance d'un leadership centré sur les valeurs. « Le leadership s'exprime de diverses façons et à plusieurs niveaux. Mais le module de Harvard m'a rappelé qu'il n’y a pas de leadership sans système de valeurs, agissant en tant que boussole morale. En tant que dirigeants, nous ne servons pas des « bureaux », mais des « personnes » et des « communautés » et les besoins qu'elles représentent. »

Le travail de Chau en tant qu'animateur de « The China Current with James Chau » est principalement axé sur les relations entre les États-Unis et la Chine. Chau nous rappelle « qu'il est parfois plus important d'écouter que de parler, et que la flexibilité des points de vue représente une opportunité cruciale pour construire un consensus et des coalitions. »

Chau perçoit un sens des responsabilités chez les dirigeants à l'ère de la mondialisation 4.0. « L’humanité trouvera le moyen de s’adapter aux nouvelles conditions sociales et politiques auxquelles nous sommes confrontés, nous vivons donc à une époque propice à la construction d’un avenir mondial fort, sûr et équitable. Il nous reste beaucoup à faire, mais nous sommes capables de relever ce défi. »