L'Europe est loin d'être un continent aride ; pourtant, les phénomènes de sécheresse sont devenus récurrents dans une grande partie de l'Europe et se renouvellent d'année en année, touchant la France, l'Espagne, l'Allemagne, les pays baltes, la Pologne.

Depuis un an, la situation ne s'arrange pas en France comme en Europe. Plusieurs régions de l'Est et du Centre souffrent d'un criant manque de pluie, selon les services de météorologie. Et les températures élevées de juin ont aggravé la situation, notamment dans un large quart nord-est et sur la côte méditerranéenne. Dans les Vosges (Est), de plus en plus de sapins meurent sur pied, tués par la chaleur et la sécheresse de 2018 à laquelle a succédé le déficit hydrique de ce début d'été. Le vert de la forêt se teinte désormais de la couleur rouille des épines séchées.

Des sapins souffrant de la sécheresse, le 12 juillet 2019 à Masevaux, dans l'est de la France.
Des sapins souffrant de la sécheresse, le 12 juillet 2019 à Masevaux, dans l'est de la France.
Image : © Frederick Florin, AFP, Archives

Des restrictions d'eau en France

Mardi, 61 départements sur les 96 de la France métropolitaine étaient placés en restriction d'eau, selon le site internet Propluvia, avec les interdictions en découlant : remplir les piscines, laver les véhicules en dehors des stations professionnelles, arroser, etc.

« Depuis septembre, le déficit pluviométrique reste de 20 % en moyenne sur la France », résumait récemment Météo-France. Mais des zones de la Côte d'Azur atteignaient un déficit de pluie de 70 %, voire 90 %. Les quelques orages tombés depuis début juillet sur le Sud-Est de la France ne suffisent pas à imbiber les sols. Sans atteindre de tels déficits, l'Espagne a reçu environ 25 % de pluie en moins que la moyenne enregistrée entre 1981 et 2010. Et cette année est la 3e plus sèche enregistrée au XXIe siècle, selon l'agence nationale de météorologie Aemet.

“70 à 90 % de déficit de pluie sur la Côte d'Azur

Les mois de mars et mai notamment ont été très secs et plusieurs régions de la péninsule ibérique sont en stress hydrique : l'Andalousie au sud-ouest, l'Extrémadure à l'ouest, ainsi que Madrid au centre. En outre, après un mois de juillet plus chaud que d'habitude, août et septembre s'annoncent au-dessus des normales saisonnières. Pour les agriculteurs, la situation est préoccupante, selon leur ministre Luis Planas, notamment dans l'élevage et les cultures d'été dépendant des nappes phréatiques.

En Allemagne, ce sont principalement les régions du nord qui sont touchées, là encore faute de précipitations suffisantes. Sur deux fleuves, l'Elbe et l'Oder (dans l'est), des restrictions sont en vigueur concernant le passage des bateaux en raison d'un niveau d'eau insuffisant. Même si l'approvisionnement en eau potable n'est pas problématique, les autorités ont appelé les habitants à la parcimonie.

Des vignes brûlées par le soleil, le 30 juin 2019 à Restinclières, près de Montpellier.
Des vignes brûlées par le soleil, le 30 juin 2019 à Restinclières, près de Montpellier.
Image : © Sylvain Thomas, AFP

En Pologne, les autorités estimaient, il y a peu, que l'aridité risquait d'affecter les cultures céréalières dans 14 des 16 régions productrices. À Prague, l'Académie des sciences soulignait que la sécheresse pourrait atteindre un niveau « exceptionnel ou extrême sur 80 % » du territoire tchèque.

Dans les pays baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie), également gravement frappés, la Lituanie a décrété début juillet une situation d'urgence. « Les agriculteurs estiment que leurs récoltes risquent d'être réduites de 40 % à 50 %. Les stocks de poissons sont également menacés », avait dit à l'AFP le ministre de l'Environnement Kestutis Mazeika, incriminant le changement climatique pour les épisodes de sécheresse et de vagues de chaleur des dernières années.

“L'Europe est en train d'épuiser ses principales ressources en eau

En Suède, l'année catastrophique pour l'agriculture fut 2018. En effet, à la même époque l'an dernier, les forêts y brûlaient et les éleveurs devaient abattre une partie de leur cheptel faute de pouvoir le nourrir. Cette année, en revanche, les rendements devraient dépasser de 75 % ceux de l'an dernier pour atteindre 6,3 millions de tonnes, selon les prévisions de Lantmännen, la plus grande coopérative agricole d'Europe du Nord.

Mais les aléas climatiques de la sorte ne sont plus une nouveauté. Déjà, en 2009, l'Agence européenne pour l'environnement relevait que « depuis 1980, les épisodes de sécheresse en Europe (avaient) augmenté en nombre et en intensité ». Soit un « coût estimé de 100 milliards d'euros au cours des trente dernières années ».

En 2003, un tiers du territoire de l'Union européenne -- plus de 100 millions de personnes -- avait subi une des plus grandes sécheresses ayant affecté le continent, rappelait-elle dans un document avertissant que l'Europe était en train d'épuiser ses principales ressources en eau

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