Sortez le champagne ! Les astronomes ont pratiquement confirmé un deuxième objet interstellaire identifié traversant actuellement notre système solaire – et contrairement au premier, nous pourrons l’étudier de manière approfondie.

L’objet a d’abord été surnommé gb00234, et a été découvert par un astronome amateur nommé Gennady Borisov en Crimée, en utilisant son propre observatoire appelé MARGO. Borisov a tout d’abord repéré l’objet le 30 août et a tout de suite été alerté par son étrange trajectoire, qui suggérait que l’objet n’était pas lié à notre Soleil.

Des analyses et des observations ultérieures ont confirmé que l’excentricité de l’objet était élevée, ce qui signifie que c’est une trajectoire hyperbolique qui l’entraînera à l’intérieur et à l’extérieur de notre système solaire, pour ne jamais revenir. Le Minor Planet Center (MPC) du Centre d’astrophysique Harvard-Smithsonian a confirmé l’orbite de l’objet dans la journée du mercredi 11 septembre, et lui a donné un nouveau nom en l’honneur de celui qui l’avait découvert : C/2019 Q4 (Borisov).

« Nous émettions quelques doutes sur le fait qu’il soit hyperbolique ou non », a déclaré Matthew Payne du MPC. “Au cours des derniers jours, il est devenu de plus en plus évident qu’il semble avoir une trajectoire hyperbolique.”

Comme mentionné plus haut, il s’agirait du deuxième objet interstellaire identifié à entrer dans notre système solaire, puisqu’un premier objet appelé ‘Oumuamua (ou 1I/2017 U1) avait été repéré en octobre 2017. On pense que les deux ont voyagé depuis d’autres systèmes planétaires jusqu’au nôtre, dans toute l’étendue de la galaxie, sur des millions voire des milliards d’années.

Cependant, cette fois-ci, il y a quelques différences clés. La première est que, d’après les images, nous sommes presque certains que C/2019 (qui portera probablement le label 2I/2019) est une comète d’environ 10 kilomètres de diamètre car elle semble avoir une queue visible, alors que ‘Oumuamua semblait être un objet plus fixe.

“Le premier ne semblait pas cométaire, mais astéroïdal”, explique Payne. “Alors que celui-ci est assurément de nature cométaire”.

L’autre grande différence est que ‘Oumuamua s’apprêtait à sortir du système solaire lorsque nous l’avons découvert, ce qui nous a donné seulement quelques semaines pour l’étudier, avant qu’il ne devienne trop sombre, pour en voir davantage. En revanche, C/2019 est non seulement environ six fois plus lumineux, mais en plus, il se déplace dans le système solaire à une vitesse d’environ 30 kilomètres par seconde, ce qui nous laisse une période beaucoup plus longue pour l’étudier.

« [Il restera dans le système solaire] pendant environ six mois au moins », déclare Bill Gray, développeur de logiciels dans le domaine de l’astronomie, qui a été étroitement impliqué dans la découverte, bien qu’il constate qu’il subsiste des incertitudes. « Nous ne savons pas à quel point l’objet sera lumineux. C’est toujours un problème avec les comètes ; on a donc cette imprévisibilité, à ajouter au fait qu’elle soit interstellaire. Et c’est la première comète interstellaire que nous ayons vue”.

L’objet devrait se rapprocher au plus près à une distance d’environ 1,8 fois la distance Terre-Soleil (1,8 UA, ou unités astronomiques) le 10 décembre (il a été découvert à une distance de trois UA). “Ce sera la distance la plus proche, en décembre de cette année”, a déclaré le physicien Marshall Eubanks de Space Initiatives et de l’Institut des Études Interstellaires aux États-Unis. “Et la distance la plus proche du Soleil tombe à peu près au même moment”.

À partir de maintenant, la course va être lancée pour former tous les télescopes possibles, du télescope spatial hubble aux observatoires de jardin, à cet objet fascinant, car il nous fait faire un long voyage. Sa nature cométaire suppose que nous pourrions étudier sa composition et ses origines en profondeur, nous permettant de mieux comprendre un système planétaire extraterrestre comme jamais auparavant. ‘Oumuamua était simplement trop inactif et passait trop vite pour que nous puissions l’étudier autant que possible.

La découverte sera une bonne nouvelle pour un bon nombre de personnes qui avaient aussi de grandes attentes à l’égard de ces objets. Selon certaines estimations, il pourrait y avoir au moins un objet interstellaire dans notre système solaire à tout moment, tandis que le prochain Large Synoptic Survey Telescope (LSST) prévoit d’en trouver bien d’autres encore. En attendant, l’Agence spatiale européenne (ESA) pourrait même envoyer un jour un vaisseau spatial comme « visiteur interstellaire ».

Le statut du C/2019 en tant qu’objet interstellaire devra encore être entièrement vérifié pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un visiteur de loin. Mais de nombreux astronomes en sont déjà certains, et commencent à rêver de ce qui va se passer au cours des six prochains mois. « Personnellement, dès que j’ai vu que l’orbite entrante était proche du plan galactique, j’étais sûr que c’était interstellaire », déclare Eubanks.