LE CAP – En mars dernier le cyclone tropical Idai a frappé l'Afrique australe, faisant sur son passage des centaines de morts et des milliers de blessés et contraignant des centaines de milliers de personnes à abandonner leur domicile. Au Mozambique, la moitié des récoltes annuelles et des infrastructures importantes ont été détruites. Au total, le cyclone a affecté 3 millions de personnes. C'est là un rappel brutal de la vulnérabilité du continent aux conséquences de plus en plus marquées du réchauffement climatique.

Les cyclones ne sont certes pas un phénomène nouveau, mais ils sont de plus en plus fréquents en raison du réchauffement climatique. L'océan Indien connaît en moyenne 3 cyclones par saison cyclonique, mais il y a en a eu 7 importants au cours de cette saison. Il en est de même des autres événements climatiques. Conséquence d'une sécheresse due au réchauffement, au Zimbabwe plus de deux millions de personnes sont confrontées actuellement à un manque d'eau qui prend une tournure dramatique.

Néanmoins, même si l'Afrique doit faire face à de nouveaux défis liés au réchauffement climatique, elle dispose là d'une occasion formidable pour stimuler son économie et diminuer une pauvreté encore largement répandue. Son PIB pourrait bondir de 2 450 milliards de dollars cette année à 3 460 milliards de dollars en 2024.

L'Afrique peut-elle assurer la pérennité d'une avancée économique sans contribuer davantage au réchauffement climatique ? La solution réside dans un New Deal vert - un projet d'ensemble pour parvenir à une croissance durable, un peu comme ce que proposent certains démocrates aux USA. Cela passe par un investissement massif dans les énergies renouvelables.

Alors que les USA disposent déjà des infrastructures nécessaires à un New Deal vert qui viserait à l'abandon des énergies fossiles, le projet africain consisterait à partir de zéro pour créer les infrastructures nécessaires à la production et à la distribution de l'énergie. Quelques 60% de la population mondiale qui ne dispose pas de l'électricité se trouve en Afrique.

Or l'année dernière ce continent n'a bénéficié que de 15% des investissements dans le secteur de l'énergie, dont une grande partie a profité aux énergies polluantes. Entre 2014 et 2016, presque 60% des investissements publics dans ce secteur sont allés aux sources d'énergie fossile (en moyenne 11,7 milliards de dollars par an).

Cette stratégie est non seulement irresponsable sur le plan environnemental, mais absurde sur le plan économique. Globalement, les énergies renouvelables concurrencent déjà, voire surpassent les énergies fossiles. Une politique climatique audacieuse adoptée aujourd'hui serait très prometteuse du point de vue économique, car elle pourrait rapporter au total 26 000 milliards de dollars d'ici 2030. De ce fait, la Banque européenne d'investissement (BEI) qui investit depuis longtemps en Afrique dans le secteur de l'énergie, devrait approuver la proposition destinée à mettre un terme au crédit en faveur des énergies fossiles avant fin 2020.

Par ailleurs, les Africains encouragent déjà le développement des énergies renouvelables. Ainsi, créé en 2013, l'Agenda 2063 de l'Union africaine envisage un plan ambitieux pour parvenir à une croissance durable et inclusive d'ici 2063. L'Initiative de l'Afrique sur les énergies renouvelables (AREI, African Renewable Energy Initiative) qui date de 2015 vise à augmenter fortement la part des renouvelables et à généraliser l'accès à l'énergie.

De mini-centrales solaires produisent une énergie renouvelable dans des zones rurales africaines un peu partout en Afrique, à un tarif de plus en plus concurrentiel par rapport aux centrales fonctionnant au diesel. Les maisons solaires fournissent de l'électricité propre à un tarif lui aussi concurrentiel et les solutions modernes de cuisson propre pour la cuisine permettent de diminuer la pollution qu'elle génère. En Afrique de l'Est, selon les estimations, les familles équipées de systèmes solaires n'ayant plus besoin de kérosène ont économisé chacune 750 dollars et évité l'émission de 1,3 tonnes de dioxyde de carbone au cours des 4 premières années d'utilisation.

Un New Deal vert doit étendre ce type d'innovation grâce à des investissements publics et privés coordonnés dans l'énergie éolienne et solaire (en réseau et hors réseau) et favoriser le déploiement des solutions de cuisson propre. Ces mesures doivent s'intégrer à une politique plus large visant à verdir l'industrialisation et l'entreprenariat.

Un projet de financement relativement important est déjà en cours. Au début de l'année, la Banque mondiale a annoncé qu'elle allait accorder 22,5 milliards de dollars à l'Afrique pour qu'elle puisse s'adapter au réchauffement climatique sur la période 2021-2025. Pour sa part, la Banque africaine de développement a récemment investi 25 milliards de dollars dans un fonds destiné à augmenter de 533 MW la capacité de production d'électricité de l'Afrique sub-saharienne. Cet investissement devrait s'accompagner d'un apport supplémentaire de 60 à 75 millions de dollars en provenance d'investisseurs privés.

Mais si un pays veut attirer les investissements privés, il lui faut une solide planification énergétique et une réglementation efficace - des éléments cruciaux au fonctionnement du marché de l'énergie propre et à l'émergence de nouveaux projets. C'est pourquoi les pays africains doivent intégrer la lutte contre le réchauffement climatique dans leur politique économique et dans leur développement.

Pour cela, un groupe de pays africains (avec l'aide de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique et la Commission mondiale sur le climat et l'économie) œuvre à une politique efficace et coordonnée pour mettre l'ensemble du continent sur la voie d'une croissance plus inclusive et plus durable. Cette démarche est facilitée par le soutien des ministères des finances, des ministères responsables de la planification, des institutions qui financent le développement et du secteur privé.

Le succès de l'Afrique pour faire face à l'énorme défi du réchauffement climatique dépendra de l'attention que va y porter la communauté internationale et de la clarté de ses engagements. Le sommet sur le climat de l'ONU qui se tient ce mois-ci devrait en être l'illustration - les pays participants s'engageant à adopter des objectifs supérieurs à ceux initialement prévus en terme de réduction des gaz à effet de serre (dans le cadre de l'Accord de Paris), de manière à parvenir à des émissions nettes nulles à l'horizon 2050.

Etant donné sa vulnérabilité, l'Afrique a tout intérêt à fixer la barre assez haut, de manière à inciter les autres pays à relever leurs ambitions. Ce n'est qu'avec une action internationale concertée que nous pouvons espérer éviter une catastrophe climatique.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz