Les océans sont surexploités et les changements climatiques auront de profondes répercussions sur la production alimentaire. Pendant ce temps, près d'un milliard de personnes souffrent de malnutrition chronique dans le monde.

Parmi les solutions possibles, l'une fait tranquillement son chemin : manger des insectes.

L'Organisation des Nations Unies (ONU) prévoit qu'en 2050, si la tendance se maintient, la population mondiale atteindra les 9,8 milliards d'habitants. En conséquence, la demande mondiale de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux devrait augmenter de 70 %, ce qui exercera une pression supplémentaire sur des ressources agricoles déjà surexploitées.

La demande mondiale de viande en particulier continuera d'augmenter au fur et à mesure que les habitudes alimentaires dans les pays en développement changeront, en raison de l'urbanisation rapide et de la croissance économique.

Des alternatives aux protéines animales

Pour relever les défis alimentaires actuels et futurs, il faut repenser le secteur agro-alimentaire. Nous devons trouver de nouvelles façons de cultiver les aliments, s'attaquer aux inefficacités et élaborer de nouvelles approches en matière de méthodes de production.

Outre la croissance démographique, l'urbanisation et la montée de la classe moyenne dans les pays en développement font augmenter la demande mondiale d'aliments, en particulier de protéines animales. Il faut réduire l'apport des ingrédients traditionnels pour l'alimentation animale comme les céréales, les farines de poisson et les graines oléagineuses et leur trouver des substituts afin d'utiliser plus efficacement les ressources.

Une partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et néfastes pour l'environnement.
Une partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et néfastes pour l'environnement.
Image : Shutterstock

Les milliards d'animaux élevés chaque année pour l'alimentation exercent une pression croissante sur les ressources en terre et en eau et contribuent aux changements climatiques et à d'autres impacts négatifs sur l'environnement.

L'élevage du bétail pour la production de viande exerce une pression considérable sur l'utilisation mondiale des terres et de l'eau. À l'heure actuelle, une grande partie des protéines produites pour l'alimentation du bétail provient de sources parfois non durables et nuisibles à l'environnement.

Manger des insectes

Pour relever le défi considérable d'assurer la sécurité alimentaire pour l'avenir, il est impératif de trouver des sources alternatives et durables de protéines, tant pour la consommation humaine directe que pour l'alimentation animale. Les protéines dérivées d'insectes représentent une solution possible. Les insectes, en particulier les larves de mouches, possèdent de nombreuses qualités qui les rendent bien adaptés à l'alimentation animale.

Par exemple, les insectes sont déjà une source naturelle de nourriture pour les porcs et la volaille ainsi que pour de nombreuses espèces de poissons. De plus, les larves d'insectes ont généralement une teneur élevée en protéines et sont riches en d'autres nutriments bénéfiques comme les graisses, les minéraux et les vitamines.

Les sushis servis avec des sauterelles frites sont populaires en Thaïlande.
Les sushis servis avec des sauterelles frites sont populaires en Thaïlande.
Image : Shutterstock

En tant que source de protéines pour la consommation humaine directe, les insectes offrent plusieurs avantages par rapport aux sources traditionnelles de viande. Ils ont un taux de conversion alimentaire significativement plus élevé que les autres animaux d'élevage, ce qui signifie qu'ils sont plus efficaces pour convertir en nutriments les ingrédients qui servent à les nourrir.

De plus, la production d'insectes est plus respectueuse de l'environnement que la production de bétail conventionnel. Par kilogramme de viande, les insectes libèrent dans l'atmosphère des quantités beaucoup plus faibles de gaz à effet de serre et d'ammoniac que le bétail ou le porc.

Des larves qui recyclent

Les larves d'insectes, en particulier, sont des consommatrices efficaces d'un large éventail de matières organiques. Elles ont la capacité de « surcycler » des résidus organiques de qualité relativement faible comme matière première pour en faire des protéines et des lipides de valeur.

Insectes frits dans une cuisine de rue à Bangkok, en Thaïlande.
Insectes frits dans une cuisine de rue à Bangkok, en Thaïlande.
Image : Shutterstock

Bien que la consommation directe d'insectes par l'humain ne soit pas très répandue dans les pays occidentaux, l'élevage d'insectes pour transformer les flux de déchets de matières organiques offre une occasion intéressante de produire des ingrédients alimentaires pour la production animale. En particulier, les larves de mouche soldat noirepossèdent un profil nutritionnel qui en fait un ingrédient potentiel pour remplacer les ingrédients alimentaires traditionnels qui devraient être destinés à la consommation humaine.

Des multinationales intéressées

La culture d'insectes élevés spécifiquement pour l'alimentation des animaux domestiques et des poissons a fait l'objet d'évaluations sporadiques depuis plusieurs décennies. Toutefois, l'adoption et la commercialisation à grande échelle de ces approches restent difficile. Les méthodes sont encore artisanales et ont été surtout été développées et déployées dans les pays émergents avec des moyens limités.

Toutefois, une convergence de facteurs a ravivé l'intérêt dans ce domaine, et notamment d'un certain nombre de multinationales du secteur agro-alimentaire. Une combinaison de nouveaux règlements municipaux limitant l'enfouissement des déchets organiques et la nécessité de trouver des ingrédients durables pour l'alimentation animale ont suscité un regain d'intérêt pour les insectes et leur capacité de transformer les déchets organiques en ressources alimentaires précieuses.