Alors que le débat s’intensifie sur les taux d’imposition des ultra-riches, une douzaine de milliardaires américains ont déclaré publiquement qu’ils sont disposés à payer plus d’impôts au gouvernement.

Divers projets visent ainsi à les taxer et font couler beaucoup d’encre dans les médias outre Atlantique. Des exemples ? Un taux marginal d’imposition à 70 %, un impôt sur les successions de 77 %, une taxe de 3 % sur chaque dollar gagné pour les fortunes au-delà d’un milliard de dollars, etc.

Au moins une dizaine de milliardaires ont déjà annoncé publiquement qu’ils étaient prêts à payer plus d’impôts. Lundi dernier, le président et cofondateur de Salesforce, Marc Benioff, a écrit un éditorial sur le sujet, réclamant des impôts plus élevés pour les Américains les plus fortunés. L’homme d’affaires, placé en 93e position du classement Forbes 400 des Américains les riches, affirme : « Augmenter les impôts sur les individus les plus fortunés, dont je fais partie, pourrait générer des centaines de milliards de dollars dont nous avons désespérément besoin pour améliorer le système éducatif, les soins de santé et la lutte contre le réchauffement climatique ».

Marc Benioff n’est pas le seul milliardaire de cet avis. Bill Gates et Warren Buffet, respectivement classés en deuxième et troisième position des Américains les plus riches, sont les principaux partisans d’un impôt sur les successions, prélevé sur les actifs du défunt. Warren Buffet plaide en faveur d’un impôt sur la fortune plus élevé depuis des années, et avait déclaré sur CNBC en 2017 que la proposition de supprimer l’impôt sur les successions était une « grave erreur ». En février, Bill Gates a déclaré être « le plus grand défenseur d’un impôt sur les successions permettant de rapporter plus d’argent ». D’autres, comme George Soros ou Eli Broad, se sont prononcés en faveur d’un impôt sur la fortune, qui serait prélevé sur la fortune nette du contribuable.

Une chose est sûre, ceux qui réclament un impôt plus élevé ne représentent qu’une petite partie des quelque 600 milliardaires américains. Certains veulent même l’exact opposé, et cherchent continuellement à obtenir des taux d’imposition plus faibles pour leur entreprise et pour eux-mêmes. L’investisseur Carl Icahn a par exemple déplacé son entreprise de New York en Floride afin de payer moins d’impôts, David Tepper aurait également fait la même chose en 2015. Certains, comme le génie de la tech Michael Dell, estiment que des impôts plus élevés feraient cadeau au gouvernement de sommes d’argent qui seraient mieux gérées par des œuvres de charité. Mark Zuckerbeg a admis il y a quelques semaines, lors d’une séance de questions/réponses : « Dans un sens, personne ne mérite de gagner un milliard de dollars ». Il poursuit : « Ce n’est pas juste, mais c’est peut-être pour le mieux. L’alternative, c’est que le gouvernement choisisse ce qu’il finance ou non ».

Les Américains sont très divisés sur la question des impôts. Un sondage du Pew Research Center, publié en avril, démontre que si 79 % des démocrates ont une opinion négative de la fiscalité actuelle du pays, 71 % des républicains y sont plutôt favorables.

L’entrepreneur et philanthrope américain Eli Broad répond à ces critiques : « Je ne préconise pas la fin d’un système capitaliste qui a produit certains des plus grands gains de prospérité et d’innovation de l’humanité. Je crois simplement qu’il est temps pour ceux d’entre nous qui sont très riches de s’engager à réduire les inégalités de revenus, en commençant par une imposition plus élevée que le reste de la population ».

Retrouvez ci-dessous les milliardaires, par fortune décroissante, qui se sont prononcés ces deux dernières années en faveur d’impôts plus importants pour les grandes fortunes :

Cofondateur de Microsoft

Fortune nette : 105,3 milliards de dollars

La deuxième fortune de la planète a toujours défendu la mise en place d’un impôt sur les successions. Plus tôt dans l’année, il avait déclaré à Forbes : « Selon moi, on devrait instaurer un impôt sur les successions plus élevé que celui qui existe aujourd’hui ». En revanche, il s’était opposé à la position de Bernie Sanders, qui estimait qu’il ne devrait pas y avoir de milliardaires : « J’ai bien peur que dans ce cas-là, on perdrait bien plus d’argent qu’on en gagnerait ».

PDG de Berkshire Hathaway

Fortune nette : 82 milliards de dollars

En février dernier, Warren Buffer avait déclaré sur CNBC : « Les plus riches sont définitivement sous-taxés par rapport à la population ». Cette idée n’est pas nouvelle dans les propos de l’oracle d’Omaha : dans un éditorial paru dans le New York Times en 2011, l’homme d’affaires appelait les États-Unis à « arrêter de chouchouter les ultra-riches » et avait souligné que parmi ses collègues, il était celui qui payait le moins d’impôts.

Cofondateur de Bloomberg LP

Fortune nette : 51,1 milliards de dollars

Alors qu’il songeait à se présenter aux élections présidentielles, Michael Bloomberg a fait la une des journaux pour avoir descendu la proposition de sa collègue démocrate Elizabeth Warren, qui proposait un plan fiscal sur la fortune. Le multimilliardaire a en revanche fait observer : « Si vous voulez résoudre le problème des inégalités de revenus, l’une des premières choses à faire est d’ajuster la progressivité des taux d’imposition ». Michael Bloomberg a abandonné la course à la présidence en mars dernier, mais pourrait bien être à nouveau de la partie si l’ancien Vice-président Joe Biden rencontre des difficultés face à Elizabeth Warren.

Fondateur du fonds d’investissement Bridgewater Associates

Fortune nette : 18,7 milliards de dollars

Le fondateur du plus grand fonds d’investissement a avoué en février dernier à la version américaine de 60 Minutes lorsqu’on lui a demandé si les personnalités aussi riches que lui devraient payer plus d’impôts : « Bien sûr… Est-ce que ce que je dis est polémique ? »

Fondateur d’eBay

Fortune nette : 12,4 milliards de dollars

Dans un tweet publié en janvier, Pierre Omidyar s’est exprimé en faveur d’une augmentation de l’impôt sur les plus-values, et même d’une nouvelle « taxe sur les données », puisque « les données numériques générées par l’activité productive créent des rendements croissants pour des propriétaires peu nombreux ». Il a en revanche partagé son inquiétude quant à un impôt sur la fortune, qui pourrait « provoquer une fuite des capitaux et complexifier les structures de propriété internationale, compliquant ainsi la décision de qui contrôle quelles ressources dans le monde ».

Fondateur de Soros Fund Management LLC

Fortune nette : 8,3 milliards de dollars

George Soros a signé une lettre ouverte plaidant en faveur d’un impôt sur la fortune.

Fondateur de Synthes

Fortune nette : 6,2 milliards de dollars

Le milliardaire s’est joint à une foule de personnalités fortunées (dont Abigail Disney, Chris Hugues, cofondateur de Facebook) dans la signature d’une lettre ouverte, publiée en juin dernier et appelant tous les candidats à l’élection présidentielle à « encourager un impôt modéré sur la fortune des 0,001 % des Américains les plus riches : nous ».

Cofondateur de Kaufman & Broad

Fortune nette : 6,8 milliards de dollars

Eli Broad, qui a fait fortune en tant que promoteur immobilier et assureur, a écrit en juin dernier un éditorial dans le New York Times, faisant l’éloge du capitalisme, mais préconisant en parallèle un impôt sur la fortune : « Un impôt sur la fortune peut permettre de s’attaquer aux inégalités économiques qui fragilisent notre pays. Je peux me permettre de payer plus, et je sais que d’autres le peuvent aussi ».

Cofondateur de Salesforce

Fortune nette : 6,3 milliards de dollars

En plus de plaider en faveur d’un impôt plus élevé sur les plus grandes fortunes dans un éditorial du New York Times publié ce lundi, Marc Benioff appelle les dirigeants d’entreprise à « se concentrer non seulement sur les actionnaires, mais aussi sur toutes les parties prenantes : leurs employés, leurs clients, les communautés et la planète ». Le PDG avait déjà fait campagne pour une majoration d’impôt de grandes entreprises de San Francisco, afin de venir en aide aux sans-abri.

Président émérite de Starbucks

Fortune nette : 4,2 milliards de dollars

Plus tôt dans l’année, alors qu’Howard Schultz envisageait de se présenter aux élections présidentielles, il s’est montré très critique à l’égard d’une augmentation des impôts pour les plus riches. À l’époque, Alexandria Ocasio Cortez, élue à la Chambre des représentants des États-Unis, préconisait un taux marginal d’imposition des millionnaires à 70 %. En février, Howrad Schultz avait qualifié son projet de « punitif », bien qu’il ait également admis : « Je devrais payer plus d’impôts ».

Propriétaire de Dallas Mavericks

Fortune nette : 4,1 milliards de dollars

Interpellé sur Twitter en 2017 au sujet des réductions d’impôts alors proposées par Donald Trump, le milliardaire avait répondu : « Lol. Je n’apprécie pas cette proposition de réduction d’impôts. Selon moi, nous devrions réduire les cotisations sociales pour que tous les détenteurs d’un emploi puissent être augmentés, et compenser en imposant plus lourdement les personnes comme moi ».

Investisseur

Fortune nette : 3,2 milliards de dollars

Dans un éditorial publié dans le Financial Times en juillet dernier, le milliardaire se demandait si un impôt sur la fortune serait « la meilleure voie à suivre pour le pays et si le gouvernement fédéral était prêt à affecter efficacement ces ressources fiscales ». Il a néanmoins exprimé son soutien quant à un impôt sur le revenu progressif.