La prise de contraceptifs oraux à l’adolescence est associée à un risque accru de dépression des années plus tard, selon une nouvelle étude.

Menée par des chercheurs en psychologie de l’Université de la Colombie-Britannique, l’étude a inclus 1200 femmes adultes et comparé le taux de dépression entre celles qui avaient pris la pilule contraceptive à l’adolescence (soit près de la moitié d’entre elles), celles qui ne l’avaient prise qu’à l’âge adulte et celles qui ne l’avaient jamais prise. Les résultats, publiés dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, montrent que celles qui avaient pris des contraceptifs oraux à l’adolescence étaient de 1,7 à 3 fois plus susceptibles que les autres de vivre un épisode dépressif.

Au total, 11% des femmes de la cohorte avaient présenté les critères diagnostiques d’une dépression, selon le DSM‐5, au cours de l’année précédant l’étude.

« Ce n’est pas la première fois qu’un lien entre contraceptifs et épisode dépressif est établi, mais à notre connaissance, notre étude est la première à suggérer un lien à long terme entre l’utilisation de contraceptifs oraux chez les adolescentes et le risque de dépression plusieurs années plus tard », explique Christine Anderl, auteure principale de l’étude.

Dans le groupe étudié, certaines femmes prenaient encore (ou de nouveau) la pilule, et d’autres ne la prenaient plus, mais c’est bien l’influence d’une prise antérieure, lors de l’adolescence, que les chercheurs ont mise en évidence.

Que faut-il en conclure? Pour Christine Anderl, une chose est certaine : « l’accès à un moyen de contraception sûr et efficace est extrêmement important et constitue un droit humain universel. Je crois que la décision d’utiliser une méthode contraceptive plutôt qu’une autre est une décision très personnelle. La pilule présente des avantages évidents et de nombreuses femmes ne ressentent pas d’effets secondaires indésirables. »

Cela dit, la chercheuse espère que ses travaux inciteront les adolescentes (et leurs parents) à discuter avec leur médecin des risques et des avantages des différentes options qui s’offrent à elles, « surtout si elles ont des raisons de penser qu’elles pourraient être particulièrement vulnérables à certains effets secondaires. »

Un risque connu

Dans l’article Faut-il craindre la pilule?, nous évoquions déjà un risque de trouble dépressif chez les utilisatrices de contraceptifs. Ainsi, en 2016, une vaste étude menée au Danemark et publiée dans JAMA Psychiatry révélait que les femmes qui prenaient la pilule étaient 23 % plus susceptibles de prendre aussi des antidépresseurs (et d’avoir reçu un diagnostic de dépression).

Cette observation était encore plus marquée chez les adolescentes de 15 à 19 ans : celles qui prennent la pilule combinée voient leur risque de dépression augmenter de 80 % par rapport à celles qui ne prennent pas la pilule. Enfin, le risque est encore plus important chez les femmes utilisant un patch contraceptif ou un anneau vaginal, notait l’étude.

Pourquoi un tel effet ?

On sait que les œstrogènes ont un impact sur le niveau de dopamine et de sérotonine dans le cerveau, des neurotransmetteurs qui modulent l’humeur. Cette nouvelle étude suggère que les effets restent visibles à long terme : il est possible que la modification artificielle des taux d’hormones sexuelles à l’adolescence, lorsque le cerveau est en plein développement, ait des répercussions sur le comportement ou l’état de santé ultérieur.

Mais attention, les auteurs eux-mêmes précisent qu’il s’agit d’une étude corrélative : il n’y a pas de lien de cause à effet démontré, et d’autres analyses sont nécessaires pour éclaircir ces observations. L’équipe de l’Université de la Colombie-Britannique vient d’ailleurs de lancer une étude prospective pour mieux comprendre la façon dont les hormones sexuelles affectent les émotions, le comportement social et la santé mentale des jeunes filles.