Des chercheurs de la Chester University ont développé une technique de combustion des plastiques non recyclables pour les transformer en hydrogène. Une centrale dans le Cheshire testera cette année le dispositif à des fins commerciales.

6,3 milliards de tonnes. C'est la quantité de déchets plastique produite par l'humanité depuis les années 1960, selon un rapport publié sur Science Advances. Parmi eux, seuls 9 % ont été recyclés, 12 % ont été incinéré et l'immense majorité, les 79 % restants, s’accumule dans des sites d'enfouissement ou se répand dans la nature. Pailles, barquettes en plastique, pots de yaourt ou emballages souples sont autant d'objets en matière plastique boudés des centres de tri. Trop fragiles et pauvres en matière première, ils sont difficiles à recycler. Résultat : ces objets se désagrègent très lentement, deviennent nanoscopiques et s'éparpillent dans la terre et les océans... Jusqu'à se retrouver dans les estomacs des êtres vivants qui les peuplent.

Des chercheurs de la Chester University ont donc eu l'idée de développer une technologie pour transformer les plastiques souillés ou non recyclables qui participent à la destruction des écosystèmes. En partenariat avec l’entreprise britannique Powerhouse Energy, spécialisée dans la valorisation énergétique des déchets, l’université a lancé le projet Waste2tricity (W2T). Dans un four en verre chauffé à 1 000°C, le plastique est converti instantanément en hydrogène de haute qualité et à faible teneur en carbone. Le carburant peut ensuite alimenter des moteurs ou éclairer des habitations. Mais le mystère plane sur ce qu'il advient des résidus solides ou liquides. De même pour le processus qui permet de transformer le gaz en électricité. Bien qu'aucune date officielle n'ait été communiquée, l'université de Chester a annoncé le 11 juillet que le procédé serait testé cette année pour la première fois, à des fins commerciales, dans une usine du Cheshire.

Une énergie propre ?

« L’électricité est un sous-produit de ce processus. Les déchets plastiques peuvent non seulement alimenter les voitures, mais aussi fournir de l'électricité dans les foyers. Cette technologie valorisera les déchets plastiques grâce à sa capacité à alimenter les villes du monde et, surtout, il contribuera à nettoyer nos océans », a déclaré dans un communiqué de son université le professeur Joe Howe, directeur exécutif du Thornton Energy Research Institute de la Chester University. En mars 2019, le WWF tirait la sonnette d’alarme dans son rapport « pollution plastique : à qui la faute ? ». Selon l'association, la quantité de plastique accumulée dans les océans devrait atteindre les 300 millions de tonnes en 2030.

Nettoyer les mers, produire une énergie propre et aider à combattre le réchauffement climatique. Sur le papier, le plan est séduisant. Mais des technologies similaires ont déjà suscité par le passé l'inquiétude des spécialistes de l'environnement, rappelle le média britannique The Guardian. Bien que l'hydrogène ne soit pas un gaz polluant, le processus de combustion dégagerait de puissants gaz à effet de serre, comme le méthane. Si sa durée de vie reste bien inférieure à celle du CO2, qui persiste une centaine d'années dans l'atmosphère, son pouvoir réchauffant est bien plus puissant que ce dernier. Sur une période de 20 ans, le potentiel de réchauffement planétaire du méthane se révèle 84 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone.

Exporter le concept en Asie

À défaut d'apporter une réponse sur l'émission éventuelle et la gestion du méthane, la société partenaire Powerhouse Energy espère exporter cette technologie au Japon, où circulent déjà des bus à hydrogène. Le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a adressé un courrier le 8 juillet à la firme pour annoncer son soutien au projet, soulignant ses « nombreux avantages environnementaux ». Les équipes aimeraient également démocratiser leur modèle dans les pays asiatiques en voie de développement, pour permettre à ces États énergivores de se débarasser de leurs centrales à charbon.

Au fil du temps, de nombreux pays sud-asiatiques sont devenus les décharges à ciel ouvert des pays occidentaux. Bien que la Malaisie ou les Philippines aient pris la décision de renvoyer ces ordures dans leur pays d'origine, W2T projette aujourd'hui de racheter ces quantités colossales de matières premières. En leur accordant une valeur comprise entre 40 à 50 euros la tonne, ils espèrent rendre ce nouveau marché suffisamment attractif pour créer de nouveaux emplois.