Les Femmes top-managers dans l’univers de la tech ne sont pas légion. Pourtant, elles existent. Et elles ont ouvert la voie avant que fleurisse le petit monde des start-up du digital.

Depuis les années 2010, l’univers des nouvelles technologies a vu surgir des femmes de caractère à la tête des plus grands groupes, à commencer par Hewlett-Packard et IBM – avec respectivement Meg Whitman, ex-eBay, et Ginni Rometty, qui a fait toute sa carrière chez Big Blue. Elles-mêmes ont connu des pionnières, avant 2000 : souvenons nous des égéries telles que Patricia Russo, ancienne directrice générale d’Alcatel-Lucent, ou Carly Fiorina, ex-dirigeante d’AT&T devenue numéro 1 de HP au moment du rachat de Compaq… Héritières de cette génération, citons Safra A. Catz, co-CEO d’Oracle, ou Véronique Di Benedetto, vice présidente France d’Econocom.

La nouvelle génération, orientée sur le digital, se nourrit de la culture start-up, apparentée aux GAFA : c’est celle de la fougueuse Marissa Mayer, née en 1975, boostée par Google avant de devenir PDG de Yahoo! de 2012 à 2017. En France, cette génération s’incarne avec des entrepreneures sans complexes comme Roxanne Varza, responsable de Station F (33 ans, originaire de la Silicon Valley), Aurélie Jean, fondatrice et CEO d’In Silico Veritas (36 ans, docteur des Mines ParisTech et formée entre autres au MIT de Boston), ou encore Clara Getzel, directrice de Kandu (Saint-Gobain). Et bien d’autres.
Mais quel est le profil de ces femmes qui ont réussi dans un milieu à l’image très masculine ?

« Un autre regard sur une même réalité »

Selon l’étude « Global Female Leaders Outlook » de KPMG, les femmes dirigeantes sont plus motivées par la transformation numérique que les hommes : 91 % d’entre elles veulent recourir aux modèles prédictifs et analytiques, contre seulement 45 % des dirigeants hommes. Elles sont 55 % à miser sur l’innovation, deux fois plus que leurs collègues masculins. Pour expliquer leur réussite, les femmes dirigeantes citent en priorité les compétences en communication (21 %), l’accès aux données prédictives et leur réseau personnel actif (15 %), ainsi que la connaissance approfondie des nouvelles technologies (14 %).

« La différence entre hommes et femmes dans le management ne relève pas de caractéristiques ou d’aptitudes particulières ; elle ne s’inscrit pas dans une échelle de valeurs comparatives. C’est simplement parfois un autre regard, complémentaire, porté sur une même réalité », confi e Véronique Di Benedetto. Et d’ajouter : « Il y a beaucoup d’idées reçues à évacuer. Par exemple, sur l’ambition féminine. Pourquoi l’ambition chez les femmes serait-elle jugée différemment de celle des hommes ? J’assume qu’il y ait des femmes ambitieuses. »

Sortir de sa zone de confort

Malgré les exemples de réussite, le manque de femmes dans le secteur de la tech reste un problème : « C’est pour cela que nous avons créé le programme Femmes du numérique au sein de Syntec numérique et, avec le Cigref, la fondation Femmes@Numerique », poursuit la vice-présidente France d’Econocom. À noter également, l’action de la fondation LDigital à Lyon, animée par Karine Bontemps, Virginie Boissimon Smolders, Dorie Bruyas et Agathe Forzy.
« Je n’aime pas l’expression “plafond de verre”. Il faut l’évacuer, la bannir de nos représentations mentales. Au-dessus de nous, il y a un ciel ouvert, toujours accessible du moment que l’on se montre déterminé et qu’on le fait savoir », explique encore Véronique Di Benedetto.
Alors, faut-il sortir de sa zone de confort, comme le dit Ginni Rometty d’IBM ? « Oui. Il faut se mettre un peu en danger, en situation de risque. C’est un défi qu’on se lance », assure la dirigeante.
Et qu’en est-il de la formation ? « On n’est jamais formé à 100 %. Il faut apprendre en permanence, rester en éveil sur les nouvelles technologies, suivre les évolutions du marché, les start-ups, etc. Et parfois, il faut prendre des chemins de traverse, partir vers d’autres missions ou d’autres expertises complémentaires », conclut Véronique Di Benedetto.

« Women in Technology »
LES LEÇONS DE L’ENQUÊTE D’IVANTI

Selon l’enquête annuelle mondiale «Women in Technology» (@thetechiegirls) de l’éditeur de logiciels Ivanti (issu de LanDesk et Heat), 60% des 600 femmes interrogées constatent un obstacle majeur à leur évolution dans le secteur high-tech : elles ne sont pas prises au sérieux.
Et 85% soulignent que le désir de se perfectionner est un facteur clé pour travailler dans les nouvelles technologies. «Les femmes doivent se sentir en confiance, être écoutées et prises au sérieux», résume Anne-Pierre Guignard, responsable de cette étude Ivanti en France. Autre constat : «Dans les métiers techniques, les femmes manquent de modèles ou référents. Il faut développer un mentorat qui leur permette d’évoluer dans l’organisation.»